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LESPINASSE (JULIE DE)

LESPINASSE (JULIE DE)
Née à Lyon en 1732, morte à Paris en 1776, fille naturelle de la comtesse d’Albon. Accueillie par Mme du Deffand, elle demeura dix ans auprès d’elle. S’étant brouillée avec sa protectrice, elle fonda son propre salon littéraire que fréquentèrent le président Hénault, Marmontel, Turgot, la duchesse de Châtillon et d’Alembert, avec qui elle eut une liaison. Elle a laissé des Lettres.
LESPINASSE Julie Jeanne Eléonore de. Femme d’esprit et épistolière française. Née à Lyon le 9 novembre 1732, morte à Paris le 23 mai 1776. Elle était la fille adultérine d’une grande dame bourguignonne, la comtesse d’Albon. Sa mère, qui l’avait entourée d’une réelle affection, mais n’était pas parvenue à la faire légitimer, mourut alors que Julie n’était âgée que de seize ans et la jeune fille se trouva des lors en butte aux vexations de la famille d’Albon qui se débarrassa d’elle en la plaçant comme institutrice chez une parente, la comtesse de Vichy. Julie séjourna dans le domaine de celle-ci, à Chamrond, pendant quatre années, de 1749 à 1753. Elle y était traitée comme une simple domestique et sa situation paraissait désespérée lorsque Mme du Deffand, sœur du comte de Vichy, de passage à Chamrond, fut frappée de son esprit et désira s’attacher la jeune fille : elle facilita tout d’abord son départ de Chamrond et son installation dans un couvent lyonnais où Julie passa l’année 1753-1754; mais, avant de pouvoir la faire venir auprès d’elle à Paris, Mme du Deffand, pour tranquilliser la famille d’Albon qui craignait toujours que l’enfant non légitimée, mais née du vivant du comte d’Albon, ne vînt un jour réclamer sa part d’héritage, dut exiger de Julie (avec, semble-t-il, assez peu de délicatesse) une renonciation formelle qui fut immédiatement accordée. Auprès de Mme du Deffand, Julie de Lespinasse allait faire son apprentissage de femme d’esprit, mais elle allait aussi subir les caprices d’une vieille dame égoïste, aigrie par la cécité et qui réclamait d’elle une distraction continuelle. Julie passa pourtant près de dix ans chez sa protectrice, au couvent Saint-Joseph, jusqu’à ce que Mme du Deffand s’aperçût avec une furieuse jalousie que les familiers de son salon avaient pris l’habitude de se réunir également, à une autre heure de la journée, chez Mlle de Lespinasse. Une brouille immédiate et irréparable s’ensuivit avec celle-ci, qui en rut affectée au point d’essayer de se suicider. Grâce à la générosité de quelques amis, Julie de Lespinasse put cependant s'installer rue de Bellechasse et là tenir en toute liberté son propre salon, que fréquentèrent d’excellents esprits tels que d’Alembert, Turgot, Brienne, Condorcet, etc. Ces réunions devinrent un des centres nerveux de la conversation parisienne. Un lien particulier et déjà presque sentimental s’établit bientôt entre Mlle de Lespinasse et d’Alembert (comme elle enfant illégitime) : le philosophe ayant été atteint d’une grave maladie, Julie le soigna avec dévouement et finit par lui offrir de venir passer sa convalescence chez elle. Il ne repartit plus de la rue de Bellechasse et, grâce à l’estime dont il jouissait, personne n’osa s’étonner de la situation de ce ménage, uni il est vrai par une tendre amitié plutôt que par l’amour. C’est grâce à d’Alembert pourtant que Julie de Lespinasse allait entrer dans le monde de la passion qui se révéla bientôt pour elle un véritable enfer; vers 1766 en effet, il lui présenta le marquis de Mora, fils de l’ambassadeur d’Espagne, âgé de vingt-six ans. Aussitôt Julie aima, fut aimée et pendant plusieurs années elle semble avoir connu le bonheur; mais en août 1772, le marquis de Mora, malade de la poitrine, dut sur le conseil de ses médecins retourner dans son pays. Les sentiments de Mlle de Lespinasse pour lui étaient toujours aussi forts, mais un mois à peine après le départ de son amant, la jeune femme rencontrait au cours d’un dîner un certain M. de Guibert, jeune colonel fort ambitieux, connu et presque célèbre par des considérations politiques, militaires et philosophiques qu’il venait de publier sur l’état de l’Europe et qui, selon La Harpe, ne prétendait "à rien moins qu’à remplacer Turenne, Corneille et Bossuet". Mlle de Lespinasse connut alors sa seconde passion, aussi soudaine et incontrôlable que celle qui l’avait poussée vers le marquis de Mora, mais beaucoup plus pathétique et dramatique, car elle fut aggravée par un conflit entre le nouvel et l’ancien amour, comme le montrent ses fameuses Lettres , brûlantes de désir et de souffrance, d’impatience et de remords et qui finissent par n’être plus, selon le mot de Sainte-Beuve, « qu’un cri aigu avec de rares intermittences ! » En mai 1774, M. de Mora mourait à Bordeaux, mais trois mois plus tôt Julie de Lespinasse était devenue la maîtresse de Guibert. Elle était fière d’aimer "comme il faut aimer, avec excès, avec folie, transport et désespoir" (selon ses propres termes), tandis que son assez vain amant semble avoir songé avant tout à se pousser dans le monde. Il se marie en 1775, tandis que Mlle de Lespinasse commença, littéralement, à mourir de son amour : l’opium seul lui donnait quelques moments d’oubli et de calme et jusqu’à la fin cependant (elle disparut âgée seulement de quarante-quatre ans), elle resta fidèle à son salon et à ses amis qui ne surent rien, non pas même d’Alembert, du « mal sacré » et déjà romantique qui était en train de la ronger. On ne connut ce mal que par la publication, en 1809, grâce à la femme de Guibert qui les avait conservées, des Lettres dont il faut placer le volume à côté de celles d’Héloïse et de la Religieuse portugaise. En 1887 a été également publié un recueil de Lettres inédites à d’Alembert et Condorcet.

 

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