Marie-Thérèse (Vienne 1717 -id. 1780) ; archiduchesse d'Autriche, reine de Hongrie et de Bohême, impératrice d'Allemagne [1740-1780].
Marie-Thérèse (Vienne 1717 -id. 1780) ; archiduchesse d'Autriche, reine de Hongrie et de Bohême, impératrice d'Allemagne [1740-1780].
M. occupe une place à part parmi les grandes figures de souverains qui ont marqué le xviiie siècle. L'Impératrice, qui sut admirablement concilier ses devoirs de mère (elle eut seize enfants !) et les exigences du pouvoir, n'était, contrairement à son grand adversaire Frédéric II, aucunement soucieuse de modifier le cours de la politique dans le but d'accroître la gloire de sa maison, et pourtant, elle aussi fit date dans T Histoire en défendant l'héritage qui lui avait été confié et en le renforçant par une politique conséquente de réformes modérées.
Lorsqu'après le décès de son père, l'empereur Charles VI, elle accède au pouvoir dans les États des Habsbourg (1740), la plupart des puissances européennes ont reconnu la pragmatique sanction de 1713 qui proclame l'indivisibilité des territoires autrichiens. Pourtant les choses ne vont pas aller de soi pour la nouvelle souveraine. L'invasion de la Silésie par Frédéric II sans déclaration de guerre (1740) porte un rude coup à la monarchie déjà très affaiblie : les caisses sont vides, l'armée autrichienne, dispersée à travers les différents pays, a été précédemment décimée par une série de défaites. Bien plus, l'électeur de Bavière Charles-Albert conteste les droits de M. à l'héritage de Charles VI et réclame la couronne impériale, tandis que la France noue, par le traité de Nymphenbourg (1741), une vaste coalition contre les Habsbourg, comprenant les électeurs de Bavière, de Palatinat et de Saxe, l'Espagne et les Deux-Siciles. Tandis que l'on évoque déjà dans les cours européennes la perspective d'un éventuel démembrement de la monarchie, l'impératrice sait faire face à la situation avec la plus grande énergie : grâce à l'appui de la noblesse magyare, elle contre-attaque l'armée française engagée en Bohême, et se libère momentanément de la menace prussienne en abandonnant la Silésie à Frédéric II (1742). L'année suivante, ses troupes chassent les Français d'Allemagne, s'emparent de la Bavière et menacent l'Alsace. La situation paraît se retourner à nouveau quand Frédéric II déclenche la deuxième guerre de Silésie (1744-1745). Mais la mort de l'électeur de Bavière, devenu l'empereur Charles VII (1745), lui permet de faire proclamer empereur son époux François de Lorraine sous le nom de François Ier. La paix d'Aix-la-Chapelle (1748) qui met fin à la guerre de Succession d'Autriche confirme la perte de la Silésie, qui reste aux mains de Frédéric II, mais aussi la reconnaissance définitive de la pragmatique sanction. L'unité des Etats des Habsbourg est maintenue, et l'Autriche conserve son rang de grande puissance. L'Impératrice met à profit les années de paix qui suivent pour mettre en uvre de vastes réformes, et surtout procéder à l'assainissement des finances et renforcer l'armement, car elle songe toujours à reconquérir la Silésie. Son chancelier Kaunitz, profitant de l'inquiétude suscitée en France par la nouvelle de l'alliance anglo-prussienne (1756), est l'artisan du renversement des alliances qui fait de la France l'alliée de l'Autriche (1756-1757). La guerre de Sept Ans (1756-1763), au cours de laquelle le génie militaire de Frédéric II vient à bout d'une vaste coalition, ne permet pas à M. de recouvrer la Silésie. Par le traité d'Hubertsburg (15 janv. 1763), la Silésie est attribuée définitivement à la Prusse, tandis que la Saxe est rendue à son électeur et que Frédéric II s'engage à soutenir la candidature du fils aîné de M., Joseph, au trône impérial. A partir de là, la politique de M. vise surtout à maintenir la paix. Continuant d'exercer le pouvoir après l'accès au trône impérial de
Joseph II (1765), elle s'oppose à Kaunitz et à Joseph, partisans du partage de la Pologne, qui heurte son sens du droit, mais en vain (1772). Quand la guerre de Succession de Bavière aboutit en 1778 à l'intervention militaire de Frédéric en Bohême, M. signe contre la volonté de Joseph la convention de Tes-chen, qui rapporte à l'Autriche quelques petits territoires dans la région de l'Inn, mais enterre l'espoir d'une succession des Habsbourg en Bavière.
Lorsque M. meurt en 1780, on peut dire qu'elle a accompli une grande uvre en faveur de ses peuples, car pendant toutes ces luttes extérieures, elle a poursuivi sans relâche un vaste programme de réformes. Assistée du comte Haugwitz, puis de Kaunitz, elle cherche d'abord à remettre de l'ordre dans l'administration et à soumettre les pouvoirs locaux à la souveraineté de l'Etat. L'administration de la Bohême est rattachée à celle de l'Autriche ; toutefois M., préfigurant le dualisme du siècle suivant, ne touche pas aux privilèges ni à l'administration traditionnelle de la Hongrie. Avec le concours de Gérard vpn Swieten, elle accentue le contrôle de l'État sur les universités, réorganise l'enseignement primaire et favorise le développement des sciences, tout en pratiquant un actif mécénat littéraire et artistique. Un nouveau Code pénal (1768) unifie la législation. Profondément croyante, très pieuse, elle est intolérante vis-à-vis des juifs et des francs-maçons, mais inversement, elle essaie de limiter l'influence de l'Église dans l'État. Par la plupart de ces mesures, la souveraine va dans le sens du despotisme éclairé, mais avec souplesse et pragmatisme, sans l'esprit de système qui devait faire échouer les réformes de son fils Joseph IL Le règne de cette femme gaie, intelligente et courageuse contribua à consolider la monarchie des Habsbourg tout en la modernisant.
Bibliographie : H. Vallotton, Marie-Thérèse impératrice, 1963 ; J. Bérenger, Histoire de T Empire des Habsbourg, 1273-1918, 1990, p. 157-506 ; M. Denis et N. Blayau, Le xviiie Siècle, 1970, p. 147-150 et p. 180-191.
MARIE-THÉRÈSE (Vienne, 1717-id., 1780). Impératrice d'Autriche (1740-1780), reine de Hongrie (1741-1780) et de Bohême (1743-1780). Intelligente, sensible aux idées du despotisme éclairé, elle entreprit à l'intérieur d'importantes réformes mais ne put, à l'extérieur, empêcher la domination prussienne en Allemagne du Nord. Fille de Charles VI et épouse de François-Etienne, duc de Lorraine, elle dut lutter contre la France et ses alliés afin de conserver son héritage, qu'elle obtint grâce à l'appui de l'Angleterre et des Pays-Bas (guerre de Succession d'Autriche). Elle ne put néanmoins reprendre, lors de la guerre de Sept Ans (1756-1763), la Silésie à Frédéric II de Prusse, cette perte étant en partie compensée par l'acquisition de la Galicie orientale, de la Petite Pologne (moins Cracovie) et du district de l'Inn (guerre de Succession de Bavière, 1778-1779). Tout au long de ces conflits extérieurs, Marie-Thérèse n'avait cessé de poursuivre, avec une grande souplesse, une vaste oeuvre de réforme selon les principes du despotisme éclairé. Elle affirma l'autorité de l'État sur les particularismes locaux. Un Conseil d'État (1760) qui traitait les affaires importantes de l'Empire fut créé. La législation fut unifiée par la rédaction d'un code pénal (1768). Un corps de fonctionnaires civils et militaires, attachés à l'intérêt public, fut formé dans des instituts comme le Theresianum (1776) ou l'académie militaire de la Wiener-Neustadt (1752). Marie-Thérèse inaugura enfin une politique anticléricale, poursuivie par son fils Joseph II, décidant en particulier la dissolution de la Compagnie de Jésus (1773). Elle eut 16 enfants parmi lesquels Léopold II, Marie-Antoinette, reine de France et Marie-Caroline, reine de Naples. Voir Kaunitz (Wenzel), Pologne (Premier partage de la).
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