MONGOLS
Peuple de haute Asie vivant aujourd'hui principalement en Mongolie, en Chine et au S. de la Sibérie. Au point de vue linguistique, les Mongols appartiennent à la famille altaïque, qui comprend également les Turcs et les Toungouses (Mandchous). L'habitat primitif des Mongols proprement dits semble devoir être situé au S.-E. du lac Baïkal, dans le bassin supérieur des rivières Onon et Kéroulen. Vers la fin du XIIe s., les tribus mongoles s'échelonnaient sur tout le territoire de l'actuel État de Mongolie (ex-Mongolie-Extérieure), depuis le N. de la Mandchourie jusqu'au-delà du lac Baïkal. Leur genre de vie les divisait en deux groupes : au N., dans la région du Baïkal, aux confins de la taïga sibérienne, des tribus forestières, qui vivaient de la chasse et habitaient dans des huttes de branchages ; au S., dans la vaste steppe qui s'étend en bordure du désert de Gobi, des tribus de pasteurs nomades, éleveurs de bovins, de moutons, de chameaux et de petits chevaux, transhumant dans des chariots, à la recherche de pâturages et de points d'eau. Ils ignoraient l'écriture, la vie urbaine, l'agriculture ; ils n'avaient qu'un artisanat rudimentaire (principalement celui du cuir). Mais ces Mongols étaient des cavaliers et des archers incomparables ; la mobilité extrême de leur cavalerie allait leur donner un avantage stratégique énorme sur tous leurs adversaires.
Gengis Khan et ses successeurs immédiats (1206/60)
Les Mongols en Chine (1260/1378)
Les khanats de l'Asie centrale et occidentale
Gengis Khan et ses successeurs immédiats (1206/60)
Depuis les temps les plus reculés, les peuples nomades de Mongolie avaient constitué une menace redoutable pour les pays sédentaires de l'Asie orientale. Afin de se protéger des incursions des Hiong-nou (que l'on assimile parfois aux Huns), l'Empire chinois de Ts'in Che Houang-ti (ou Qin Shi Huangdi) avait entrepris, à la fin du IIIe s. av. J.-C., la construction de la Grande Muraille. Réduits longtemps à l'impuissance par les guerres continuelles qui opposaient leurs tribus et leurs clans, les Mongols firent leurs premières tentatives pour s'organiser en État au cours du XIe s. Mais le premier royaume mongol, aux prises avec les Tatars et les Djurtchèt, disparut vers 1160.
C'est Témoudjin dit Gengis Khan qui réussit à refaire l'unité des tribus mongoles, au début du XIIIe s. En 1206, il fut reconnu comme khan suprême des Mongols. Dès ce moment, Gengis Khan se considéra, sans doute sous l'influence de conceptions politiques chinoises, comme un « souverain universel » (telle est d'ailleurs la signification de son titre de gengis khan, « seigneur de la mer ». Poussés à la fois par des raisons économiques et par une sorte de messianisme politique, les Mongols partirent à la conquête du monde. Gengis Khan attaqua la Chine septentrionale, s'empara de Pékin (1215), puis, se retournant vers l'Ouest, il lança ses cavaliers en Asie centrale, détruisit l'empire des Kara-Kitai (1218) et le sultanat turc du Khorezm (1221). Exterminant les populations qui leur résistaient, répandant partout la terreur, les Mongols anéantirent de brillants foyers de civilisation tels que Boukhara, Samarkand, Balkh, Merv. Deux lieutenants de Gengis Khan, Djèbè et Suboetèi, entreprirent avec 20 000 cavaliers un raid immense en direction de l'ouest, traversant l'Iran occidental, la Géorgie, le Caucase, avant de déboucher dans les steppes de l'Ukraine (1221/22). Après avoir tout saccagé sur leur passage, ils rejoignirent Gengis Khan en Mongolie.
À la mort de Gengis Khan (1227), l'Empire mongol s'étendait de la mer Caspienne et du nord de l'Inde à la Mandchourie. Toute l'Asie continentale, en ruine, se trouvait ainsi sous la domination mongole. Cet empire était organisé sur la base d'une hiérarchie féodale, unie par le lien de la fidélité des nobles au grand khan. Dans cette première période, il n'y avait encore à peu près aucune organisation politique centralisée ; les populations conquises étaient considérées comme la propriété personnelle des chefs militaires mongols, qui les exploitaient à leur gré. Cependant, du vivant même de Gengis Khan, les Mongols commencèrent à se transformer sous l'influence des civilisations supérieures qu'ils avaient ravagées.
Gengis Khan partagea les immenses territoires conquis en apanages, qu'il distribua à ses quatre fils.
À la mort de Gengis Khan, Toloui, son fils aîné, exerça la régence pendant deux ans (1227/29), jusqu'à ce qu'une assemblée générale de la noblesse mongole eût désigné en 1229 comme grand khan le deuxième fils de Gengis, goedèi (1229/41). Sous son règne, la conquête mongole se poursuivit, parallèlement aux progrès de la civilisation. goedèi établit la capitale de son empire à Karakoroum (1235), qui devint une cité fastueuse. Les Mongols achevèrent la soumission de la Perse (1231) et détruisirent l'Empire djurtchèt ou toungouse des Kin, en Chine du Nord (1234). goedèi lança vers l'Europe son neveu Batou Khan, qui se révéla un des plus grands hommes de guerre mongols : après avoir anéanti les Bulgares de la Volga, Batou ravagea tout le nord-est de la Russie (1237/38), brûla Moscou, écrasa les troupes du grand prince Vladimir et s'empara de Kiev (déc. 1240). Poursuivant sa marche vers l'O., il ravagea la Galicie et la Hongrie et s'approchait de Vienne lorsque la mort d'goedèi le décida à arrêter la conquête de l'Europe.
En 1251, le titre de grand khan revint à Mongka, fils de Toloui. Le règne de Mongka (1251/59) marqua l'apogée de l'extension mongole à l'O., le frère cadet de Mongka, Houlègou, nommé gouverneur de la Perse, triompha de la résistance de la secte des Assassins (1256), puis fit la conquête de l'Irak et de la Syrie, s'empara de Bagdad (1258) et renversa le califat abbasside, ce qui lui valut l'appui des chiites musulmans. En même temps, un autre frère de Mongka, Koubilaï, entreprenait la conquête de l'Empire chinois des Song. Mais la mort de Mongka (1259) allait porter un coup d'arrêt définitif à la conquête de l'Asie méditerranéenne par les Mongols. Alors que la route de l'Égypte lui semblait ouverte, Houlègou fut vaincu par les mamelouks (1260) et dut évacuer la Syrie.
Les Mongols en Chine (1260/1378)
Le frère de Mongka, Koubilaï, lui succéda comme grand khan (1260/94) et reprit la conquête de l'Empire des Song (v. CHINE). En se sinisant, Koubilaï s'éloignait des Mongols de la steppe ; en 1267, ceux-ci se révoltèrent contre lui. Koubilaï ne parvint pas à triompher lui-même de cette révolte, qui ne fut écrasée qu'en 1301 par son petit-fils et successeur, le grand khan Timour (1295/1307). Tandis que l'unité de l'empire se désagrégeait ainsi à l'O., les Mongols, au contact de la civilisation raffinée de la Chine, perdirent quelque peu l'énergie de leurs ancêtres. Les princes de la dynastie Yuan (successeurs de Koubilaï), s'abandonnant à une vie débauchée, s'aliénèrent les lettrés et les forces traditionalistes chinoises par le soutien bigot qu'ils donnèrent au bouddhisme lamaïste. En 1368, une révolte nationale chinoise, partie des provinces méridionales, renversa le dernier empereur mongol de Chine, Toghan Timour, qui se réfugia en Mongolie ; la dynastie des Yuan fut remplacée par la dynastie nationale chinoise des Ming (v. CHINE).
Les khanats de l'Asie centrale et occidentale
Lors du partage de l'empire de Gengis Khan, l'ancien territoire des Kara-Kitai, au S. du lac Balkach, avait été attribué à son fils Djaghataï.
Ce khanat de Djaghataï s'étendit rapidement sur les actuels Turkestan russe et chinois et sur l'Afghanistan, c'est-à-dire dans des régions où l'islam était déjà solidement implanté. Les Mongols furent bientôt assimilés par le milieu turc musulman ; leur conversion à l'islam se produisit sous les règnes des premiers khans, mais, jusqu'au début du XIVe s., elle rencontra de fortes résistances bouddhistes et chamanistes. À l'O. du khanat, en Transoxiane, s'affirma, à partir de 1370, la puissance de Tamerlan.
Le khanat de Kiptchak, le plus occidental des khanats mongols, était issu de l'apanage de Djoetchi et des conquêtes réalisées en Russie par le fils de ce dernier, Batou Khan ; il est connu en Occident sous le nom de Horde d'Or.
En Iran, Houlègou, frère de Mongka, fonda le khanat de Perse, connu également sous le nom d'empire des Ilkhans. Après la défaite que lui firent subir les mamelouks d'Égypte en 1260, Houlègou dut abandonner la Syrie, mais il conserva l'Irak et la Perse. Adversaire résolu des musulmans, Houlègou se trouva aux prises avec la coalition des Mongols de la Horde d'Or, convertis à l'islam, et des mamelouks d'Égypte. Cette menace poussa Houlègou et ses successeurs à rechercher l'alliance des puissances chrétiennes, de Byzance et des croisés. Dès le règne de Mongka, l'Occident avait, de son côté, essayé de nouer des relations amicales avec les Mongols, dans le dessein à la fois de les convertir et de trouver de puissants alliés contre l'islam. Abaka (1265/82) épousa une fille de l'empereur byzantin Michel Paléologue, et Arghoun (1284/91) envoya en Europe le moine ouïgour nestorien Rabban Bar Sauma, lequel fut reçu par Philippe le Bel, Édouard Ier d'Angleterre et le pape Nicolas IV. Mais ce rapprochement de l'empire des Ilkhans et des chrétiens, sans aucun résultat pratique, fut éphémère. Sous le règne du khan Ghazan (1295/1304), les Mongols de Perse se convertirent à l'islam. La dynastie s'éteignit en 1335, à la mort d'Abou Saïd, et le khanat de Perse cessa bientôt d'exister.
MONGOLS. Nom donné à un ensemble de peuples nomades originaires d'Asie centrale. Ils formèrent à plusieurs reprises de vastes empires. Au XIIIe siècle, unis sous la direction de Gengis Khan, ils dominèrent d'immenses territoires. Les Mongols conquirent aussi la Chine méridionale vers le milieu du XIIIe siècle, mettant fin à la dynastie chinoise des Song du Sud et créant leur propre dynastie, celle des Yuan (1279-1368).
Liens utiles
- Mongols.
- L'un des événements principaux de l'histoire de la Mongolie se situe à lafin du XVIe siècle lors de la conversion des Mongols au bouddhismetibétain ou lamaïsme.
- Qaïdouseconde moitié du XIIIe siècle" Le dernier des Mongols ", dit de lui René Grousset : et bien digne de mener " les fils duLoup Gris et de la Biche ".