Databac

MITTERRAND François

Homme politique français. Fait prisonnier en 1940, il s'évada et gagna Vichy, où il entra au Commissariat général aux prisonniers de guerre. En 1942, la Francisque du maréchal lui fut attribuée à ce titre, mais, selon lui, dès cette époque, selon ses détracteurs à partir de 1943 seulement, il milita dans la Résistance, où il devint président du Mouvement national des prisonniers de guerre et déportés. Il fut élu député de la Nièvre (nov. 1946) et devint à l'Assemblée l'un des chefs du petit groupe charnière de l'Union démocratique et socialiste de la Résistance (UDSR). Il devint pour la première fois ministre en janv. 1947, et fut, tout au long de la IVe République, l'un des pivots des différents gouvernements de coalition. Ministre de la Justice dans le gouvernement Guy Mollet (1956/57), il se rangea bientôt parmi les adversaires de l'« Algérie française ». En juin 1958, il vota contre l'investiture du général de Gaulle et se tint désormais dans une opposition constante à la politique gaulliste. Son rôle controversé dans la simulation d'un attentat contre sa personne dans les jardins de l'Observatoire (oct. 1959) contribua cependant, au début des années 1960, à le reléguer dans une position isolée. Il s'employa dès 1964 à rassembler la gauche non communiste et réussit à obtenir l'appui de la SFIO pour former une Fédération de la gauche démocrate et socialiste (1965). Candidat à l'élection présidentielle de 1965, il obtint au second tour, face au général de Gaulle, 45 % des suffrages. Au congrès d'Épinay (12 juin 1971), il réussit à prendre la tête du nouveau parti socialiste. Il put ainsi, en juin 1972, établir avec le PC un Programme commun de la gauche. Soutenu par l'ensemble de la gauche il ne fut devancé au second tour de l'élection présidentielle (19 mai 1974) que de justesse par Giscard d'Estaing et recueillit 49,30 % des voix. François Mitterrand restait le seul homme politique capable de réunir toute la gauche sur son nom. On le vérifia lors de l'élection présidentielle des 26 avr. et 10 mai 1981. Il fut élu par 15 708 262 voix, soit 51,75 %. À « l'état de grâce » de 1981 à 1982 succédèrent les difficultés, l'impossibilité de réduire le chômage, les dévaluations du franc, les défaites aux élections municipales de mars 1983 et aux scrutins partiels qui s'échelonnèrent jusqu'au printemps 1984. À la suite du nouveau recul enregistré par la gauche aux élections européennes de juin 1984, il procéda à un important remaniement ministériel en juill., remplaçant P. Mauroy (v.) à la tête du gouvernement par un de ses plus proches collaborateurs, Laurent Fabius. Après la victoire de la droite aux législatives de mars 1986, F. Mitterrand fut contraint d'innover sur le plan institutionnel et nomma Jacques Chirac, chef du premier parti de la majorité, Premier ministre. Le Président choisit alors une position d'arbitrage qui lui réussit, puisqu'il put briguer avec succès un second mandat en mai 1988 (54 % des voix au second tour, devant J. Chirac). La victoire de la gauche aux législatives anticipées de juin lui permit de nommer Premier ministre Michel Rocard. Le limogeage de ce dernier, en mai 1991, et la nomination d'Édith Cresson lui firent vite perdre beaucoup de sa popularité. Il désigna Pierre Bérégovoy comme nouveau chef du gouvernement en avr. 1992. Mais la persistance du chômage et, surtout, les affaires politico-financières achevèrent de discréditer la gauche au pouvoir. La victoire annoncée de la droite aux législatives de mars 1993 apparut comme une défaite du Président, qui dut nommer Édouard Balladur à Matignon. En portant à la connaissance de l'opinion le cancer dont il souffrait depuis longtemps et en tentant de clarifier un passé vichyssois controversé, il apparut, à la fin de son mandat, comme soucieux de faire toute la lumière sur lui-même, tant comme homme public que comme personne privée. Comme ses prédécesseurs de la Ve République, le président imprima sa marque à la politique extérieure de la France. Certains grands axes peuvent être dégagés de ses quatorze années de pouvoir : la construction communautaire, un certain atlantisme, une attention particulière au tiers monde et la volonté de maintenir une forte influence en Afrique et dans le monde arabe. Alors que la grande ambition de son premier septennat fut de réformer la société française, celle de son second mandat a été de faire progresser la construction européenne. Malgré des tempéraments et des couleurs politiques opposés, il devint l'ami personnel de Helmut Kohl. La présence d'un de ses anciens ministres, Jacques Delors, à la tête de la Commission européenne de 1985 à 1995 facilita également l'action européenne du président français. Cependant, et bien que le président de la République ait prit la tête de la campagne en faveur du référendum sur le traité de Maastricht, celui-ci ne fut approuvé que par une faible majorité des votants. F. Mitterrand se vit reprocher par ses détracteurs diverses erreurs d'appréciation dans ses rapports avec l'Est : en 1985, l'accueil du président polonais Jaruzelski ; en 1989/90, un certain flottement à propos de la perspective de la réunification allemande ; en 1991, la reconnaissance des putschistes conservateurs de Moscou évincés du pouvoir quelques jours plus tard. Il est l'auteur d'une quinzaine d'ouvrages, dont La Chine au défi (1961), Le Coup d'État permanent (1964), Ma part de vérité (1969), La Paille et le Grain (1975), L'Allemagne et la France (posthume, 1996).

Mitterrand, François (Jarnac 1916-Paris 1996) ; président de la République française [1981-1995].

Elevé dans un milieu traditionaliste, ce fils d’un chef de gare devenu industriel fait des études de droit et devient avocat. Prisonnier en 1940, il s’évade en 1941, travaille au commissariat aux prisonniers de guerre de Vichy, entre dans la Résistance, et à la Libération assure l’intérim d’Henri Frenay au ministère des Prisonniers de guerre. Elu député centriste de la Nièvre en 1946, il est secrétaire d’Etat aux Anciens Combattants, à l’information, à la présidence du Conseil, ministre de la France d’outre-mer en 1950-1951, ministre d’État en 1952, ministre délégué au Conseil de l’Europe en 1953, ministre de l’intérieur en 1953-1954, et garde des Sceaux en 1956-1957. Partisan d’un effort de développement des colonies, et de leur autonomie, démissionnant en 1953 lors de la déposition du sultan du Maroc, il assume la guerre d’Algérie, mais apparaît à certains comme un libéral pouvant négocier avec les indépendantistes. Le 13 mai 1958 bloque son ascension ; battu aux législatives de 1958, sénateur de la Nièvre en 1959 (année où il fut la victime -ou le figurant - de l’attentat de l'Observatoire) et de nouveau député en 1962, il condamne en bloc le gaullisme, en particulier dans un pamphlet de 1964, Le Coup d’État permanent, mais saisit vite le sens des présidentielles au suffrage universel. Il crée en 1964 la Convention des institutions républicaines, structure légère de centre gauche, s’impose comme seul candidat de gauche aux présidentielles de 1965, contribue à mettre de Gaulle en ballottage et obtient 45 % des voix au second tour. La Fédération de la gauche démocratique et socialiste non communiste qu’il préside, ne survit pas aux remous de Mai 1968, et il est écarté des élections de 1969. En 1971 il prend par surprise la tête du nouveau parti socialiste, au congrès d’Épinay. Homme de l’unité de la gauche, il signe en 1972 un Programme commun de gouvernement avec le Mouvement des radicaux de gauche et le PCF dont il entend en fait réduire l’influence. En 1974, candidat de la gauche unie aux élections présidentielles, il est battu par V. Giscard d’Estaing. Mais avec 49,3 % des voix, il est loin des 5 % du candidat SFIO de 1969, G. Defferre. La rupture avec les communistes, inquiets de cette ascension, et la montée de la « deuxième gauche » autour de Michel Rocard le gênent un temps, mais il est élu président le 10 mai 1981, avec 51,75 % des voix. Il lance alors une série de réformes, abolition de la peine de mort, indépendance de l’audiovisuel, décentralisation, développement des droits des salariés, nationalisations, etc. Dès 1983, les réalités économiques font que la rigueur remplace la relance par la consommation. Bien qu’élu sur un programme de rupture avec le capitalisme, M. s’attache alors à réconcilier la gauche avec l’esprit d’entreprise et avec la Bourse ; mais le passif accumulé entraîne un échec aux législatives de 1986, et une cohabitation avec un gouvernement de droite dirigé par J. Chirac. M. apparaît alors comme un recours contre les orientations néo-libérales, et bat Chirac aux présidentielles de 1988, avec 54 % des voix. Son deuxième septennat, placé en théorie sous le signe de la construction européenne, est entaché par des scandales, et surtout, sur fond de chômage croissant, par une crise sociale multiforme. En 1991, renvoyant après trois ans le Premier ministre, M. Rocard, il nomme pour la première fois une femme, Édith Cresson, à Matignon, puis, en 1992, après l’échec de celle-ci, appelle Pierre Bérégovoy, symbole de la rigueur budgétaire, pour préparer les législatives de 1993. À nouveau perdues, elles entraînent une nouvelle cohabitation (1993-1995) avec le Premier ministre gaulliste É. Balladur. M. quitte l’Élysée en mai 1995 et meurt d’un cancer en janvier 1996 à Paris. Ses obsèques publiques et privées sont l’occasion d’hommages presque unanimes. Il a publié de nombreux essais et recueils de chroniques, dont Aux frontières de l’Union française en 1954, Un socialisme du possible en 1971, La Paille et le grain en 1975, ou L’Abeille et l’Architecte en 1978.

GAUCHE AU POUVOIR (arrivée de la) • 10 mai 1981 Au second tour de l’élection présidentielle de 1974, Valéry Giscard d’Estaing a battu François Mitterrand de 425 000 voix (sur 26 millions de suffrages). Le 10 mai 1981, il semble de nouveau en bonne position pour battre son rival puisque, au premier tour, les candidats de gauche tous ensemble n’ont obtenu que 47 % des voix. Mais à la suite d’un mauvais report des voix de droite, c’est François Mitterrand qui est élu, avec 51,75% des suffrages. Les élections législatives qui vont suivre la dissolution du Parlement vont donner à la gauche une très large majorité. Au Gouvernement, formé par le socialiste Pierre Mauroy, vont participer des communistes et des radicaux, dans le cadre de l’Union de la gauche. Le pays connaît alors un moment d’enthousiasme, « l’état de grâce », qui n’est pas sans faire penser aux débuts du Front populaire.

Liens utiles