Databac

monachisme

monachisme (du lat. monachus, moine), en général organisation de la vie religieuse suivant des règles plus ou moins sévères d’ascétisme, des pratiques de dévotion et la recherche d’une plus grande spiritualité par la séparation du monde. Cette institution est très ancienne, puisqu’elle existait déjà sous une forme sommaire dans l’Égypte hellénistique et chez les juifs avec les esséniens, et antérieurement dans l’Inde ; elle prit un développement considérable avec le bouddhisme, mais c’est surtout avec le christianisme qu’elle prendra des formes variées. Le monachisme est issu de la vie érémitique que menaient des anachorètes dans le désert, vivant seuls dans des grottes ou des cabanes. Saint Antoine, grand patron des ermites, qui vécut absolument seul au bord du Nil pendant vingt ans, devint le chef spirituel d’anachorètes dispersés dans des grottes voisines. Ceux-ci se réunissaient pour la célébration du culte. Saint Antoine vécut ainsi dans le désert jusqu’à cent cinq ans, et son fidèle disciple saint Pacôme organisa la vie cénobitique en établissant une discipline et une défense contre les dangers de toutes sortes qui guettent le solitaire. C’est au village de «Tabennisi», près de Thèbes, en Haute-Égypte, que s’installa la première thébaïde, où se groupèrent les cabanes des ascètes. Puis vinrent de toutes parts d’autres disciples plus jeunes, plus disposés à se plier à une règle. Plusieurs petits monastères furent ainsi fondés, comprenant des cellules groupées autour d’une église, le tout entouré d’un mur d’enceinte. Malgré l’individualisme et parfois l’hostilité, la règle cénobitique triompha, assurant un horaire fixe pour la prière, la méditation, le travail et le repos. L’épreuve de la vie en commun était fortifiée par les vœux de pauvreté, de chasteté et d’obéissance au supérieur, ainsi que par le port d’un vêtement grossier uniforme. Cependant, des anachorètes continuèrent à mener la vie érémitique, surtout en Orient. Le premier ordre monastique fut celui de saint Basile, de Césarée, dont les règles sont toujours en vigueur dans les églises orientales et ont été introduites en Occident par saint Athanase au IVe s. Ce dernier avait visité la plupart des institutions pacômiennes qui s’étaient disséminées dans toute l’Égypte et au-delà ; il comprit le rôle que pouvaient jouer des communautés intermédiaires entre les vastes agglomérations monastiques et les hameaux de cellules dispersées où le supérieur jouerait le rôle d’un «Père» et serait très proche de chacun des moines. Cette forme de vie cénobitique prévalut en Orient. Dès le début du Ve s., saint Jérôme publiait en latin les premières règles des moines d'Égypte, et malgré les épreuves infligées par les invasions barbares, des monastères étaient fondés en Italie et en France par des évêques : tels ceux de Marmoutier, de Ligugé, de Rouen, d’Arles et de Lérins. A Rome, la vie monastique s’implantait autour des basiliques, et, en Irlande, de très nombreux moines se groupaient, particulièrement à Bangor. Les moines ont joué un grand rôle dans la civilisation occidentale, assurant la défense des villages dans les moments de trouble, créant des foires, installant des marchés, réparant des routes, tenant des hôtelleries, fondant des ateliers, des industries, des hospices et surtout des écoles. Les moines vivant dans d’immenses monastères eurent pour tâche non seulement de défricher des forêts, de cultiver les champs et les vignes, mais aussi et surtout de copier les Livres saints, de faire de patientes recherches historiques et des travaux d’érudition (d’où l’expression «travaux de bénédictins»). Les premiers ordres religieux de femmes observèrent la règle de saint Benoit. A peu près à la même époque naissaient les monastères irlandais observant la règle de saint Colomban. Mais, dès le XIe s., les chanoines réguliers de saint Augustin apportaient une aide au clergé séculier. D’autres ordres plus ou moins contemplatifs comme celui des Chartreux au XIe s., la fondation de Fontevrault par Robert d’Arbrissel en 1101, les Prémontrés, reprenant la règle de saint Augustin, donnèrent une nouvelle vigueur au monachisme. Les croisades suscitèrent la création d’un monachisme de forme militaire, avec l’ordre des Templiers, des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, des chevaliers Teutoniques dans une pensée purement religieuse au début, mais qui changea avec les vicissitudes de l’Histoire. A une société nouvelle correspond un monachisme nouveau : les ordres mendiants ne cessèrent de se développer dans des branches différentes pendant tout le XIIIe s. Ce sont des ordres de prédication et d’exemple, montrant une pauvreté évangélique authentique, un véritable esprit de mission : tels sont l'ordre des Franciscains, dit «des Frères mineurs», qui se répandit rapidement dans toute l’Europe, et l'ordre des Dominicains, fondé par saint Dominique, qui désirait lutter contre l’hérésie albigeoise par une prédication efficace. Le moine devient aussi apôtre. Ces ordres nouveaux vont jouer un très grand rôle dans l’enseignement de la théologie et le studium generale sera à Paris, où, pour les Franciscains, le couvent des Cordeliers deviendra le centre intellectuel et où les Dominicains (couvent de Saint-Jacques) formeront les grands docteurs. Jusque-là les femmes n’avaient pas pu facilement joindre la vie active à la vie religieuse dans les couvents ; de nouveaux ordres sont créés particulièrement pour assurer les soins des malades. La grande crise du monachisme, commencée au XIVe s., s’affirme au XVe s. ; elle porte sur les mœurs, le relâchement d’autorité, les déviations de la foi et marque la perte indéniable de prestige qui rendra les protestants si hostiles aux moines de toutes sortes. La Réforme supprima les couvents dans la plupart des pays qu’atteignait le protestantisme, Ce n’est que de nos jours qu’une tentative monastique a été faite avec les Frères de Taizé. De nouveaux ordres, des essais de retour aux anciennes observances (Capucins, Carmes), des congrégations plus strictes, des compagnies de clercs réguliers comme les barnabites, les théatins, les jésuites au XVIIe s. donnèrent une vie nouvelle au monachisme. Récemment (1976), une nouvelle forme de monachisme dite «au cœur des villes» a vu le jour : la Fraternité monastique de Jérusalem («patronne des villes») exerçant des responsabilités paroissiales (église Saint-Gervais, à Paris). Chez les orthodoxes, les nombreux monastères adoptèrent la règle de saint Basile, à laquelle ils resteront toujours fidèles.




MONACHISME. Désigne la vie des moines ou vie monastique. Le monachisme apparut en Orient. Les fondateurs en furent les Pères du désert, moines qui, à partir de la fin du IIIe siècle, peuplèrent les déserts d'Égypte, de Syrie et de Palestine. Ces premiers moines furent des solitaires (ermites, anachorètes) et trouvèrent leur modèle dans saint Basile. Ils se regroupèrent plus tard en communautés (les cénobites). Le législateur et l'organisateur du monachisme en Occident fut saint Benoît de Nursie. La Révolution supprima toutes les congrégations et la restauration monastique date du XIXe siècle. Voir Carmes, Cî-teaux, Cluny, Colomban (saint), Dominicains, Mendiants (Ordres).

Liens utiles