Monarchiens (les)
Monarchiens (les) ; nom donné à un groupe de députés qui firent la première scission du parti patriote pendant l'été 1789. Les « monarchiens » ou « anglomanes » comptent, parmi leurs principaux leaders, de grands noms de la noblesse libérale. Le marquis de Lally-Tollendal (1751-1830) a été envoyé aux États généraux par la noblesse de Paris et a épousé avec passion la cause de la Révolution en juin et juillet 1789. Stanislas de Clermont-Tonnerre (1747-1792) est colonel lorsqu'il devient député aux États généraux. Mais les deux principaux leaders du parti sont des roturiers. Jean-Joseph Mounier (1758-1806) est un avocat réputé à Grenoble qui joue, en 1788, un rôle capital lorsque les états du Dauphiné se réunissent spontanément à Vizille et réclament les États généraux et le doublement du tiers état. Envoyé aux États généraux, il est considéré, en juin 1789, comme l'une des plus fortes personnalités du parti patriote. Avec lui, Pierre-Victor Malouet (1740-1814), un ancien intendant de marine qui a passé plusieurs années dans les colonies et que le bailliage de Riom envoie aux États généraux. C'est à partir de la seconde quinzaine d'août 1789 que les monarchiens, effrayés par les revendications égalitaires qui s'expriment publiquement, se séparent du gros des troupes du parti patriote. L'occasion est la discussion des décrets sur l'organisation des pouvoirs publics. Partisans d'une monarchie à l'anglaise tempérée par l'aristocratie, les monarchiens veulent que l'on confie au roi un droit de veto absolu sur les décisions du pouvoir législatif, et que l'on crée une deuxième chambre, un Sénat héréditaire qui ferait contrepoids à l'Assemblée élue. Ils sont battus sur ces deux points, n'obtenant pour Louis XVI qu'un droit de veto suspensif. Les journées révolutionnaires des 5 et 6 octobre 1789, alors que Mounier préside l'Assemblée nationale, rapprochent les monarchiens de la droite. Mounier se retire dans le Dauphiné, démissionne de sa fonction de député. Il quittera la France en 1790 pour n'y revenir qu'après le 18 Brumaire et terminer sa vie comme conseiller d'Etat de l'Empire. Lally-Tollendal le rejoint en Suisse, mais revient en France en 1792. Ce sont Malouet et Clermont-Tonnerre qui organisent, à Paris, la résistance de leur parti. Ils fondent des clubs, d'abord le club des Impartiaux (déc. 1789), puis le club Monarchien (avr. 1790). Ils tentent, avec Fontanes, de faire vivre le Journal des Impartiaux. Mais le meilleur propagandiste des idées monarchiennes est le Genevois Jacques Mallet du Pan (1749-1800) qui dirige le Mercure de France. De plus en plus isolés, dénoncés par la presse révolutionnaire, les monarchiens disparaissent de la scène politique avec la chute de la royauté. Clermont-Tonnerre est tué le 10 août 1792, Lally-Tollendal enfermé à l'Abbaye (d'où il pourra s'échapper). Après le 9 Thermidor, d'anciens monarchiens s'efforcent d'imposer leur programme au royalisme français. Mais, mal vus par les princes et par la noblesse émigrée, ils sont affaiblis par la mort de Louis XVII.
CLERMONT-TONNERRE, Stanislas Marie Adélaïde, comte de (Hamonville, 1757-Paris, 1792). Homme politique français issu d'une illustre famille du Dauphiné. Député libéral de la noblesse aux États généraux (1789), il se prononça pour l'abolition des privilèges. Mais, devant les progrès du mouvement populaire, il se rallia aux monarchiens, partisans d'une Constitution du type de celle de l'Angleterre. Clermont-Tonnerre fut assassiné par des émeutiers lors de l'insurrection populaire du 10 août 1792. Voir Patriotes.
MONARCHIENS. Au cours de la Révolution française, nom donné à ceux qui se firent les défenseurs d'une monarchie à l'anglaise à l'Assemblée nationale constituante. Ils souhaitaient conserver au roi un pouvoir fort en lui accordant un veto absolu mais contrôlé par deux Chambres, l'une dignitaire (Chambre haute), l'autre, la Chambre basse, législative et élue. Les chefs de file des Monarchiens, inquiets des excès de la Révolution, furent Mounier, Malouet et Clermont-Tonnerre. Voir Aristocrates, Constitutionnels, Patriotes.