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JACOB Max. Écrivain français

JACOB Max. Écrivain français. Né à Quimper le 11 juillet 1876, mort au camp de Drancy où il avait été interné par les nazis, le 5 mars 1944. Issu d'une famille de petits antiquaires juifs, il vint à Paris, après de bonnes études secondaires, avec l'intention de faire carrière dans l'Administration, projet qui n'eut bien entendu jamais de suite. En réalité, il fit tous les métiers : de professeur de piano, clerc d'avoué, balayeur de magasin, employé de commerce, à journaliste, critique d'art, peintre, astrologue, diseur de bonne aventure et, à l'en croire, bonne d'enfants. S'étant rendu en juin 1901 à l'exposition que Picasso, alors jeune peintre inconnu, avait organisée aux Galeries Vollard, il entra en rapport avec lui. De ce jour, date une amitié qui ne devait jamais se démentir. Compagnons de rêve et d'infortune, ils partageront même, à la fin de 1902, la chambre que Max avait trouvée boulevard Voltaire, alors qu'il était employé de commerce dans les parages. C'est d'ailleurs la profonde affection qui le liait à Picasso qui lui fit choisir en 1905 d'habiter rue Ravignan, au n° 7, non loin du célèbre « Bateau-Lavoir ». Ami d'Apollinaire et d'André Salmon, qu'il avait rencontrés vers 1903 dans les cafés de la Rive Gauche, personne, en dehors d'eux et de quelques autres, ne pouvait soupçonner en lui un poète, et ce ne sont pas les deux livres pour enfants qu'il avait écrits : Le Roi Kaboul et le marmiton Gauvin (1903) et Le Géant du soleil (1904), qui pouvaient le laisser supposer. Il faudra attendre la publication, en 1909, de Saint Matorel, de La Côte — Recueil de chants celtiques (chez l'auteur), des Œuvres burlesques et mystiques de Frère Matorel, mort au couvent de Barcelone (1911), Le Siège de Jérusalem, drame céleste (1912), et surtout, en 1917, du Cornet à dés, pour que sa réputation soit solidement établie. Dans les années qui suivirent, il publia encore : Le Phanérogame (1918), Cinématoma (1920), Le Roi de Béotie (1921), et surtout Le Laboratoire central (1921), son principal recueil poétique avec Le Cornet à dés. Toutefois, un événement avait entre-temps bouleversé sa vie, dont les conséquences lointaines allaient être incalculables. Le 7 octobre 1909, il vit, sur l'un des murs de sa chambre, au cours d'une apparition dont il nous a rapporté le déroulement dans La Défense de Tartufe (1919), le corps du Christ, vêtu d'une robe jaune, se dessiner très clairement à ses regards. Dès ce moment, sa conversion au catholicisme fut acquise, et il n'eut plus qu'un désir : être baptisé. Cependant, l'Eglise le fit attendre plus de cinq ans, puisqu'il ne reçut ce sacrement que le 18 février 1915, en l'église Notre-Dame-de-Sion, Picasso lui servant de parrain. Pendant longtemps, on épilogua dans la bohème montmartroise sur la sincérité de cette conversion; on en fit même des récits malicieux ou narquois. Jean Cassou, par contre, devait y voir plus tard une sorte de révolte suprême contre le « bourgeois ». Quoi qu'il en soit, la longue retraite qu'à partir de 1921 le poète fît à Saint-Benoît-sur-Loire, à l'ombre d'un monastère en ruine, ainsi que les dernières années de sa vie, toutes consacrées à la piété et à la dévotion la plus fervente, donnent à cette conversion une signification définitive et dénuée de toute équivoque. Cette retraite ne fut d'ailleurs pas totale. En effet, après un séjour qui dura six années (1921-1927) — séjour entrecoupé de voyages en Italie, en Espagne, en Bretagne —, Max revint s'installer pour quelque temps à Paris dans un hôtel de la rue Nollet. De cette première retraite datent des œuvres telles que Le Cabinet noir (1922), Art poétique (1922), Le Terrain Bouchaballe (1923), Filibuth ou la montre en or (1922), L'Homme de chair et l'homme reflet (1924) et le recueil de poèmes des Pénitents en maillots roses (1925). Bien vite dégoûté de la vie parisienne, Max décida de retourner à Saint-Benoît-sur-Loire. Mais, afin d'assurer là-bas sa subsistance, il signa un contrat avec la galerie Georges Petit, qui lui acheta dès ce jour toutes ses gouaches. Désormais, il ne fit plus que de courtes apparitions dans la capitale. Pour tant jamais la voix du poète ne cessa de se faire entendre; et si le romancier s'est tu avec son Tableau de la bourgeoisie (1930) et ses Bourgeois de France et d'ailleurs (1932), on devra encore à l'enchanteur : Rivage (1931), Ballades (1938) ainsi que ses Derniers Poèmes, en prose et en vers, qui furent recueillis en 1945, après sa mort. Avec la guerre, son mysticisme devint plus ardent. Humilié et bafoué en tant que juif par le port de l'ignoble étoile jaune, atteint dans les membres de sa famille, dont plusieurs furent déportés, il attendait — selon sa propre expression — de subir lui aussi le martyre : arrêté le 24 février 1944 par la Gestapo, il fut conduit à la prison d'Orléans, puis, trois jours après, au camp de Drancy, où il devait mourir le 5 mars 1944, emporté par une broncho-pneumonie. Enterré tout d'abord au cimetière d'Ivry, son corps repose aujourd'hui, selon ses dernières volontés, à Saint-Benoît-sur-Loire. ? « Vous avez à la fois les dons d'un poète et les grâces d 'un chrétien, rien nulle part d 'arti-ficiel et de méchant, mais partout ces belles vertus qu'on appelle l'humilité et la charité, celle-ci dans son double sens. » Paul Claudel, lettre à Max Jacob, 13 janvier 1937. ? « Il n'est sans doute pas, de nos jours, d 'auteur plus déconcertant que Max Jacob. Il semble ne se prendre jamais au sérieux, comme Henri Heine : et le rire, le sourire du moins, est toujours chez lui voisin des pleurs. On dirait, par moments, qu'il se moque un peu du lecteur. Mais je sais un moyen de ne jamais être sa dupe : c'est de l'aimer. Alors tout s'éclaircit soudain et ce qui paraissait feinte d'abord devient pudeur et tendresse. » André Gide. ? « Ce qui caractérise son œuvre, c'est l'absence d'erreur, même lorsqu'il se complaît dans le saugrenu ou le fantastique pur. Le toucher est toujours juste. Quant au clavier sur lequel il jouait, c'est un des plus étendus : il va de la fantaisie inquiète, du choquant, de l'incroyable et parfois de la simple assonance, à une sorte de mysticisme voilé, de sincérité profonde et pure qui devait nécessairement lui conseiller de s'adresser directement à Dieu. » Léon Paul Fargue. ? « Max Jacob est de ces gens que les gens sérieux ne veulent pas prendre au sérieux. » Daniel-Rops. ? « Nous devons tous beaucoup à Max Jacob : il nous a éveillés au sentiment secret des êtres et des choses et préservés de bien des confusions. Sans lui, la Poésie aurait fini par se disperser. » Francis Carco. ? « Nul mieux que Max n 'a su réussir ce miracle : se rendre invisible, tromper l'œuvre à force de transparence et donner en pâture à l'époque un homme de paille qu'elle puisse brûler sans atteindre le poète. » Jean Cocteau.