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MÉTASTASE Pierre

MÉTASTASE Pierre (Pietro Metastasio; pseud. de Pietro-Antonio-Domenico Bonaventura Trapassi). Poète italien. Né le 3 janvier 1698 à Rome, mort le 12 avril 1782 à Vienne. Son vrai nom était Trapassi, qu’il grécisa en Métastase. Métastase, dès sa naissance, fut protégé par les puissants : il fut tenu sur les fonts baptismaux par Pietro Ottoboni, cardinal, poète et puissant mécène; à dix ans il était déjà dans les grâces de Gian Vincenzo Gravina, qui l’accueillit comme un fils et le prit comme élève. D’esprit très versatile, le jeune garçon se rendit célèbre par des poèmes improvisés. Il devint abbé sans prononcer des vœux définitifs, et accrut sa renommée en écrivant avec une facilité de plus en plus grande. Après la mort de son protecteur, il mena une existence plus facile et plus libre, attiré par les mondanités qui jouèrent toujours dans sa vie un rôle important. Ce fut le début de la série de ses amours, connues d’une manière assez plaisante sous le nom des aventures « des trois Mariannes », du nom commun aux trois femmes — la cantatrice Bulgarelli, la comtesse Althan et la fille d’un haut fonctionnaire pontifical : Nicolà Martinez — qui furent ses amies les plus intimes. Une intrigue amoureuse mal connue survenue en 1729 contraignit Métastase à quitter l’Italie et il accepta avec plaisir l'invitation de se rendre à Vienne comme poète attitré de la cour. Il s’y rendit l’année suivante et y resta jusqu’à sa mort. C’est la période la plus connue de sa vie. A Vienne, il écrivit ses œuvres les meilleures qui comprennent les mélodrames dont le plus célèbre — Attilius Regulus — fut dédié à Charles VI pour son anniversaire. Marie-Thérèse le protégea également, bien que les conditions de la politique européenne ne permissent guère à l’impératrice de jouir des loisirs indispensables pour goûter les ariettes de son poète. Marie-Thérèse morte, son successeur, Joseph II, absorbé dans des rêveries philosophiques, ne fut guère tendre envers Métastase alors très âgé. Après sa mort il reçut les honneurs funèbres qu’on réserve à ceux qui emportent avec eux toute une façon de vivre, toute une époque. Ceci ne suffit pas pour justifier la critique qui fait de ce poète le « témoin » de son temps. Mais il faut convenir que des œuvres comme Didon abandonnée (1724), Demofoonte (1733), La Clémence de Titus (1734), Achille à Scyros (1736) et Attilius Regulus (1740), même si leur célébrité tient souvent à la musique qu’elles ont inspirée aux plus grands musiciens du XVIIIe siècle, sont, malgré le discrédit où est tombé le nom, la personne et l’œuvre de Métastase — défendus cependant par Stendhal, Vies de Haydn, de Mozart et de Métastase — parmi les plus belles et les plus caractéristiques de ce siècle. Il ne faut pas oublier non plus qu’en soutenant qu’il était nécessaire d’accorder une même valeur au texte littéraire et à la musique, Métastase se faisait l’apôtre d’une véritable révolution de l’art dramatique. C’est d’ailleurs surtout dans les œuvres théoriques de Métastase qu’apparaît le novateur. Ces œuvres, ses contemporains et leurs successeurs les ignorèrent longtemps ou ne les comprirent pas; l’Extrait sur l'art poétique d'Aristote, les Observations sur le théâtre grec, les Notes sur Part poétique d’Horace, œuvres érudites qui laissaient entrevoir un goût ouvert aux nouveautés, une notion très juste des rapports qui doivent exister dans l’œuvre d’art entre la réalité et la poésie, annoncent les positions les plus extrêmes de la révolte romantique. Une édition de ses Lettres [Lettere disperse e inédite di Pietro Metastasio] parut à Rome en 1886.




♦ « Ses pièces sont pleines de cette poésie d’expression et de cette élégance continue qui embellissent le naturel sans jamais le charger; talent que, depuis les Grecs, le seul Racine a possédé parmi nous, et le seul Addison parmi les Anglais. » Voltaire. ♦ « Métastase, nous enlevant, pour notre bonheur, loin de la vie réelle, avait besoin, pour nous montrer, dans ses personnages, des êtres semblables à nous, et qui fussent intéressants, du naturel le plus parfait dans les détails; et c’est en quoi il a égalé Shakespeare et Virgile, et surpassé, de bien loin, Racine et tous les autres grands poètes. » Stendhal.

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