Databac

JEAN DE MEUNG ou de MEUN

JEAN DE MEUNG ou de MEUN 1250?-1305
De son vrai nom Jean Clopinel, ou Chopinel, il est né à Meung-sur-Loire. A en juger d'après l'érudition assez indiscrète dont il fait montre dans ses oeuvres, il fit certainement d'excellentes études. En 1503, furent publiés ses poèmes: Trésor ou les Sept Articles du Foi et Les Lois dus Trépassés. C'est toutefois comme continuateur de l'oeuvre de Guillaume de Lorris que nous le connaissons. Il entreprit en effet, entre 1275 et 1280, de donner une suite au Roman du la Rose, laissé inachevé quarante ans plus tôt. Ses 17 722 octosyllabes sont venues ouvrir dans ce chef-d'oeuvre de la poésie française une nouvelle perspective qui, déjà, annonce l'humanisme de la Renaissance.
JEAN DE MEUN ou (Meung). Il s’appelait de son vrai nom Jean Clopinel ou Chopinel, c’est-à-dire le Boiteux. Érudit et poète français. Né à Meung-sur-Loire (Loiret) vers 1250, mort vers 1305. Si nous ne connaissons rien de Guillaume de Lorris, auteur de la première partie du Roman de la rose et qui semble ne rien avoir écrit d’autre, nous savons que Jean de Meun ne fut pas seulement l’auteur de la seconde partie du même roman. Il semble même certain que cette immense suite de 17 722 vers n’ait pas constitué l’élément prépondérant de la renommée qu’il sut acquérir de son vivant. C’est vers 1277 — entre 1275 et 1280 — que Jean de Meun décida de reprendre le poème inachevé, il avait alors probablement quelque vingt-cinq ans, c’est-à-dire sans doute au sortir de ses études qu’il poussa jusqu’au doctorat en théologie. On ne sait quel motif inspira une entreprise si longue, si disproportionnée apparemment aux buts du nouvel auteur qui sont tout différents de ceux de son prédécesseur. Est-ce simplement la renommée dont jouissait le premier Roman, vieux déjà d’une quarantaine d’années, sous le manteau de laquelle le jeune poète entendait abriter l’exposé de ses idées ? Voulut-il le mettre au goût du jour ? Est-ce à la suite d’une commande qu'il se mit à l’œuvre ? Nous n’en savons rien. En tout état de cause, ce qui saute immédiatement aux yeux c’est la différence des tempéraments des deux écrivains. Ce que Guillaume de Lorris nous contait, c’était un songe, tout se passait entre les murs du verger, dans l’intimité du cœur humain; Jean de Meun en fait un microcosme contenant la nature et la société, le monde des idées de Platon et le dieu des chrétiens. C’était une histoire d’amour et de l’amour le plus éthéré, le plus compassé; l’amour, pour le nouveau rédacteur, n’est plus qu’une nécessité de nature, et la femme, cette créature qui, chez l’un n’est qu’une fleur, devient, chez l’autre, un être vil et insupportable. Guillaume de Lorris était didactique mais ce qu’il enseignait, c’était l’art de courtoisie; Jean de Meun expose et impose un système du monde auquel rien ne manque. Son érudition n’a ni discrétion ni limite, elle est faite d’emprunts à presque tous les auteurs de l’Antiquité qui faisaient partie du bagage d’un clerc cultivé du XIIIe siècle, aux philosophes et aux savants modernes. Poète philosophe, Jean de Meun exprime la règle d’or à laquelle est soumise toute créature : suivre la nature; au nom de ce principe, il condamne et l’ascétisme monastique et l’amour courtois, il montre le caractère tout relatif de la hiérarchie sociale et du pouvoir royal, lequel n’est fondé que sur l’intérêt du public : « Un grand vilain entre eux élurent / Le plus ossu de tant qu’ils furent / Le plus corsu et le plus grand : / Si le firent prince et seigneur. » Le détachement aristocratique de Guillaume de Lorris n’est plus qu’un souvenir, Jean de Meun cite en exemple les gens du peuple, ceux qui travaillent de leurs mains. Somme toute, et en dix-huit mille vers il a tout le temps de nous en persuader, Jean de Meun est ce qu’on pourrait appeler un préhumaniste et, comme tout vrai satirique, un réformateur; il est déjà proche, à certains points de vue, des humanistes du XVIe siècle qui, au nom de la raison et de la raison chrétienne, espéreront que les progrès de la pensée amèneront la réforme nécessaire de l’Eglise et des mœurs. C’est ce dont témoigne d’ailleurs tout le reste de son œuvre. Jean de Meun a laissé des traductions de la Consolation de la philosophie de Boèce, texte qui connut une faveur immense pendant tout le Moyen Age, du Traité de l’art militaire de Végèce, entreprise peut-être à la demande d’un de ses protecteurs, des Lettres d’Héloïse et Abélard. On connaît de lui plusieurs autres poèmes, tels le Trésor ou Les Sept Articles de foi, les Loys des Trespasséz, imprimés respectivement en 1503 et 1481-1484, le Miroir d’Alchymie, les Proverbes dorez. Il est également l’auteur de Remontrances au roi, enfin d’un Testament, précieux, car il contient quelques indications sur son personnage. Il y réprimande à son habitude les femmes et les ordres mendiants. C’est probablement à ce passage du Testament que se rapporte l’anecdote qui veut que Jean de Meun ait légué aux jacobins (dominicains) de Paris, auxquels il s’attaque dans le Roman de la rose, un coffre et son contenu. Dès qu’ils apprenent la nouvelle de sa mort, les Pères s’empressent d’ouvrir le coffre et n’y trouvent que des ardoises « sur lesquelles possible il tiroit des figures d’arithmétique et de géométrie ». Dans son Testament, il laisse entendre qu’il était au service d’un grand seigneur. Ce qui est certain, c’est que Jean de Meun fut, en son temps, un personnage considérable et riche, fort considéré pour sa science et sa sagesse. Il habitait à Paris une maison qui comprenait tourelle, cour et jardin, attenant à l’hôtel de la Tournelle. C’était, à n’en point douter, un opulent bourgeois et sans doute un universitaire, le représentant dune classe sociale qui commençait à jouer dans la société de la fin du XIIIe siècle un rôle qui, sous le règne de Philippe le Bel, dont notre auteur fut le contemporain, allait devenir un rôle de premier plan.
♦ « [Le Roman de la rose] l'Illiade et l’Énéide de la France. » Th. Sibilet. ♦ « De ce mesme temps (je veux dire souz le régné de S. Louys) nous eusmes Guillaume de Lorry, et sous Philippe le Bel, Jean de Mehum, lesquels quelques-uns des nostres ont voulu comparer à Dante Poëte italien : Et moy je les opposerais volontiers à tous les Poëtes d’Italie, soit que nous considérions ou leurs mouëlleuses sentences, ou leurs belles loqutions, encores que l’oeconomie generale ne se rapporte a ce que nous pratiquons aujourd’huy. Recherchez-vous la philosophie Naturelle ou Morale ? elle ne leur defaut au besoin. Voulez-vous quelques sages traits ? les voulez-vous de folie ? vous y en trouverez à suffisance; traits de folie toutes fois dont vous pourrez vous faire sages. Il n’est pas que, quand il faut repasser sur la Théologie, ils se monstrent n’y estre aprentifs. Et tel depuis eux a esté en grande vogue, lequel s’est enrichy de leurs plumes, sans en faire semblant. Aussi ont-ils conservé et leur œuvre et leur mémoire jusques à huy, au milieu d’une infinité d’autres, qui ont esté ensevelis avec les ans dedans le cercueil de tenebres. » Et. Pasquier. ♦ « En France, l’influence de ce livre domina toute la période qui suivit, et on ne peut pas dire qu’elle ait été heureuse: elle donna pour longtemps à la littérature, une forme allégorique... et, d’autre part, un caractère prosaïque, positif, souvent pédant qui enlève tout charme à la plupart des poèmes des XIVe et XVe siècles. » G. Paris. ♦ « Jean de Meun fut non seulement un grand poète, le plus grand écrivain en vers du XIIIe siècle, mais un homme de lettres accompli, dans le sens moderne du mot. » A. Mary.