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mystère

mystère (lat. mysterium; gr. mustês, initié), en théologie, vérité inaccessible à la raison, mais révélée par Dieu et qui est par conséquent article de foi. Tels sont les trois grands mystères de la doctrine chrétienne : la Trinité, l’incarnation et la Rédemption. S’ils dépassent l’entendement humain, le chrétien doit cependant les admettre, puisqu’ils font partie du mystère de Dieu. Dans la liturgie catholique, les cérémonies du culte, spécialement l’eucharistie, sont appelées mystères sacrés. Les mystères sont généralement un ensemble de doctrines ou pratiques religieuses cachées aux non-initiés. L’homme s’étonne devant ce qu’il ne comprend pas et en cherche une explication; c’est pourquoi les mystères primitifs expriment depuis le passé le plus lointain l’angoisse de l’homme devant la mort, l’obscurité, la force des éléments. Ils sont à l'origine de certaines «sociétés secrètes», de certaines organisations sociales groupant ceux qui ont été initiés, et même de certaines religions. Les «maisons des hommes», dans les sociétés primitives, sont les sanctuaires fermés aux profanes, où s’accomplissent des cultes, des rites, des cérémonies et des jugements sans appel d’un tribunal de chefs.

Les sociétés secrètes se rattachant au monde des esprits sont nombreuses encore en Afrique, en Océanie, en Inde et en Amérique. Toutes exigent des épreuves, plus ou moins cruelles, d’initiation et font entendre le bruit mystérieux du rhombe (cet objet sacré provoquant effroi et vénération). Dans l’Antiquité, les mystères, ou cultes secrets, ont joué un très grand rôle dans les civilisations méditerranéennes. Presque partout ils étaient associés aux rites magiques de fécondité et exaltaient les forces de la végétation. En Chaldée, ce sont les mystères de Tammouz et leur participation aux fêtes du nouvel an babylonien, cependant dirigées par des sages initiés à une vieille magie. En Égypte, les mystères d’Osiris (dieu de la Végétation, première momie et dieu funèbre) font participer les défunts aux secrets de la résurrection. Le culte quotidien offert au dieu, les grandes fêtes données en son honneur représentent sa mort et sa résurrection comme une condition nécessaire de la victoire de la vie sur la mort. Hérodote les a connus et a signalé leur devise : «Pas de vie sans mort, par de mort sans vie.» Il y aura fusion à l’époque hellénistique avec les mystères d’isis et de Sérapis, qui se développeront dans tout l’Empire romain. Ils rejoindront plus tard ceux d'Attis et de Mithra, témoignant d’une recherche de salut individuel allant jusqu’à la croyance en l’immortalité. , En Grèce, les mystères d’Éleusis organisaient leurs rites, leurs degrés d’initiation, leurs associations cultuelles et leurs cérémonies conduites par des mystes. L’orphisme, ou culte d’Orphée (voyageur de l’au-delà, guide vers la connaissance), devenait peu à peu une religion. Tout le monde méditerranéen, influencé par les cultes syriens et phrygiens de la «Grande Mère», exaltait les dieux de la Vie et de la Fertilité, plus proches des hommes que ceux de l’Olympe. Tous ces cultes à mystères se rejoignaient dans leur crainte révérencielle du dieu et dans le désir de libération à l’égard de la mort. Ils affirmaient la nécessité de la purification, de la pénitence, de l’abstinence, de rites initiatiques, d’un enseignement ésotérique, des fêtes, des repas fraternels, d’une foi mystique et d’une certaine confusion des classes sociales. Mais, peu à peu, les cultes d’Attis et de Cybèle, apportés à Rome, amenèrent une exaltation extatique avec des processions, des bacchanales, des danses orgiaques et, parfois, des manifestations d’hypnose. D’Orient aussi vinrent les cultes à mystères d'Ishtar, d'Artémis (d’Éphèse), d'As-tarté, de la Bonne Déesse et de Dionysos, renouvelant des rites d’une magie archaïque pour célébrer des mythes barbares et sanglants du sacrifice de l’énergie vitale. Certains mystères s’exaltaient dans des drames liturgiques dont quelques-uns sont à l’origine de la tragédie. Ces «cultes à mystères» tombèrent dans de tels excès que les empereurs eux-mêmes les condamnèrent. Le christianisme les fit disparaître, mais certaines sociétés secrètes, depuis les premiers temps de notre ère, ont subsisté (prétendant conserver le sens caché des vieux mystères). Les «mystères», ou «mistères», étaient des drames religieux appelés aussi «jeux» ou «miracles», joués sur le parvis des églises à partir du XVe s. D’abord, de simples tableaux vivants des scènes de la vie du Christ, donnés devant les décors évoquant le del, la terre et l’enfer, ils s’agrémentèrent ensuite de chants et de récits. Ils étaient joués par des confréries allant de ville en ville ; la première troupe permanente fut à Paris celle des «confrères de la Passion», qui interprétaient surtout le mystère le plus connu et le plus long : le Mystère de la Passion, d’Arnould Gréban. Des intermèdes bouffons furent ajoutés, ce qui, au XVIe s., fit perdre leur caractère purement religieux à ces mystères. Ceux-ci disparurent avec le drame classique inspiré de l’Antiquité, mais retrouvent parfois de nos jours un succès spectaculaire. mysticisme, tendance à l’union spirituelle, intime et de caractère intuitif, avec la divinité, laquelle est recherchée dans l’ascèse, la prière, la méditation, l'oraison et une certaine passivité conduisant à la contemplation et à l’extase. De tous temps, les religions ont fait une large place au mysticisme. Depuis les saints de l’Ancien Testament et les néo-platoniciens, les chrétiens orientaux et les occidentaux, très nombreux ont été les mystiques. Plusieurs ont décrit leur expérience et la joie ineffable qu’il ont éprouvée dans leur rencontre avec l’absolu. Sainte Catherine de Sienne sainte Thérèse d’Avila, saint Jean de la Croix ont montré dans leurs ouvrages les difficultés qui assaillent le mystique dans son ascension vers la lumière. M[ne Guyon et les quiétistes se contentaient d’une sereine attente; les Allemands, avec Maître Eckart, les Flamands avec Ruysbroeck ont exprimé aussi leur expérience mystique. De nos jours, malgré les analyses sévères qu’ont faites du mysticisme les psychologues et même les psychiatres, celui-ci est fréquent. On le retrouve dans des sectes protestantes comme celle des quakers et dans de nombreux groupements dits «spiritualistes». Certains mystiques modernes, transcendant les religions établies, recherchent par des méthodes syncrétiques, orientales et occidentales, cette union avec le divin. L’Inde semble être le pays d’élection du mysticisme, depuis le lointain védisme, l’époque bouddhiste et l’hindouisme médiéval jusqu’à nos jours (v. Ramakrishna), utilisant le yoga dans ses différentes formes et sa discipline graduelle, le plus souvent sous la direction d’un guru. Le soufisme est la forme mystique de l’islam. Il existe un faux mysticisme qui peut être considéré soit comme issu d’une influence diabolique, soit comme une exaltation maladive. Il peut être aussi une transe extatique provoquée artificiellement.

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