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Jeanne [la papesse] ; figure médiévale légendaire.

Jeanne [la papesse] ; figure médiévale légendaire. La papesse Jeanne aurait, d'après la légende, vécu dans la Rome du Xe siècle. Travestie en homme, elle aurait fait carrière à la Curie comme notaire puis cardinal avant d'être élue au trône de saint Pierre. Le scandale aurait éclaté lors d'un accouchement en public. Les premières mentions explicites de la légende sont du milieu du XIIIe siècle et se multiplient bientôt. Elle s'enracine profondément dans le légendaire médiéval. C'est elle qui fait voir dans le siège curule des papes un siège percé, où les cardinaux procéderaient à l'examen de la virilité de chaque nouveau pontife. C'est elle qui guide l'interprétation de la route suivie par les cortèges pontificaux dans Rome, prétendument détournés pour éviter de passer par le lieu de l'accouchement. Mais son caractère polémique le dispute vite à sa puissance émotionnelle. Argumentant des sentiments alternativement anticléricaux, antiromains ou mysogines, la légende est aussi outil de propagande. Dès le début du xive siècle, les partisans de Boniface VIII l'utilisent pour prouver qu'on peut et qu'on doit se débarrasser d'un pontife inapte (Célestin V) ; leurs adversaires, pour montrer qu'un pape en place (Boniface VIII) peut être un intrus. La controverse réformée du xvie siècle s'en saisit, contraignant la papauté à réfuter officiellement le mythe, ce qui se fait sans peine. Il est plus difficile de saisir les racines de la légende. On y aperçoit la conjonction de plusieurs sources historiques, qui remontent bien au Xe siècle et pourraient appuyer l'idée d'une genèse lente dans la population romaine : la personnalité de la noble romaine Marousie, qui aurait eu du pape Serge III un fils ensuite devenu pape, Jean XI ; le nombre même des papes Jean au Xe siècle : de 872 à 1024, il y a eu onze papes et antipapes ainsi prénommés (de Jean VIII à Jean XIX), et dans une confusion telle que le nom de Jean XX a été sauté dans la numérotation officielle. La forma- tion de la légende a pu être favorisée par un phénomène linguistique, car le nom latin, papa, s'il est masculin, a une consonance féminine. Bibliographie : A. Boureau, La Papesse Jeanne, 1988.

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