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Lettre citée dans L’Histoire d’Angleterre par M. Rapin de Thoyras, La Haye, 1749, T. XIV, p. 386.

« La raison qui nous a fait désirer la mort est une haine invétérée contre la misère ; malheur qui, par une suite d’accidents, était devenu pour nous tout à fait inévitable. Nous prenons à témoins tous ceux qui nous ont connus, que nous n’avons jamais été des fainéants ni des gens sans conduite, et que nous avons pris autant de peine pour gagner notre vie qu’aucun de nos voisins ; mais nos soins n’ont pas eu le même succès. [...] « Nous avons conclu que le monde ne saurait être sans un premier moteur, c’est-à-dire sans l’existence d’un être tout-puissant; mais, en reconnaissant la puissance de Dieu, nous ne saurions nous empêcher d’être persuadés qu’il n’est point implacable, qu’il ne ressemble point à la race perverse des hommes, qu’il ne se fait point un plaisir du malheur de ses créatures.
Dans cette confiance, nous remettons nos âmes entre ses mains, sans être saisis de terribles appréhensions ; et nous nous soumettons de bon cœur à tout ce qu’il lui plaira, dans sa bonté, d’ordonner de nous au moment de notre mort.
« Enfin, nous n’ignorons pas certaines lois humaines qui sont faites pour inspirer de la terreur ; mais, indifférents pour ce que nos corps peuvent devenir après notre vie, nous en laissons la disposition à la sagesse des juges.
« L’opinion des naturalistes est que la matière dont nos corps sont composés se dissipe et se renouvelle à certaines périodes de notre vie ; de sorte qu’un grand nombre de gens changent plus souvent de corps que d’habits. Comme les théologiens ne nous apprennent point avec lequel de ces différents corps nous devons ressusciter, il est aussi probable de celui que nous avons en mourant, que d’aucun autre, qu’il ne sera pour toute l’éternité qu’un peu de cendre sourde et muette. »


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