LIUTPRAND
LIUTPRAND. Historien lombard et évêque de Crémone. Né à Pavie (Lombardie) entre 920 et 930, mort entre 971 et 972 au cours d’un voyage à Constantinople. Orphelin de père, il fut confié à un beau-père qui continua son éducation et le fit admettre à la cour du roi Hugues de Provence dont les faveurs lui valurent d’être nommé d’abord clerc et ensuite diacre de l’église de Pavie. Le successeur de Hugues, Bérenger II, lui maintint ses faveurs, le prit pour secrétaire et le chargea de différentes missions de confiance, parmi lesquelles celle de se rendre à Constantinople en qualité d’ambassadeur. A son retour, Liutprand tomba en disgrâce et, privé de ses biens et craignant le pire, il se réfugia en Allemagne auprès d’Otton. A cette cour, il donna libre carrière à son ressentiment contre Bérenger et son épouse Villa en écrivant l'Antapodosis .Descendu en Italie à la suite d’Otton, il fut porté au siège épiscopal de Crémone et, à Rome, en 962, il assista au couronnement de l’empereur, son protecteur. Il écrivit un panégyrique de celui-ci, le Livre des actes de l’empereur Otton le Grand [Liber de rebus gestis Ottoni Magni imperatoris], et à partir de ce moment-là, il participa comme personnage de premier plan aux diverses et complexes entreprises de la politique d’Otton. En 963, il était présent au synode convoqué à Rome par l’empereur pour déposer le pape Jean XII; il assista de même, a Ravenne, à la grande assemblée que présidèrent le pape et l’empereur. Il se rendit ensuite au couronnement romain d’Otton II et, en 968, fut à la tête de la délégation mandée auprès du basileus Nicéphore Foca pour demander la main de la princesse Théophane; il a laissé une relation détaillée de cette mission — dont le résultat fut un gros camouflet — dans le Livre de l ’ambassade à Constantinople [Liber de legatione constantinopolitana]. Envoyé pour la troisième fois à Constantinople en 971 pour y chercher la princesse Théophane, il mourut pendant le voyage de retour dans des circonstances que nous ignorons. C’était un homme riche d’expérience politique et culturelle, que ses relations et ses missions avaient mis en contact avec les personnages principaux de son temps et avec les milieux les plus divers et lointains, de sorte que son œuvre reflète — comme peu d’autres le font — les aspects réels de la vie de son époque. Le goût de l’anecdote et du pittoresque, un sens humoristique poussé, une agressivité polémique, s’unissent chez lui à de remarquables capacités descriptives; qu’il affronte la polémique historique, qu’il exhale sa rancœur de diplomate frustré ou qu’il exprime son respect envers l’empereur, sa prose, renforcée par toutes les finesses de la rhétorique classique, présente des possibilités de développement et de narration qui révèlent un net penchant artistique et peignent une image colorée et vivante de la société du temps.