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JOINVILLE Jean, sire de

JOINVILLE Jean, sire de. Chroniqueur français. Né en 1224 au château de Joinville qui dominait la petite ville du même nom au bord de la Marne (Haute-Marne); mort en ce même château le 24 décembre 1317. Il était fils de Simon de Joinville, sénéchal héréditaire des comtes de Champagne, et de Béatrix, fille d'Étienne III, comte d'Auxonne, cousine de l'empereur Frédéric II, c'est dire qu 'il appartenait à une famille de très bonne noblesse. Envoyé très jeune à la cour de Thibaut IV, comte de Champagne et de Brie et roi de Navarre, qui n'était point seulement un grand féodal, mais un poète, il y reçut l'éducation qui fut celle de tous les jeunes gens nobles de son temps; il savait lire et écrire et connaissait quelques rudiments de latin. Jean de Joinville fut, après son père, sénéchal de Champagne et attaché à la personne de Thibaut IV. Plus tard, devenu homme lige de Louis IX, roi de France, il servit d'intermédiaire dans le règlement des différends qui existaient entre les maisons de Champagne et de France et joua un rôle important dans les négociations qui amenèrent à la conclusion du mariage d'Isabelle de France, fille du roi, avec Thibaut IV, roi de Navarre. Lorsque après avoir décidé, en 1244, à la suite dune grave maladie, de se croiser, Louis IX organisa la VIIe Croisade, Joinville décida de se joindre aux chevaliers chrétiens. A Pâques 1248, Joinville qui avait été armé chevalier en 1245, prit ses dispositions et peu de temps après, quitta son château, « à pié, deschaus et en langes » (chemise). Il laissait à Joinville sa première femme, Alix, soeur de Henri VI comte de Grandpré, et deux enfants, dont son fils aîné, Jean sire d'Ancerville-Joinville, qui devait épouser en secondes noces, Alix de Reynel. Embarqué en août 1248, l'expédition fit escale à Chypre où l'on prit les quartiers d'hiver; c'est là que Louis IX s'attacha le sénéchal de Champagne. Puis l'armée débarqua en Égypte, en juin 1249; la prise de Damiette, occupée presque sans combats, l'effroi que causait en Islam la venue d'une telle force militaire semblaient du meilleur augure mais les imprudences commises lors de la Mansourah firent de cette bataille un désastre (5-6 avril 1250). L'armée, décimée par les maladies, fut assaillie à l'improviste, massacrée ou capturée; le roi lui-même, fait prisonnier et menacé de la torture, dut traiter avec les Sarrasins. De son côté, Joinville avait été pris avec ses gens. Délivré, Louis renvoya en France ses frères, mais demeura en Terre sainte et retint auprès de lui le sire de Joinville. Pendant les quatre années suivantes, en Syrie et en Palestine, Joinville fut le conseiller très écouté du roi, qui s'amusait de ses emportements et de ses brusqueries, de sa naïveté et de ses faiblesses, le reprenait parfois mais savait qu'il pouvait compter sur son absolu dévouement et sur sa franchise. Ces années se passèrent en petites expéditions militaires, après quoi le roi se résolut à rentrer en France. Désormais, Joinville ne devait plus se séparer de son maître, résidant tantôt auprès du roi, tantôt à la cour de Champagne, tantôt dans ses terres, jouissant partout de l'estime de ses suzerains qui le chargèrent de nombreuses missions dont il semble qu'il se soit acquitté avec habileté. Jamais la confiance du roi ne lui manqua mais lorsqu'en 1270, Louis IX, bien que physiquement très affaibli, se croisa de nouveau, avec ses trois fils, Joinville refusa de le suivre, alléguant qu'il lui fallait « demeurer ci pour son peuple aidier et def-fendre » et, dans son Histoire, il ne cache pas ce qu'il pensait de cette folle entreprise : « Je pensai que tous ceux-là firent péché mortel qui lui conseillèrent ce voyage, parce qu'au point où il en était en France, tout le royaume était en bonne paix au-dedans et avec tous ses voisins; et depuis qu'il partit l'état du royaume ne fit jamais qu'empirer. » Après la mort du roi, survenue près de Tunis, les enquêteurs ecclésiastiques menés par l'archevêque de Rouen à Saint-Denis entendirent à plusieurs reprises Joinville comme témoin. Il devait assister, en 1298, aux cérémonies qui marquèrent la béatification du saint roi. Parmi les évêques qui portaient la dépouille mortelle de Louis, se trouvait le propre neveu de Joinville, Henri de Villers, archevêque de Lyon. Quelques années plus tard, après avoir revu en rêve son maître, Joinville établit en la chapelle de son château un autel consacré à saint Louis. C'est au sénéchal de Champagne que Jeanne de Navarre, la propre petite-fille de l'ancien suzerain de Joinville, Thibaut IV, devenue l'épouse de Philippe IV le Bel, roi de France, demanda tout naturellement d'écrire la vie du saint roi. En 1305 lorsque la reine mourut, l'Histoire de saint Louis ou Livre des saintes paroles et des bonnes actions de saint Louis n'était pas encore terminée. Joinville la dédia en 1309 au fils de sa protectrice, Louis le Hutin, comte de Champagne et roi de Navarre, qui devait succéder en 1314 à son père sous le nom de Louis X. Après la mort de saint Louis, Joinville avait paru se retirer de la vie politique; il y participa à nouveau, fort âgé, en 1314, pendant un court épisode lorsque les féodaux, à la suite de la mort de Philippe le Bel, fondèrent des ligues en vue d'empêcher les empiétements du pouvoir royal. Le bon sénéchal mourut le 24 décembre 1317, âgé de plus de quatre-vingt-treize ans ayant survécu près de cinquante ans à son maître. ? « Il est à douter si la plume lui aurait acquis plus d'honneur que son épée... Il escrit de soy même et le doit-on croire pour sa noble ingénuité, comme d'autant éloigné d'ostentation. » Histoire manuscrite de la principauté de Joinville, 1632. ? « La vive imagination et en même temps l'imagination ignorante de cet ingénieux chevalier lui a donné des paroles qui ne peuvent s'oublier. Tout est nouveau, tout est extraordinaire pour lui. » Villemain. ? «Joinville n'a pas la gravité simple ni le ton uni de Villehardouin; mais il a plus de bonhomie, jointe à un sens subtil; il a de la gentillesse, de la grâce enfantine si l'on peut dire, une imagination tendre et riante... Il montre, comme écrivain, de ravissants commencements de talent. Il a l'image parfaitement nette et qui joue à l'oeil, la comparaison à la fois naturelle et poétique. » Sainte-Beuve. ? « Il a le don de sentir si vivement et de rendre si bien ce qu'il éprouve, que ses lecteurs ne se peuvent défendre de ressentir à leur tour les mêmes impressions. Pour exercer un tel empire, il lui suffit d'interroger sa mémoire, d'où la vérité jaillit comme de source. La vérité, il ne l'épargne à personne, ni au clergé, qu'il respecte, ni au saint roi qu'il a tant aimé sur la terre avant de le vénérer au ciel. Joinville a des saillies de brusque franchise qui étonnent, et qu'on serait tenté de prendre pour des inconséquences, si elles n 'attestaient sa constance dans la sincérité. En un mot, quiconque n'a pas lu Joinville ne connaît véritablement ni saint Louis ni le XIIIe siècle. » Natalis de Wailly.

JOINVILLE, Jean, sire de (v. 1224-1317). Chroniqueur français, conseiller de Louis IX (saint Louis). Sénéchal de Champagne, il participa à la septième croisade (1248) dirigée par Louis IX et rédigea, à la demande de Jeanne de Navarre, femme de Philippe IV le Bel, les Mémoires du sire de Joinville ou Histoire de Saint Louis. oeuvre parfois hagiographique, elle est plus un témoignage personnel sur le roi qu'une histoire du règne, mais garde cependant une grande valeur historique. Voir Villehardouin (Geoffroy de).