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NASSER et le NASSÉRISME

NASSÉRISME Courant politique se réclamant de la pensée et de l’action de Gamal Abdel Nasser, chef charismatique d’un large mouvement panarabe et leader de la révolution égyptienne qui met fin à la monarchie (1953) et fonde la République. Comme tous les nationalismes dans le monde arabe et musulman, le nassérisme est une vision et une stratégie d’émancipation. Il se constitue sur le plan doctrinal et politique au rythme de l’évolution de deux combats entremêlés qu’il mène : le premier contre la domination étrangère dans les pays arabes (soutien au Front de libération nationale [FLN] algérien et aux mouvements de décolonisation en Afrique, intervention au profit des républicains du Yémen, opposition aux alliances imposées aux pays arabes par la Grande-Bretagne et les États-Unis, etc.) ; le second est celui qui l’opposait aux forces et structures archaïques, féodales ou semi-féodales, compradores, cléricales, héritées du passé. Il est un mélange de patriotisme, de populisme et de modernisme. Comme le baassisme qui l’a précédé sur le même terrain, le nassérisme articule sa doctrine autour de trois thèmes majeurs : le socialisme, l’unité du monde arabe et sa liberté. Mais, dans la pratique, c’est autour de la lutte anti-impérialiste perçue à l’échelle de la région et pour la transformation sociale et économique de l’Égypte que se déroule son action. Ainsi, le nassérisme est perçu comme un modèle de changement et de développement. Il a été associé à l’application des politiques sociales en faveur des classes moyennes et par la promotion d’une élite nouvelle issue des milieux modestes qui vient remplacer l’élite traditionnelle. Il est synonyme, dans la pensée de ceux qui s’y attachent, de la réforme agraire qui a conduit à la liquidation de la classe latifundiaire de propriétaires terriens qui contrôlait la campagne égyptienne sans partage, des nationalisations et de l’industrialisation qui donnent naissance à de nouvelles classes de prolétaires et de cadres moyens. Il est synonyme de l’abolition des titres seigneuriaux comme « pacha », « bey » et de l’établissement de l’égalité des droits, c’est-à-dire de la citoyenneté. Et, à travers la politique du non-alignement, il est la source d’un sentiment de dignité qui bourgeonne au sein d’un peuple marginalisé par des siècles de gouvernement arbitraire et de colonisation et qui se voit appelé, pour la première fois dans l’histoire moderne, à participer aux politiques mondiales, à devenir un acteur libre dans la politique internationale et à agir sur son destin. Même s’il s’est perpétué à travers un certain nombre de mouvements politiques qui s’en réclament ici et là dans le monde arabe, son incapacité à faire face à la suprématie israélienne, l’échec relatif du décollage économique selon le modèle de développement socialiste et la dégénérescence du nationalisme arabe manipulé par des autocrates sanguinaires font que le nassérisme n’est plus actuel à l’orée du xxie siècle. Il vit encore sur le souvenir de ce grand moment de l’histoire où les Arabes avaient un leader, pouvaient espérer la réalisation de leurs rêves et une emprise certaine sur l’événement. Ce fut en effet le grand moment marquant pour les Arabes : la sortie définitive d’un long et cruel joug colonial. NASSER Gamal Abdel (1918-1970) Homme politique égyptien. Leader du nationalisme arabe, Gamal Abdel Nasser est fondateur, après la défaite dans la première guerre israélo-arabe (1948-1949), du Comité des officiers libres qui renversera en 1952 Farouk Ier (1920-1965, roi d’Égypte depuis 1936) et proclamera la république en 1953. Il préside le Conseil de commandement de la Révolution qui place le général Mohammed Naguib (1901-1984) à la tête de l’État (1952-1954). Nasser remplace ce dernier dans toutes ses fonctions en 1954 et est élu président de la République en 1956, par référendum. Il est l’un des principaux instigateurs du mouvement des non-alignés, fondé par des États du tiers monde à Bandung en 1955. Après la nationalisation du canal de Suez (1956) qui conduit à l’intervention tripartite (Royaume-Uni, France, Israël), on le reconnaît comme le chef du nationalisme arabe, lequel bouleverse par son caractère populaire les données politiques et géopolitiques du Moyen-Orient jusqu’à l’océan Atlantique. Ce mouvement politique (le nassérisme) a pour finalité l’unification de la « patrie arabe » (panarabisme), le socialisme, et le développement économique. Au plan intérieur, Nasser entreprend de grandes réformes (réforme agraire, grand barrage d’Assouan, nationalisations, industrialisation) qui vont bouleverser les structures sociales de l’Égypte. La classe aristocratique et la bourgeoisie dominant la vie politique et sociale du pays depuis le début du siècle vont être progressivement disloquées au profit d’une nouvelle classe moyenne issue de milieux sociaux modestes. Nasser se comporte en autocrate ; la répression est sans concession face aux islamistes de la confrérie des Frères musulmans et aux communistes. Bien que jouant un rôle très actif dans le mouvement des non-alignés, l’Égypte de Nasser sera en partie instrumentalisée par la rivalité Est/Ouest et dépendra de plus en plus de l’Union soviétique. La défaite dans la guerre israélo-arabe de 1967 dite « des Six-Jours » remet en cause le bilan nassérien. Il demeurera cependant, dans les pays arabes, un symbole de la lutte contre le sous-développement, la domination étrangère et pour la dignité. Ses funérailles, en 1970, mesurent son prestige : elles suscitent une manifestation populaire rassemblant des millions de personnes. Anouar al-Sadate (1918-1981), lui aussi issu du Comité des officiers libres, lui succède à la tête de l’État.

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