MOINES
Les moines sont des hommes qui se sont séparés volontairement du monde pour essayer de vivre une vie religieuse parfaite. Le monachisme non chrétien Le monachisme chrétien jusqu'à st Benoît (ier/vie s.) Le monachisme occidental après st Benoît Le monachisme non chrétien La vie monastique est un phénomène qu'on trouve dans toutes les grandes religions. Antérieur au christianisme, il apparut d'abord en Asie. En Inde, dès l'époque védique, il était admis qu'un homme, après avoir accompli tous ses devoirs familiaux et sociaux, pouvait choisir l'état d'ermite (vanaprastha), qui trouvait son épanouissement dans l'état de renoncement total du sannyasin. Mais le monachisme au sens moderne et courant du monde, c'est-à-dire le cénobitisme, n'apparut qu'assez tardivement dans l'hindouisme, pas avant le IXe s. de notre ère. Jusqu'à l'époque contemporaine, l'Inde a vu se former des colonies d'ermites groupés autour d'un sage réputé : un exemple récent est celui de l'ashram d'Aurobindo à Pondichéry. À la différence de l'hindouisme, le bouddhisme fut, dès l'origine, une religion essentiellement monastique. Les seuls vrais bouddhistes, qui peuvent prétendre, à leur mort, à une délivrance immédiate, sans passer par de nouvelles réincarnations, sont les moines qui observent divers commandements, en particulier la pauvreté, la chasteté, la non-violence. À l'origine, les moines bouddhistes (bhikshu) menaient une vie de mendiants vagabonds dans les parcs que leur offraient les bienfaiteurs de la communauté ; chacun menait le genre de vie spirituelle qui lui convenait. Dans le cadre de la société indienne, le monachisme bouddhiste, dès les VIe/Ve s. av. J.-C., fut une grande force de libération, car toute distinction de caste y était abolie. Le bouddhisme eut bientôt des monastères permanents et il introduisit la vie monastique dans toute l'Asie du Sud-Est, en Chine, au Tibet, au Japon. Dans l'islam, le mouvement mystique des soufis et derviches a fait apparaître au VIIIe s., des couvents d'hommes, et même, aux XIIIe/XIVe s., des couvents de femmes. À partir du XIIe s., une cinquantaine d'ordres religieux se sont constitués, tels les Kadirites (fondés au XIIe s.), les Rifaïtes ou derviches tourneurs (au XIIe s. également), etc. Le monachisme chrétien jusqu'à st Benoît (ier/vie s.) C'est en Égypte que le monachisme prit son essor, dans la seconde moitié du IIIe s. L'appel du désert remplaçait celui du martyre, le renoncement ascétique prenait la place occupée dans les premiers siècles par le témoignage du sang. Les premiers moines furent des solitaires : ermites, reclus, anachorètes. Ils trouvèrent leur modèle dans st Antoine, qui chercha la solitude d'abord près de Memphis puis au Déir el-Arab, près de la mer Rouge. En 315, Pakhôme inaugura en Haute-Égypte la vie communautaire ou cénobitique au couvent de Tabennèse. Sa discipline, particulièrement rude, fut adoucie par st Basile. Ce dernier, après une enquête chez les moines d'Égypte, fonda vers 358 un monastère dans son domaine d'Annési, en Asie Mineure. Les conceptions de Basile sont restées jusqu'à nos jours à la base du monachisme oriental. Celui-ci connut des formes originales (laures palestiniennes) ; le goût de l'érémitisme et des pratiques ascétiques extrêmes (telles celles des stylites, qui passaient leur vie juchés sur une colonne, Ve s.) y resta longtemps très vif. Cependant, la vie monastique s'était développée à Constantinople avec la fondation du monastère de Dalmatios (382), suivie par celle du monastère de Stoudion (463) dont les moines restèrent fidèles à l'orthodoxie, à une époque où leurs confrères syriens et égyptiens soutenaient diverses hérésies ; à partir du IXe s. se constitua le couvent du Mont-Athos, qui devint le principal foyer de la vie monastique en Europe orientale. 00020000101100000ED9 100A,L'introducteur du monachisme en Occident fut st Athanase, exilé en 341, lors des persécutions ariennes. En Gaule, st Martin fonda Ligugé (vers 363), puis Marmoutier, près de Tours (vers 372) ; vers la même époque, en Afrique du Nord, st Augustin organisait des monastères à Thagaste puis à Hippone. Après un long séjour chez les moines d'Égypte, Cassien s'installa à Marseille vers 415 et fonda l'abbaye de Saint-Victor. Non loin de Marseille, l'abbaye provençale de Lérins, fondée par st Honorat vers 410, devint un puissant foyer spirituel où se formèrent plusieurs évêques. Cependant, le monachisme occidental manqua de stabilité ; les moines passaient à leur gré d'une communauté à une autre, en quête de quelque maître spirituel renommé ; beaucoup continuaient à vivre solitaires et errants, sans discipline, et ces « gyrovagues » semaient le trouble et le scandale dans l'Église. Le législateur et l'organisateur du monachisme d'Occident fut st Benoît de Nursie, qui, après une solide formation ascétique et érémitique, fonda vers 529 l'abbaye du Mont-Cassin. St Benoît élabora une règle prudente et équilibrée ; il fit de la stabilité dans le monastère la base de la vie cénobitique et donna aux moines trois grandes tâches, la louange de Dieu (Laus Dei), l'étude et le travail manuel ; son monastère, placé sous la ferme direction d'un abbé élu à vie, fut conçu, au point de vue de l'organisation matérielle autarcique comme une unité économique possédant ses champs et ses ateliers. Dans la quasi complète disparition du commerce qui suivit les invasions barbares, le monastère bénédictin devint ainsi le centre d'une économie essentiellement rurale. Le monachisme occidental après st Benoît Cependant, la règle bénédictine ne progressa qu'assez lentement. Le grand âge du monachisme bénédictin (v.) s'étend de l'époque carolingienne au XIIe s. Il fut marqué successivement par la réforme de st Benoît d'Aniane (début IXe s.), par l'essor de Cluny (fondé en 909), puis par l'expansion cistercienne à la suite de la fondation de Cîteaux (1098) et de l'installation de st Bernard à Clairvaux (1115), (v. BÉNÉDICTINS, CLUNY et CISTERCIENS). À la fin du XIIe s., le renouveau de la vie urbaine exigea de nouvelles formes de vie monastique, qui firent une part plus grande à l'apostolat, au détriment de la vie proprement conventuelle, de la liturgie et du travail manuel. Ce fut l'âge des ordres mendiants (v.), où les dominicains (v.) et les franciscains (v.) jouèrent un rôle de premier plan. À la fin du Moyen Âge, les monastères connurent une grave décadence sous le régime de la commende (v.), qui devait subsister jusqu'à la Révolution en 1789. Les nécessités de la Réforme catholique firent naître, au XVIe s., des congrégations religieuses qui, pour se consacrer entièrement à l'action, renoncèrent, non pas sans doute aux vux traditionnels de religion, mais aux obligations particulières de la vie monastique. Ce fut la création des ordres de clercs réguliers (théatins, barnabites, jésuites). Au XVIIe s., un réveil de la vie monastique se manifesta par les congrégations bénédictines de Saint-Maur et de Saint-Vanne ; de même, l'ordre cistercien se renouvela dans les feuillants et dans la Trappe. Puis la vie monastique fut l'objet des attaques furieuses et des diffamations systématiques du parti « philosophique » au XVIIIe s. Non contents de la suppression des jésuites (1773), les esprits éclairés recherchaient la ruine des autres ordres religieux. En Autriche, Joseph II supprima tous les ordres contemplatifs en 1782. En France, fut instituée en 1766 une commission des Réguliers qui fit disparaître neuf congrégations, plus de quatre cents couvents et dispersa dix mille réguliers. Ainsi la monarchie française finissante préparait-elle l'uvre de la Révolution qui, sous prétexte de respect de la liberté individuelle, abolit les vux perpétuels (13 févr. 1790) puis supprima toutes les congrégations (oct. 1792). Persécutés, dispersés à travers l'Europe, de nombreux moines maintinrent cependant leur idéal jusqu'à la restauration de leurs congrégations au XIXe s.
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