Mannerheim, Carl Gustav (Villnäs 1867 -Lausanne 1951) ; maréchal et président de la République finlandaise [1944-1946].
Personnalité complexe, le baron M. est connu comme militaire et homme politique de premier plan en Finlande lors des années troublées consécutives aux deux guerres mondiales. Né au manoir familial de Villnas, près de Turku, il s'oriente assez jeune vers la carrière militaire. Après un séjour à l'École des cadets de Saint-Pétersbourg, il entre au service de l'armée tsariste. Membre de la garde impériale, il mène une vie assez mondaine tout en avançant en grade. Il devient colonel au cours de la guerre russo-japonaise. De 1906 à 1908, il dirige une expédition scientifico-militaire en Asie centrale. A la veille de la Première Guerre mondiale, il commande en Pologne une division de cavalerie. Mobilisé en 1914, il combat d'abord sur le front polonais puis en Roumanie, mais hostile à la révolution russe, il rentre en Finlande en décembre 1917. C'est là que le gouvernement blanc de Vaasa lui confie le commandement en chef de son armée, sans s'inquiéter de son passé russo-phile. Il s'acquitte bien de sa tâche, s'efforçant de porter le coup fatal avant l'arrivée des troupes du Reich dont il craint les visées hégémoniques. Il tient d'ailleurs à diriger le défilé de la victoire dans la capitale (mai 1918). Dans les mois qui suivent, il se démarque de l'équipe au pouvoir, à son goût trop germanophile. Cela lui vaut d'être nommé régent en novembre 1918 et d'entamer des pourparlers avec l'Entente. Mais ses liens avec les activistes grand-finnois et ses convictions monarchistes le font battre à l'élection présidentielle de 1919 face au républicain Stahlberg. Il se retire du devant de la scène, gardant cependant une grande popularité parmi les conservateurs et la garde civique. La tempête déclenchée par le mouvement de Lapua donne le signal de son retour en grâce. Le revenant Svinhufvud le nomme en 1931 président du Conseil de défense et le récompense de son appui dans l'affaire de Mäntsälä en lui conférant la dignité de maréchal.
L'heure de gloire sonne avec la Deuxième Guerre mondiale. La « guerre d'hiver » le fait connaître en Occident comme le « paladin de la glorieuse Finlande ». L'alliance avec l'Allemagne nazie entraîne aussi le Füh-rer à venir sur le front lui souhaiter son anniversaire. Mais le maréchal ne se laisse pas griser par le succès. Lorsque survient en 1944 la défaite qu'il redoute, il accepte sans sourciller un retournement d'alliance et remplace au pied levé le président Ryti, victime de ses imprudences. Réaliste, il ne s'oppose pas au nouveau cours des choses. Mais son passé encombrant travaille contre lui. Ses ennemis obtiennent en mars 1946 qu'il démissionne pour « raisons de santé ». Dès lors, il passe l'essentiel de son temps à l'étranger et meurt à Lausanne en janvier 1951, ayant jusqu'au bout vécu en aristocrate.
Bibliographie : C.G.E. Mannerheim, Mémoires, 1953.