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MACHADO DE ASSIS Joaquim Maria

MACHADO DE ASSIS Joaquim Maria. Écrivain brésilien. Né à Rio de Janeiro le 21 juin 1839, mort dans cette même ville le 29 septembre 1908. Ses parents étaient des mulâtres d’origine très modeste — sa mère, Maria Leopoldina Machado, avait été esclave — et il connut une enfance misérable et triste. Son esprit repoussa toujours ces souvenirs et l’on n’en trouve presque pas trace dans son œuvre. Il semble qu’il ait été recueilli dans un séminaire, mais la mort de sa mère lui rendit la liberté. Il trouva rapidement un emploi de typographe, puis de correcteur d’épreuves; dans sa fréquentation quotidienne des livres, il accumula, avec l’obstination des autodidactes, une vaste culture littéraire, philosophique et artistique. Cette culture dut être la compensation qu’il chercha aux douloureux complexes qui le rendirent toujours triste et renfermé : celui de sa naissance, celui de la pauvreté et celui de l’épilepsie dont il fut affligé sa vie durant. Ces complexes toutefois n'influencèrent jamais sa plume : bien que mulâtre, il traversa tout le mouvement abolitionniste sans prononcer une seule parole au sujet de la « question nègre » qui était le problème dominant du Brésil contemporain. Il fut le romancier de la classe bourgeoise, médiocre et satisfaite. Ses premiers essais poétiques et narratifs lui ouvrirent le chemin du journalisme, mais, pour pouvoir se consacrer plus tranquillement a son œuvre, il accepta un emploi public, épousa — contre la volonté de sa famille — une Portugaise d’excellente famille et très cultivée — Carolina de Novaïs, et vécut toujours parmi ses livres, ses amis et ses élèves, sans jamais sortir de son milieu ni de sa ville. Après la publication de ses plus grands romans, reconnu comme un maître, il fonda l’Academia Brasileira de Letras dont il fut le premier président. Ses œuvres de début ne se détachent pas de l’ordinaire atmosphère sentimentale créée par José de Alencar avec son roman Le Guarany. Ses premières poésies, fluides et harmonieuses, sont nettement romantiques : Les Chrysalides (1864), Phalènes (1870); c’est plus tard seulement qu’il trouva sa voie : Poésies complètes [Poesias completas, 1901], Occidentales (1901). Pour la scène, il composa des pièces dont la légèreté rappelle le théâtre poétique de Musset, mais sans en avoir les qualités dramatiques. Sa supériorité réelle est dans le roman; cependant, à ne considérer que ses premiers ouvrages : Helena (1876), La Main et le gant [1874], Yaià Garçia (1878), Machado n’aurait été qu’un écrivain aimable. Ce sont les œuvres de sa maturité qui devaient révéler son génie créateur : Mémoires posthumes de Braz Cubas (1881), Histoires sans date [1884], Quincas Borda (1891), Histoires diverses [Varias histôrias, 1896], Dom Casmurro (1900), Esaü et Jacob (1904), et enfin Mémorial d’Aires [Memorial de Aires, 1908], qui est presque une autobiographie. Dans ces œuvres Machado sut écarter la prose brésilienne du régionalisme (peinture du paysage et des mœurs) pour la rapprocher de 1 nomme, considéré d’un point de vue universel. Psychologue à la vie intérieure intense, pessimiste incurable, il réussit à fondre son amer sentiment de désillusion en un humour calme et subtil : il savait en outre découvrir les aspects les plus secrets de vies considérées comme ordinaires. Etranger à toute école, très personnel dans sa technique volontairement simple et digressive, il composait ses romans comme une série de tableaux et de réflexions; son style concis, lapidaire, coloré d’expressions populaires, a fait de lui l’un des grands classiques de la langue portugaise. Ses Œuvres complètes [Obras completas], dont la première édition parut en 1936 et la sixième en 1952-1956, comportent trente et un volumes.




♦ « L’absurdité du monde, l’écrasement de l’homme par des forces immenses et indifférentes, l’absence de tout finalisme dans l’univers lui paraissaient évidents. » André Maurois. ♦ « Machado de Assis est un des plus fameux auteurs brésiliens. Il est urbain, casanier, intime, peintre de médiocres vies citadines; ce qui l’intéresse, ce sont les humbles, qu’il aime parce que ce moins d’humanité lui est prétexte à des observations malignes, qui s’appliquent à l’homme en général. » Francis de Miomandre.

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