MUSSOLINI Benito Amilcare Andrea
Homme politique italien. Fils d'un forgeron et d'une institutrice de Romagne, province aux fortes traditions révolutionnaires, il fut quelque temps instituteur, mais se lança très vite dans l'agitation politique et syndicale, à l'aile gauche du parti socialiste. En 1912, il devint directeur du journal du parti, Avanti ! En oct. 1914, il prit position pour l'intervention de l'Italie aux côtés des Alliés et rompit avec le parti socialiste. Au cours de la guerre, il fut mobilisé et grièvement blessé. Le 23 mars 1919, il fonda les Faisceaux italiens de combat, qui regroupaient, à l'origine, surtout des anciens combattants ; transformés en parti national fasciste, ils devinrent un mouvement de masse. Mussolini sut tirer parti de la profonde agitation sociale de l'Italie d'après guerre, de la déception des Italiens devant leur demi-victoire, des rancunes contre des Alliés déloyaux, et faire la synthèse d'aspirations telles que la grandeur et l'ordre dans une vie héroïque et virile. Grâce à des gestes spectaculaires, il se construisit l'image d'un chef déterminé, le Duce. Bénéficiant de l'indulgence des forces conservatrices, il parvint au pouvoir avec une rapidité surprenante, en oct. 1922 après la marche sur Rome. Vainqueur aux élections du 6 avril 1924, Mussolini prit prétexte de l'assassinat du député socialiste Matteotti et de l'indignation que cet acte provoqua pour déclarer son régime menacé, et pour instaurer à la fin de 1924 une véritable dictature : parti unique, police politique puissante, embrigadement de la jeunesse dans des organisations de masse. Le culte du chef s'instaura, infaillible, héritier des empereurs de la Rome antique. Mussolini neutralisa l'opposition latente de l'Église par les accords du Latran de 1929. C'est de la politique extérieure que vint la chute du régime fasciste. L'affaire d'Éthiopie (1935) fut l'occasion du rapprochement avec l'Allemagne nazie, qui conduisit à une alliance de plus en plus étroite et à l'entrée en guerre de l'Italie en juin 1940. Après le débarquement anglo-américain en Sicile du 10 juill. 1943 qui montra que la défaite de l'Axe était inéluctable, Mussolini fut rendu responsable de l'alliance allemande, destitué par le Grand Conseil fasciste, et arrêté. En sept. 1943, un commando SS le libéra, et le Duce créa dans le nord de l'Italie la république de Salo, État fantoche dominé par les nazis. Arrêté par des maquisards communistes, il fut exécuté sommairement.
Mussolini, Benito (Predappio 1883-Gin-lino de Mezzegra, près de Dongo, sur le lac de Côme, 1945) ; Duce de l’Italie fasciste.
Originaire de Romagne, fils d’un forgeron de village et d’une institutrice, M. grandit dans un milieu très modeste. Après trois années de préparation, il devient instituteur auxiliaire en 1901. Parti un an plus tard pour la Suisse, il y gagne sa vie comme maçon, traducteur et journaliste, assistant en même temps dans diverses universités à des conférences et à des cours, comme ceux de Pareto à Lausanne. Son activité de secrétaire d’associations ouvrières et d’agitateur socialiste lui vaut d’être expulsé de Suisse en 1904 comme, cinq ans plus tard, de Trente, territoire autrichien irrédent. Responsable de publication à Forli de la revue socialiste Lotta di classe (n°l, 1er janv. 1910) et rédacteur (à partir de 1912), puis directeur (en 1914) de l'Avanti, M. défend les revendications révolutionnaires extrémistes de la tendance syndicaliste du parti socialiste. Peu de temps avant le déclenchement de la Première Guerre mondiale, il démissionne de la rédaction de l'Avanti et du parti, pour soutenir la propagande interventionniste de D’Annunzio dans le Popolo d’Italia (n°l, 5 nov. 1914), le nouveau journal qu’il vient de fonder à Milan. Dans la lutte menée contre des principes libéraux et bourgeois qui avaient cessé d’être attractifs, il prône comme idéal le « combat », l’action héroïque accomplie au service de la nation. Caporal dans les bersaglieri, il est blessé pendant la guerre et trouve parmi les anciens combattants de nombreux camarades politiques avec lesquels il réorganise, à partir de mars 1919, les « faisceaux de combat ». Avec ces « faisceaux », il mène, contre l’agitation croissante des socialistes, une lutte totalement illégale mais dont le succès est célébré haut et fort. Plus tard, il peut ainsi revendiquer pour lui le mérite d’avoir réussi à détourner le péril bolchevique de l’Italie (voir à Matteotti). Les actes de violence et de brutalité caractérisent le mouvement, même après sa refonte en parti (nov. 1921). Pour en définir les fondements, l’éclectisme de M. a combiné des éléments puisés dans les théories de Pareto sur « l’élite », de Nietzsche sur le « surhomme », de Bergson sur « l’élan vital » ainsi que dans le syndicalisme de Sorel. Le passé socialiste du Duce lui permet de gagner aisément la confiance des masses qui espèrent un changement révolutionnaire. Tacticien brillant, il parvient en même temps à obtenir l’accord tacite des libéraux jusqu’à ce que le roi Victor-Emmanuel III, après la « marche sur Rome », lui confie la formation du gouvernement. Les pouvoirs exceptionnels concédés à M. par le Parlement, la force de choc de sa milice, son ascendant personnel considérable sur les masses, enfin son habileté à manœuvrer les partis et groupes rivaux au sein de l’Etat et de la société, lui permettent d’instaurer la dictature fasciste en Italie. Dans ce régime qualifié de « démocratie autoritaire », le rôle imparti au peuple s’exprime notoirement dans le triple accord : credere-obedire-combattere (croire-obéir-combattre). La création des « corporations » (création en 1927 de la carta del lavoro), organisations professionnelles étatiques neutralisant les syndicats aussi bien que les associations d’entrepreneurs, sert en fin de compte à concentrer toute l’autorité publique dans le gouvernement et le parti, ainsi qu’entre les mains de leur chef commun, le Duce del fascismo. En l’espace de quelques années, le gouvernement de M. connaît des résultats spectaculaires : adoption d’une discipline de travail réglementée, ponctualité et fiabilité du réseau de chemin de fer, bonifications foncières (assèchement des marais Pontins), réalisations importantes dans l’édification de villes, de routes et de ponts, fouilles de monuments historiques, etc. Tout ceci constitue l’origine du mythe qui se forme autour de M. et dont on trouve encore des traces dans l’Italie actuelle. Ses succès en politique extérieure, tels que le règlement tant attendu de la « Question romaine » (accords du Latran de 1929), accroissent son prestige dans son pays comme à l’étranger. Avec la conquête de l’Abyssinie (1936), la promesse de restaurer T Empire romain en Méditerranée semble sur le point de s’accomplir. Mais à partir de sa visite dans l’Allemagne nationale-socialiste et après la fondation de « l’axe Rome-Berlin », M. devient de plus en plus tributaire d’Hitler. Le Duce est longtemps aveuglé par les performances accomplies dans le redressement économique et militaire de l’Allemagne ainsi que par les projets de politique de conquêtes communes. Bien que dangereusement abusé par son allié lors de l’annexion de l’Autriche (1938), et du déclenchement prématuré de la Seconde Guerre mondiale, M. ne tient pas compte des réserves émises par son proche entourage (Badoglio, Grandi, Ciano) et entre en guerre contre la France déjà vaincue 20 juin 1940 : cette politique mène bientôt l’Italie au désastre. Désavoué par le Grand Conseil fasciste avec la complicité du roi Victor-Emmanuel III, il est destitué et incarcéré (juill. 1943) par le gouvernement Badoglio, puis libéré grâce au coup de main d’officiers allemands de l’armée de l’air et de la SS (Skorzeny). Il assume la direction de la République de Salô, instaurée dans le nord de l’Italie sous la protection du Reich. Incapable d’avouer publiquement et à temps l’échec de sa politique, il prolonge la guerre civile pendant de nombreux mois. Capturé le 27 avril 1945 par des partisans alors qu’il prend la fuite sur les bords du lac de Côme, il est exécuté sur ordre du Comité national de libération avec sa maîtresse Clara Petacci.
Bibliographie : Georges-Roux, Mussolini, 1960 ; S. Berstein, P. Milan, Le Fascisme italien (1929-1945), 1980.
MUSSOLINI, Benito Amilcare Andrea (Dovia di Predappio, Romagne, 1883-Giu-lino di Mezzegra, Come, 1945). Homme d'État italien. Il exerça une dictature autoritaire puis totalitaire sur l'Italie de 1922 à 1943. Fils d'un forgeron, militant socialiste, et d'une mère institutrice, Mussolini obtint à 18 ans son diplôme d'instituteur et s'inscrivit au parti socialiste. Pour échapper au service militaire, il s'exila en Suisse (1902-1904) où il exerça différents métiers, mena une action syndicale auprès des travailleurs italiens émigrés et fréquenta les milieux socialistes cosmopolites, composés de réfugiés politiques. Ce fut à cette époque qu'il acquit une culture politique d'autodidacte où se mêlèrent les influences de Marx, Proudhon, Nietzsche et Soreï. Expulsé de Suisse, il rentra en Italie où il accomplit son service militaire (1905-1906), enseigna le français puis exerça le métier de journaliste à Trente, alors autrichienne, d'où il fut bientôt expulsé. Établi en Romagne (1909-1912), il vécut avec Rachele Guidi - dont il aura cinq enfants et qu'il épousa en 1925 - et prit la direction d'un hebdomadaire socialiste. Anticlérical, organisateur de grèves et anticolonialiste - il fit campagne contre la guerre de Libye (1911-1912) - il fut emprisonné. Appelé en 1912 à Milan pour diriger le quotidien socialiste Avanti !, il s'affirma jusqu'en 1914 comme un socialiste intransigeant opposé à toute compromission avec un gouvernement bourgeois et prit des positions résolument neutralistes malgré la Triplice. Cependant, par ambition personnelle mais aussi par besoin d'action, il changea radicalement d'opinion et fit campagne pour l'intervention italienne aux côtés des Alliés. Quittant Avanti !, il fut expulsé du parti socialiste accusé d'être à la solde de la France et créa en novembre 1914 Il Popolo d'Italia - qui prêchait la guerre contre l'Autriche - avec l'aide financière de ceux qui étaient intéressés par l'entrée en guerre de l'Italie dans le camp allié. Mobilisé comme simple soldat en août 1915, Mussolini fut grièvement blessé sur le front en 1917 et, réformé, reprit la direction de son journal. En 1919, encore peu connu, il fonda à Milan, les Faisceaux italiens de combat, l'une des nombreuses organisations nationalistes de l'époque qui recrutaient leurs adhérents parmi les anciens combattants victimes des difficultés de l'après-guerre et les déçus d'une « victoire mutilée » par les promesses non tenues des alliés concernant une partie des terres irrédentes. La popularité de Mussolini à cette période était encore très loin derrière celle de Gabriele D'Annunzio, principal leader nationaliste qui venait d'occuper Fiume (septembre 1919). Les élections de juin 1919 furent un échec sévère pour les fascistes de Mussolini. Dans une Italie chaotique, en proie aux difficultés économiques, à l'agitation révolutionnaire et à l'instabilité ministérielle, Mussolini choisit alors l'action illégale et subversive. Se posant en champion de l'ordre contre les menaces du communisme, bénéficiant de complicités croissantes dans l'administration et la police et du soutien financier de l'aristocratie terrienne et des milieux industriels, Mussolini lança ses Chemises noires à l'assaut des syndicats et des organisations de gauche (journées sanglantes de Bologne et de Ferrare, novembre-décembre 1920). Au congrès de Rome (novembre 1921), il transforma les Faisceaux en un véritable parti politique - le Parti fasciste -, qui passa de 310 000 adhérents fin 1921 à 720 000 au printemps 1922 et créa une organisation syndicale, l'Union ouvrière du travail. Mussolini obtint sa première victoire en brisant par la force la grande grève d'avril 1922 organisée par les socialistes, puis décida la Marche sur Rome des Chemises noires (27-30 octobre 1922), qu'il fit lui-même de Milan en wagon-lit. Le roi Victor-Emmanuel III entérina le coup de force et demanda au Duce de former un gouvernement (30 octobre 1922). Mussolini, manoeuvrant avec habileté, respecta dans un premier temps la façade parlementaire du régime, n'accordant aux fascistes que quatre ministères - dont deux pour lui, l'intérieur et les Affaires étrangères - sur 14. Après s'être fait accorder par la Chambre les pleins pouvoirs (25 novembre 1922), il surmonta la crise née de l'assassinat par la milice (créée en janvier 1924) du député socialiste Matteotti qui avait dénoncé les méthodes fascistes (30 mai 1924). Après le retrait, en signe de protestation, des parlementaires opposants (27 juin 1924), Mussolini disposa d'une majorité docile élue grâce à une nouvelle loi électorale imposée en avril 1924. Les lois fascistissimes de 1925 organisèrent la dictature. Le Duce cumula pouvoirs législatif et exécutif, interdit les partis (régime du parti unique), les syndicats non fascistes (remplacés par des corporations) pourchassant leurs chefs et enrégimenta la population afin de supprimer tout esprit critique. Travailleur acharné, menant une vie simple, grand admirateur de César et arborant volontiers l'uniforme militaire, Mussolini organisa autour de sa personne un culte de la personnalité et rechercha l'ovation des foules qu'il galvanisait par des discours simplistes, imagés et brutaux. Les réalisations intérieures - législation sociale, grands travaux, diminution du chômage et accords de Latran en 1929 avec le pape - lui apportèrent une immense popularité. Sa politique de collaboration internationale - adhésion à la SDN, aux pactes de Locarno et Briand-Kellogg - et son attitude de méfiance à l'égard de l'Allemagne - envoi de troupes au col de Brenner après l'assassinat du chancelier autrichien Dollfuss par les nazis en 1934, front de Stresa avec l'Angleterre et la France en avril 1935 -, lui assurèrent un prestige international renforcé par le soutien d'hommes politiques étrangers comme Churchill. Ce ne fut qu'à partir de la conquête italienne de l'Éthiopie (1935-1936) que Mussolini rompit avec les démocraties occidentales opposées à sa politique impérialiste et pratiqua une politique de rapprochement avec le régime hitlérien et les autres dictatures. Il intervint aux côtés de l'Allemagne dans la guerre civile d'Espagne (1936-1939) et signa l'Axe Rome-Berlin (novembre 1936). Tout en multipliant les déclarations guerrières, revendiquant la Corse et la Tunisie et occupant l'Albanie (avril 1939), il tenta d'exercer sur le Führer une influence modératrice (conférence de Munich, septembre 1938). Cependant, prisonnier de l'alliance allemande, il perdit progressivement toute initiative au profit de Hitler, et ce fut avec regret qu'il avoua au Führer que l'Italie n'était pas prête à se lancer dans la guerre. Cependant, face aux victoires foudroyantes de l'Allemagne, et craignant que Hitler n'organise sans lui une nouvelle Europe, Mussolini, le 10 juin 1940, s'attaqua à la France déjà vaincue et déclara la guerre à l'Angleterre, négligeant les conseils de son entourage. Avec les défaites militaires en Grèce, dans les Balkans et en Afrique du Nord, la dictature se durcit, engendrant des oppositions de plus en plus nombreuses. Les hiérarques le désavouèrent dans une séance du Grand Conseil fasciste (25 juillet 1943). Destitué par le roi, il fut arrêté, interné dans les Abruzzes puis délivré par un commando de SS allemands (septembre 1943). Il organisa, sous la protection de Hitler, en Italie du Nord, la République sociale italienne, tentant de revenir aux traditions socialisantes des débuts du fascisme. Il fit fusiller plusieurs des membres du Grand Conseil qui avaient voté contre lui, dont son gendre Ciano. Après l'effondrement du Reich, Mussolini tenta de fuir vers la Suisse, déguisé en soldat de la Wehrmacht. Mais arrêté par des partisans le 26 novembre 1945, il fut exécuté sommairement avec sa maîtresse. Voir Irrédentisme.
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