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LESKOV Nikolaï Sémenovitch

LESKOV Nikolaï Sémenovitch. Écrivain russe. Né le 16 février 1831 au village de Gorokhovo, dans le gouvernement d’Orel, mort à Saint-Pétersbourg le 21 février 1895. Fils d’un prêtre qui avait épousé une jeune fille de l'aristocratie, il fut élevé dans sa riche famille maternelle, mais ne put terminer ses études au Lycée d’Orel. La propriété de ses parents ayant été détruite par un incendie, il dut entrer à dix-sept ans comme employé à la chancellerie du tribunal. Nommé à Kiev, il y enrichit sa culture et fut à même de développer sa connaissance des hommes au cours de fréquents voyages en province. Leskov quitta ensuite le service de l’État pour un emploi privé que lui procurait sa famille et, de nouveau, il eut l’occasion d’observer le monde en voyageant. A partir de 1860, il publia avec succès, dans différentes revues, des études ethnographiques, et ne tarda pas à se consacrer entièrement à la littérature. Cependant, sa tendance naturelle à considérer toutes choses avec l’ardeur d’un polémiste le rendit suspect dans les milieux libéraux et lorsque, en 1892, il publia un article à propos d’incendies constatés à Saint-Pétersbourg, certaines de ses expressions, à la vérité fort ambiguës, furent interprétées comme une accusation contre les étudiants de tendance révolutionnaire. Leskov tenta en vain de se disculper, et bien qu’il n’eût pas le tempérament d’un réactionnaire, fut, comme malgré lui, tant cette injustice l’indignait, rejeté dans le camp conservateur. Ce fut sous le coup de ces attaques que l’écrivain, alors en voyage à l’étranger, conçut la trame de son premier roman (signé du pseudonyme) : Sans issue. Les plus âpres sarcasmes accueillirent injustement cet ouvrage dont l’auteur était, en fait, beaucoup moins « rétrograde » que ne le prétendait la critique libérale et radicale. Dans les romans qui suivirent, Leskov, signant, cette fois, de son nom, persévéra dans son attitude antinihiliste. Telle n’était point, cependant, sa vocation véritable. Apres avoir, dans cette direction, atteint le point extrême avec A couteaux tirés (1870-1871), le romancier l’abandonna presque entièrement, pour décrire un monde qu’il connaissait bien et que nul, avant lui, n’avait aussi exactement dépeint. Ainsi parurent Gens d'Eglise (1872). Dans L'Ange scellé (1876), Leskov se fit le peintre des milieux « vieux croyants » ; le monde religieux, au sens le plus large du terme, devint alors son milieu de prédilection. Tantôt il le décrivit dans son humaine familiarité : Petits Côtés de la vie archiépiscopale, tantôt il célébra ses épopées légendaires : La Montagne, récit égyptien et Le Brigand d'Askalon, Dans A la limite du monde, enfin, ces deux éléments se confondent en une même évocation poétique. Les romans et récits de Leskov valent, en outre, par la description de toute la vie sociale russe. Rappelons entre autres : Une Famille déchue (1867), Le Paon (1868) et Le Pèlerin enchanté. Tout à fait à part se situe Lady Macbeth du district de Mzensk (1865), récit où se révèle un peintre réaliste de l’amour, qui devait reparaître dans La Femme belliqueuse. Citons encore La Garce (1866), Cheramour (1869), Le Monastère des cadets (1874), Les Insulaires. Leskov, dans ses dernières années, lorsque se fut apaisée la polémique autour de son œuvre et de sa personne, adhéra au « tolstoïsme ». La faveur de la cour lui avait permis d’accéder à des emplois tranquilles au comité culturel, puis à la section pédagogique du Ministère de l’instruction. Mis à la retraite en 1883, l’écrivain se consacra entièrement à la littérature. L’opinion, à ce moment, commençait à rendre justice à son grand talent et, plus tard, on vit même se former une école leskovienne dont fit partie Remizov. Ses œuvres complètes, comprenant trente-six volumes, furent éditées à Saint-Pétersbourg en 1902-1903.

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