KRLEZA Miroslav. Écrivain yougoslave
KRLEZA Miroslav. Écrivain yougoslave d'expression croato-serbe. Né à Zagreb le 7 juillet 1893. Élève de l'Académie militaire de Budapest, il s'enfuit et abandonne le métier des armes pour la littérature. Devenu écrivain professionnel, il est le rédacteur en chef de plusieurs revues, souvent saisies ou censurées par le pouvoir. Ses opinions de gauche donnent lieu à de virulentes polémiques, surtout après la publication de Voyage en Russie [1925], récit de voyage et essai sur l'Europe et l'U.R.S.S.,où sa sympathie pour l'expérience soviétique ne s'affirme pas sans quelque réserve. Pendant la guerre et sous la dictature fasciste en Croatie, son oeuvre sera interdite et brûlée. En 1945, il anime de nouveau deux revues et supervise les travaux de l'Encyclopédie de Yougoslavie tout en devenant directeur de « l'institut de lexicographie » de Zagreb, et membre de l'Académie yougoslave des Sciences et des Arts. Poète, auteur dramatique, romancier et nouvelliste, auteur d'essais sur la littérature, l'art, la politique, et sur les rapports de ceux-ci entre eux, il n'est domaine littéraire où Krleza né se soit montré inspiré et fécond. Il commence à écrire avant la Première Guerre mondiale, mais ce n'est qu'aprés celle-ci qu'il publie trois recueils de poemes, Poèmes I [1918], Poèmes II [1918] et Poèmes III [1919], poésie de guerre à la fois épique et naturaliste, disant l'horreur de la destruction et le désespoir suscité par l'Histoire. Dans Symphonies [1933], il met son lyrisme d'inspiration païenne au service de son anticléricalisme virulent, et célèbre les plaisirs et les beautés du monde. Entre les deux guerres, il écrira une poésie d'inspiration sociale et historique, dont le sommet est représenté par Les Ballades de Petrica Kerempuh (1936), où il décrit, en dialecte kaïkavien, la misère du paysan croate, éternellement soumis, exploité et maltraité. A signaler encore dans le domaine de la poésie Poèmes de l'ombre [1937], et Poésies (1949). Auteur dramatique, Krleza débute dans le sytle expressionniste avec Michelangelo Buonarroti (1919) et Christophe Colomb [1918], où sont peints les destins dramatiques des grands découvreurs incompris. Dans Kraljevo (1918), qui mêle le réaliste au fantastique, le dramatique au comique, c'est à nouveau, dans le cadre d'une foire paysanne, le destin tragique du peuple croate qui est examiné. Entre les deux guerres, Krleza évolue vers un théâtre plus classique, caractérisé par la tension de l'action et l'habileté de la composition, avec Au camp [1922], Golgotha (1922) et Vucjak (1923), chroniques dramatiques sur la misère ou l'idéal de 1 nomme, l'horreur de la guerre et les grandes injustices de l'Europe bourgeoise. Enfin, le cycle intitulé Les Glembaye (1928-1931), drame de la ruine d'une famille bourgeoise de Zagreb, est un exempte type de théâtre psychologique. Krleza prosateur se fait remarquer dès 1922 avec Le Dieu Mars croate , recueil de nouvelles qui démystifie la notion même de guerre. Dans le domaine du roman, il convient de citer, entre autres, Le Retour de Philippe Latino-vies (1932), roman psychologique sur le malheur du déracinement, Le Banquet en Blithuanie (1938-1939) et Les Drapeaux [1967], grands romans chroniques de l'Europe du XXe siècle où s'entrelacent les destins individuels et les événements historiques. Enfin, dans le domaine de l'essai, Krleza a traité de l'art, de la littérature, de la politique, de la philosophie, de l'histoire, en développant l'idée d'une « troisième composante » qui permettrait à la Yougoslavie d'échapper à l'impérialisme politique et culturel de l'Est comme de l'Ouest et d'atteindre à son identité. Tel est le trait commun de Dix années sanglantes [1937], Eppur si muove (1938), L'Antibarbarus dialectique [1939], Comment vont les choses [1953], et des six livres d'essais que comprend son oeuvre.