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MACHIAVEL (vie et oeuvre)

Homme politique et penseur, Machiavel est né en 1469 à Florence. Il exerça des responsabilités politiques sous le régime du président Soderini. Tombé en disgrâce après la chute de Saderini et le retour des Médicis, il écrit ses principales oeuvres politiques, dont la plus célèbre est "Le Prince", dans lesquelles il développe une thèse de l'efficacité politique qui ne s'appuie en aucun cas sur la morale. Machiavel a consacré sa vie à analyser de façon extrêmement concrète les conditions dont dépendent l'institution du pouvoir, son exercice et son maintien dans le temps. Sa pensée a largement nourri la philosophie politique contemporaine. La postérité a surtout retenu de lui une oeuvre: "Le Prince".

VIE

Machiavel est né dans une Italie déchirée, divisée en petits États. Nommé secrétaire de la Chancellerie de Florence, il tirera pendant quatorze ans les leçons qui, par la suite, nourriront ses analyses politiques.

OEUVRES

Ce sont les fonctions de secrétaire de Chancellerie qui permettront à Machiavel de rencontrer César Borgia. Ce personnage, fils du pape Alexandre VI Borgia, a joué un rôle déterminant dans l'oeuvre de Machiavel.

Le Prince (1513)
Cette oeuvre sera publiée en 1532. Machiavel, après l'avoir achevée, fera parvenir un manuscrit à Laurent de Médicis, petit-fils de Laurent le Magnifique. On ne sait même pas si ce dernier l'a lu. En tout cas, il n'a pas daigné en récompenser l'auteur. "Le Prince", véritable traité sur l'art de la politique, a un modèle historique: César Borgia. Machiavel y loue les actions qu'il a pu entreprendre pour établir un pouvoir politique fort en Romagne. Borgia n'a reculé devant aucun moyen pour parvenir à ses fins, que ce soit la force, la ruse, la violence. La politique, pense Machiavel, a pour fondement les conflits entre les hommes. Le but de toute politique est de maintenir la paix et la sécurité. Pour cela, le "Prince" peut et doit utiliser tous les moyens lui permettant de parvenir à cette unique fin. Ainsi, la politique — voilà toute l'originalité de la pensée de Machiavel — n'a que faire, dans un premier temps tout du moins, de la morale. Elle n'est pas l'incarnation de valeur telles que la justice, la liberté, le bonheur commun. Elle est d'abord et avant tout action concrète se fondant sur un seul principe: l'homme, par nature, est une bête violente et égoïste qu'il faut parvenir à dominer.

Discours sur la première décade de Tite-Live (1531)
Ce livre s'inscrit dans le sillage du "Prince". Il en approfondit et en développe les idées principales. En disgrâce, forcé de préférer la réflexion à l'action, Machiavel, lisant Tite-Live, retrouve les sujets de préoccupation qui ont toujours été les siens. Il compare la santé de la République romaine à l'instabilité de la République florentine. Le voilà donc à nouveau en train d'examiner ce qui fonde le pouvoir, ce qui permet de le conserver. Comment un Prince doit agir et conduire le peuple? Comment la République peut éviter les conspirations, les séditions, défendre sa puissance au moyen de la guerre?

EPOQUE


Une époque mouvementée

APPORTS

Machiavel a conçu l'art politique comme une pratique, et non d'un point de vue théorique. La morale, la religion, les idéaux philosophiques ne comptent pour rien.

Seule la fin justifie les moyens.

Machiavel est le premier penseur à avoir isolé la pratique politique de toute référence à un pouvoir divin (la religion ne doit pas fonder l'autorité du prince. C'est au contraire à lui de savoir l'utiliser pour parvenir à ses fins). De même, la politique, pour être efficace, ne doit pas être limitée par le respect de certains impératifs moraux. Elle est parfaitement amorale. Seuls les buts qu'elle vise (paix et sécurité) sont moraux. Enfin, Machiavel ne part d'aucun a priori philosophique, comme l'a fait avant lui Platon, et après lui Rousseau. Il observe, et à partir de ces observations en déduit les principes concrets que doit observer tout homme conduit à prendre en main le destin d'un État. La philosophie politique de Machiavel est donc résolument tournée du côté de l'action.

Postérité-actualité. Dès sa publication, en 1532, "Le Prince", devint une référence pour nombre de gouvernants. Parmi eux, il faut citer Charles Quint, Henri IV, Christine de Suède, Napoléon. Encore aujourd'hui, l'ouvrage ne laisse personne indifférent et suscite des débats passionnés. Les uns y voient une oeuvre sulfureuse, d'autres une réflexion extrêmement lucide sur l'essence de la politique.

MACHIAVEL : 1469-1527 Homme politique et écrivain italien. Né à Florence, il fut élu en 1498 secrétaire de la seconde chancellerie de cette ville et chargé en tant que tel de missions diplomatiques. Il perdit son poste en 1512 et mena alors une existence pauvre consacrée à la rédaction de ses ouvrages. Machiavel privilégie en politique la raison d'État et pose que la fin justifie les moyens. Le prince doit écarter toute considération morale afin d'atteindre ses buts, en recourant quand cela est nécessaire à la force et à la ruse.

• Œuvre principale : Le Prince (1513, publié en 1531).

Le Galilée de la politique

Né à Florence dans une famille de petite noblesse, Nicolas Machiavel (1469-1527) vit dans l'Italie déchirée de la Renaissance et devient, en 1498, secrétaire de la chancellerie de la République de Florence, sa ville natale. Privé, en 1512, de son secrétariat d'État, il souffre, l'année suivante, emprisonnement et torture. Relégué dans sa maison de campagne, il écrit "Le Prince" (1513), texte également intitulé "Des Principautés", ouvrage qui ne sera publié qu'après sa mort. Après un bref retour en politique, il est de nouveau écarté du pouvoir. Il est aussi l'auteur des "Discours sur la première décade de Tite-Live" (écrits de 1512 à 1519). Il est le Galilée de la politique : il a orienté la philosophie politique vers de nouvelles voies. Il a créé la science politique moderne, objective, non moralisante et introduit la notion d'État, en tant qu'institution du pouvoir souverain. Les mécanismes du pouvoir Un gouvernement machiavélique : voici une référence fréquente dans notre langage courant. Recourir aux ruses : telle est l'acceptation répandue, en ce qui concerne le projet de Machiavel. Il tendrait à promouvoir ruse, mauvais vouloir politique, etc. Il s'agit en réalité, chez Machiavel, d'une analyse froide et précise du pouvoir et de son exercice : d'une leçon de réalisme et d'efficacité. Quelles règles, quels principes appliquer pour acquérir et conserver le pouvoir, comment le "Prince", le détenteur de la souveraineté, doit-il employer les passions et la méchanceté humaines à son profit, voilà ce que décrit Machiavel. Dans "Le Prince", il montre par quel habile équilibre entre crainte et amour le détenteur du pouvoir souverain prend, puis conserve le pouvoir. « On a demandé s'il valait mieux être aimé que craint, ou craint qu'aimé. Je crois qu'il faut de l'un et de l'autre ; mais comme ce n'est pas chose aisée que de réunir les deux, quand on est réduit à un seul de ces deux moyens, je crois qu'il est plus sûr d'être craint que d'être aimé. […] Cependant le prince ne doit pas se faire craindre de manière que, s'il ne peut se concilier l'amour, il ne puisse du moins échapper à la haine, parce qu'on peut se tenir aisément dans un milieu. Or, il lui suffit, pour ne point se faire haïr, de respecter les propriétés de ses sujets et l'honneur de leurs femmes » (Machiavel, "Le Prince", Bordas, p. 66). L'idée de l'État Théoricien de l'État, créateur de ce terme, Machiavel exprime ici toute la modernité. Quel problème a-t-il voulu résoudre ? En son temps l'Italie est divisée en de nombreuses principautés qui se déchirent ; elle est la proie de guerres avec les Français et les Espagnols. Machiavel définit l'institution du pouvoir qui sera capable de faire face à cette situation de détresse. "Le Prince" incarne l'État : représentant son unité, il assure la pérennité de l'État et de ses institutions. L'État ou le pouvoir souverain est introduit dans le langage par Machiavel.




[…] de la philosophie politique une place aussi importante qu’originale. Hobbes est, comme Machiavel, un penseur d’une étonnante modernité. Tout comme ce dernier, il place au coeur […]



♦ « Machiavel, ce maître à qui Florence est un grand honneur, mais lui-même le déshonneur de Florence... celui qu’en son siècle on a vu ouvrir des écoles aux tyrans, non seulement à ceux qui vivaient alors, mais à tous ceux de l’avenir. » Henri Estienne, 1590. ♦ « Je crois que ce en quoi [Machiavel] a le plus manqué est qu’il n’a pas mis assez de distinction entre les princes qui ont acquis un Etat par des voies justes et ceux qui l’ont usurpé par des moyens illégitimes, et qu ’il a donné à tous généralement les préceptes qui ne sont propres qu’à ces derniers. » Descartes, 1046. Son génie brilla principalement dans sa manière de traiter l’histoire moderne. Il ne s’attacha point, à l’exemple des auteurs de son temps, à toutes ces minuties historiques qui rendent cette étude si dégoûtante; mais il saisit, par une supériorité de génie, les vrais principes de la constitution des États, en démêla les ressorts avec finesse, expliqua les causes de leurs révolutions; en un mot, il se fraya une route nouvelle, et sonda toutes les profondeurs de la politique. » Diderot. ♦ « Machiavel était un honnête homme et un bon citoyen; mais, attaché à la maison de Médicis, il était forcé, dans l’oppression de sa patrie, de déguiser son amour pour la liberté. » Jean-Jacques Rousseau. ♦ « Machiavel nous fait connaître l’homme. » Stendhal. ♦ « Jamais personne n’a en Italie écrit avec autant de clarté, ni dans un style aussi raccourci que Machiavel. Chaque mot de son vocabulaire semble sortir de la profondeur de son esprit et ses phrases reflètent sa splendide logique, resserrée et rapide. » Foscolo. ▼ « Machiavel jetait sur le peuple un regard étrange. Combler la mesure, faire déborder le vase, exagérer l’horreur du fait du prince, accroître l’écrasement pour révolter l’opprimé, faire rejaillir l’idolâtrie en exécration, pousser les masses à bout, telle semble être sa politique. » Victor Hugo. ♦ « Machiavel ne s’occupe ni de droit public ni de constitution; il avait pour cela trop de génie, trop de bon sens et trop de franchise. Pour lui, le gouvernement n’est pas l’application de la justice aux choses de l’Etat, c’est Part de s’établir au pouvoir, de l’exercer et de s’y maintenir, de s’y étendre, d’après les lois des sphères, par tous les moyens possibles, au besoin par la justice, et même par une constitution. » Proudhon. « Il a tant de mépris pour l’âme humaine, non, tant de connaissance de l’âme humaine, que, pour lui, un homme de confiance, c’est un homme qu ’il peut acheter. Il sait qu’on ne peut faire totalement confiance qu’aux faiblesses, à l’intérêt personnel en particulier... Il est plus honnête que Hobbes : il tient compte des passions. » Jean Giono.

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