Louvois, François Michel Le Tellier, marquis de (Paris 1639-Versailles 1691); homme politique français, secrétaire d'État de Louis XIV.
Louvois, François Michel Le Tellier, marquis de (Paris 1639-Versailles 1691); homme politique français, secrétaire d'État de Louis XIV. Son père Michel Le Tellier (1603-1685) occupe déjà sous Mazarin depuis 1643 le poste de secrétaire d'État à la Guerre, que L. reprend en 1662. Cette continuité profite à l'entreprise de réorganisation et de modernisation de l'armée que tous les deux mettent énergiquement en uvre. Il est effectivement difficile de dire auquel des deux revient la plus grande part, et ce d'autant plus que le père reste au Conseil du roi et exerce depuis 1677 la fonction de chancelier. Le résultat de leurs efforts est une armée monarchique plus nombreuse, plus disciplinée, mieux équipée. Si le roi fait toujours appel à des mercenaires étrangers (suisses, lorrains, corses), il cesse en revanche de lever le ban et l'arrière-ban de la noblesse, dont l'utilité et la valeur s'avèrent médiocres, les meilleurs des nobles servant déjà comme officiers. Pour l'essentiel, le recrutement est assuré par le système traditionnel du racolage : chaque capitaine recrute sa propre compagnie grâce à des sergents recruteurs qui s'efforcent par tous les moyens (y compris par la force !) d'obtenir des engagements. En 1685, L. renforce l'armée permanente en créant la milice, première ébauche du service militaire : les hommes sont recrutés par tirage au sort dans les paroisses, exclusivement en temps de guerre, surtout pour la défense des frontières et les services de l'arrière, mais il arrive qu'on l'engage dans la bataille. Le paiement des soldes et le ravitaillement des troupes (grâce à la création de magasins et d'un service de chariots suivant l'armée en campagne) sont régularisés. Des inspecteurs généraux et des commissaires des guerres surveillent les officiers, dont la qualification est améliorée dans des écoles spéciales (compagnies de cadets). À côté des offices vénaux de colonel et de capitaine sont créés des grades non vénaux, comme celui de lieutenant-colonel, qui permettent à des soldats pauvres de sortir du rang. Le haut commandement est réorganisé : maréchaux de camp, lieutenants généraux et maréchaux de France reçoivent les ordres directement du roi et de son secrétaire d'Etat. L'avancement des officiers s'effectue selon l'ancienneté (« ordre du tableau », 1675), ce qui conduit à ralentir l'ascension de jeunes talents, encore qu'incidemment l'avancement pouvait aussi se faire en fonction d'un choix lié au mérite. Toutes ces réformes permettent la suppression de nombreux abus et l'introduction d'une discipline plus stricte. Divisée hiérarchiquement et administrée bureaucrati-quement, l'armée devient un instrument docile de la monarchie absolue et apporte au roi un énorme gain de pouvoir, à l'extérieur et à l'intérieur du royaume. La composition et l'armement de cette armée tiennent compte des progrès de l'art militaire : l'infanterie, toujours dotée du mousquet (selon l'exemple hollandais) et de la pique (selon l'exemple espagnol), commence à utiliser d'autres armes, comme le fusil à pierre (d'invention allemande). Des fantassins armés de grenades sont constitués en compagnies spécialisées de grenadiers. Quant à l'artillerie, L. s'efforce de l'organiser de façon autonome en formant des compagnies de canonniers et de bombardiers. Ainsi, la puissance de feu de l'armée est sensiblement augmentée. Des hôpitaux militaires (comme, en 1674, l'hôtel des Invalides pour les soldats âgés ou mutilés) renforcent sa structure institutionnelle. De tempérament autoritaire et emporté, L. se heurte à plusieurs reprises avec Turenne, et apparaît surtout comme le grand rival de Colbert. Comme ce dernier, il cumule les charges : outre le secrétariat d'État à la Guerre, il occupe la surintendance des Postes et celle des Bâtiments, Arts et Manufactures. Il se mêle aussi de politique étrangère, et apparaît comme un des principaux instigateurs de la politique des « réunions ». Partisan de la force et de l'intimidation, il est à l'origine de la dévastation du Palatinat (1688-1689), du bombardement de Gênes (1684), et conseille à Louis XIV la pratique des dragonnades contre les protestants. Son père et lui eurent un rôle déterminant dans la révocation de l'édit de Nantes (1685). Il semble qu'à la fin de sa vie, le roi ait songé à le renvoyer, notamment sous l'influence de Mme de Maintenon. Bibliographie : A. Corvisier, Louvois, 1983 ; F. Lebrun, Le xviie Siècle, 1967, p. 251-254.
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