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MILAN OBRÉNOVITCH

Prince (1868/82), puis roi (1882/89) de Serbie. Cousin et fils adoptif de Michel Obrénovitch, il fut proclamé prince de Serbie à l'assassinat de ce dernier (1868) et placé sous la tutelle d'un conseil de régence présidé par Ristitch. Majeur en 1872, il épousa en 1875 la fille d'un colonel russe et se fit l'instrument des visées panslavistes russes dans les Balkans. Battu par les Turcs dans les deux guerres de 1876 et 1877, il dut cependant à l'intervention de la Russie de faire reconnaître l'indépendance totale de la Serbie, grâce à l'Autriche, par le congrès de Berlin (1878). Il prit alors le titre de roi (mars 1882) et se rapprocha de la politique austro-allemande. Sa politique autoritaire et le scandale provoqué par son divorce avec la reine Nathalie l'obligèrent à abdiquer (6 mars 1889), mais il marchanda son départ contre de fortes sommes d'argent. Il profita cependant de la minorité de son fils pour revenir à Belgrade (janv. 1894) avant de se retirer définitivement en 1900. Sa mauvaise politique contribua à précipiter la chute tragique des Obrénovitch en 1903.

Prince de Serbie (1817/39 et 1858/60). Éleveur de porcs, illettré, il participa en 1804 au soulèvement des Serbes contre les Turcs, et, après la fuite de Karageorges (v.), en 1813, il prit la tête de la lutte nationale. Ayant fait assassiner Karageorges (1817), il se proclama prince des Serbes et, pour prix de sa neutralité lors de la guerre d'indépendance grecque et de la guerre russo-turque de 1828, se fit reconnaître comme prince vassal par la Porte en 1830. Le caractère despotique de son gouvernement le fit renverser en 1839, mais il fut rappelé en 1858 et reçut le titre de Père de la patrie.

Obrénovitch, Miloch, Théodorovitch (1780-1860) ; prince de Serbie. D’origine paysanne extrêmement modeste, palefrenier durant sa jeunesse, O. participe en 1804 au premier soulèvement serbe contre les Turcs sous la conduite de Karad-jordje, avec lequel il rompt bientôt. Tandis que, après l’écrasement de la rébellion, Karadjordje et les autres chefs de l’insurrection quittent le pays, O. reste en Serbie, et soutient même un moment les Turcs dans leur entreprise de pacification du pays, ce qui lui vaut d’être nommé par eux gouverneur de la Serbie centrale. Mais révolté par la cruauté des Turcs à l’égard des Serbes et retenu par eux en otage, il se décide finalement à prendre la fuite. En avril 1815, il appelle à un nouveau soulèvement contre les Turcs. Il parvient à les battre en Serbie occidentale, mais il se voit bientôt pris en étau entre deux armées turques. O. négocie alors habilement avec Marachli Ali Pacha, mandé de Constantinople. Comme la Russie, après la fin des guerres napoléoniennes, a de nouveau les mains libres et prend à nouveau fait et cause pour la Serbie, la Porte tente elle aussi de parvenir à une solution pacifique avec la Serbie. Institué prince vassal de Serbie (1817), O. réussit au cours des années suivantes à obtenir de plus en plus de concessions de la Porte et à étendre ainsi l’autonomie du pachalik de Belgrade. Impitoyable avec ses adversaires, comme le prouve l’assassinat de Karadjordje en 1817, il donne peu à peu à son pouvoir les traits du despotisme. À l’encontre de ceux qui de divers côtés réclament la constitution de grandes propriétés, il résout le problème du partage des fiefs abandonnés par les cavaliers turcs en posant en principe que la terre doit appartenir à celui qui la cultive ; mais il s’oppose à la création d’un Conseil d’État inamovible à ses côtés. Lorsque la Porte, pressée par la Russie, lui octroie en 1838 une Constitution prévoyant un Conseil d’État de dix-sept membres, il abdique en faveur de son fils aîné Milan et se retire sur ses terres de Valachie, puis à Vienne. Après la chute en 1842 de son second fils Michel, chassé du trône par les Karadjordjévitch, il cherche à maintes reprises mais en vain à revenir en Serbie et à renverser à son tour le nouveau prince Alexandre Karadjordjévitch. Ce n’est qu’en 1858 que les Serbes, en conflit avec Alexandre, rappellent O. avec enthousiasme. Mais le bref gouvernement du vieil O., en dépit du soutien ottoman, n’est plus adapté aux exigences de l’époque. La dynastie des Obrénovitch restera néanmoins au pouvoir jusqu’en 1903. Bien que totalement analphabète, O. a toujours su, avec sa finesse paysanne, évaluer ce qu’il pouvait atteindre, et tirer tout le profit possible de ses succès. C’est ainsi qu’il a réussi, à partir de rien, à jeter les bases du futur Etat serbe.


Obrénovitch, Michel (Kragujevac 1823-Topchider 1868) ; prince de Serbie. O. est le fils cadet de Miloch Obrénovitch, premier prince de Serbie, qu’il accompagne en exil après son abdication (1839) ; cependant après le décès prématuré de son frère aîné Milan (1840), il prend la tête du gouvernement serbe comme prince élu avec l’assentiment du sultan. Mais il entre aussitôt en conflit avec le parti constitutionnel. Lors de l’insurrection fomentée par le régent Vucic avec le soutien de la Turquie, il doit se soumettre et fuir en Autriche. De 1842 à 1858 il vit en grande partie à Vienne. Au début de l’année 1859, il revient en Serbie où son père a été rappelé au pouvoir après le bannissement d’Alexandre Karadjordjévitch, puis il lui succède, à sa mort, en 1860. Autant sa façon de gouverner, qui se rapproche d’un « despotisme éclairé » n’est pas populaire, autant sont appréciées ses idées panslavistes (raison pour laquelle il rencontre l’évêque croate Strossmayer), sa politique extérieure active, ses traités d’alliance contre la Turquie avec les différents Etats balkaniques, la constitution d’une armée nationale et le fait qu’il obtienne enfin que les garnisons turques se retirent des villes serbes. En mai 1868, il est victime d’un attentat des partisans de l’opposition libérale, dans lequel a probablement trempé le prince banni Alexandre Karadjordjévitch.

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