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IVAN IV, dit Le Terrible. Tsar de Russie

IVAN IV, dit Le Terrible. Tsar de Russie. Né à Moscou le 25 août 1530, mort à Alexandrovskaja sloboda, près de Moscou, le 18 mars 1584. Son père, Vassilij (Basile) III, étant mort lorsque Ivan n'avait que trois ans, la régence fut exercée d'abord par sa mère, puis, après la mort de celle-ci, par un conseil de boyards. Ayant atteint seize ans, Ivan épousa en premières noces (il se mariera sept fois) Anastasie Zakharjina-Jurjeva, après s'être fait couronner, le 16 janvier 1546, tsar (caesar) de Russie. Ce titre ne faisait d'ailleurs que confirmer la thèse, répandue déjà lors du mariage de son grand-père Ivan III avec Sophie Paléologue, nièce du dernier empereur de Byzance, thèse suivant laquelle Moscou était héritière de Byzance, elle-même héritière de Rome. Le 21 juin 1547, un formidable incendie ayant ravagé Moscou, le tsar Ivan crut que cet incendie était une punition divine pour les exactions que commettaient constamment les boyards, et décida de cesser sa vie de débauche et de régner « comme il sied à un prince orthodoxe ». Il s'entoura de nouveaux conseillers, à la tête desquels il plaça l'archiprêtre de la cathédrale de Moscou, Sylvestre, et un homme de petite no Hesse, Adasev. Avec le prince André Kurbskij comme troisième conseiller, ils créèrent auprès du tsar un « Conseil des élus », chargé de mettre sur pied les réformes intérieures dont le pays avait grand besoin. Ivan inaugura cette politique nouvelle par une cérémonie solennelle, au cours de laquelle il prononça un discours d'une grande élévation de pensée. Un nouveau Code , promulgué en 1550, appelle des représentants élus de la population à siéger dans les tribunaux, à côté des fonctionnaires royaux. La procédure judiciaire est également réformée. Un concile local, réunissant tout le haut clergé et les représentants du tsar, est chargé de réformer la vie intérieure de l'Eglise russe et, plus particulièrement, la vie du bas clergé; ses Actes, divisés en cent chapitres (d'où leur nom de Stoglav), constituent l'un des monuments les plus remarquables de la littérature russe de cette époque. Des réformes non moins importantes sont décrétées dans le domaine de l'administration rurale; pour la première fois depuis des siècles, les communes (« mir ») reçoivent une certaine autonomie administrative et financière. Dans le domaine de la politique extérieure, si les guerres avec la Lituanie, l'Ordre Teutonique et la Suède tournent, après quelques succès passagers, au désastre, à l'Est, l'ataman Ermak, avec une poignée de Cosaques, conquiert à la Russie le royaume tatar de Kutchum (1582), ouvrant la voie à la conquête de la Sibérie. Malheureusement, l'influence de Sylvestre et de ses compagnons fut de courte durée (1547-1553). Ivan IV ayant rompu avec eux, Sylvestre se retira dans un monastère lointain, Adasév se fit tuer à la guerre, et Kurbskij s'enfuit en Lituanie : « passé à l'ennemi », dira le tsar. L'ère qui suivra sera celle de l'« opricnina », des exactions, des meurtres, mais aussi des repentirs spectaculaires et des prières publiques pour tous ceux que l'on supplicie. Toutefois, l'aspect politique de ce règne dépasse le cadre de la présente étude; ce qui nous importe surtout, c'est de délimiter le rôle d'Ivan le Terrible dans l'histoire littéraire russe. Ce fut un épistolier remarquable et un orateur de talent. Deux de ses discours sont parvenus jusqu'à nous; celui prononcé à l'Assemblée nationale de 1550, et celui du Concile de 1551. Quant à ses Lettres, nous en connaissons deux écrites au prince Kurbskij, lettres dans lesquelles le tsar se révèle un défenseur chaleureux de l'idée du pouvoir autocratique. La même idée est nettement perceptible dans les lettres adressées par Ivan IV à Etienne Batory et à la reine Elisabeth d'Angleterre. Un ton très différent apparaît dans son Epitre au couvent de Bélo-Ozersk , philippique dirigée contre les moeurs des clercs et des moines de son époque. Cette lettre a un intérêt d'autant plus considérable que le tsar n'emploie le slavon que pour des citations de l'Ecriture, tout le corps de la lettre étant en langue russe parlée, contrairement à l'usage. Le grand défaut d'Ivan IV, en tant qu'écrivain, est sa prolixité et l'absence de tout plan directeur dans ses écrits; néanmoins, l'ironie mordante dont il fait Preuve, ainsi que son style imagé, en font un des premiers écrivains de l'époque qui précéda les réformes de Pierre le Grand.

Ivan IV le Terrible (Kolomenskoïe, près de Moscou, 1530-Moscou 1584); grand-prince (1533) puis tsar de Russie [1547-1584].

Ivan Vassilievitch est âgé de trois ans à la mort de son père. Pendant sa minorité, c’est d’abord sa mère qui assure la régence, puis des cliques rivales de boyards se relaient au pouvoir. Cette époque d’intrigues et de corruption marque profondément cet enfant, à l’intelligence très éveillée, et lui porte un lourd préjudice moral. En 1547, I. se fait couronner, ce que n’avaient pas fait ses prédécesseurs, « tsar de toutes les Russies », selon le rite byzantin. Jusqu’en 1559, avec l’aide de la « Rada élue », un conseil privé où entrent notamment le métropolite Macaire, son secrétaire Adachev et le prêtre Sylvestre, et en se passant des conseils de la traditionnelle « Douma des boyards », il accomplit d’importantes réformes, qui vont amener la transformation de l’Etat russe, dont l’unification n’avait été achevée que sous les règnes de son grand-père Ivan III et de son père Vassili III, en un État centralisé. Parmi les mesures les plus marquantes, la publication d’un code de lois (le Soudebnik, 1550) , valable dans tout l’empire, même s’il consiste largement en une codification du droit coutumier, suivi d’un code réglementant la discipline ecclésiastique (le Stoglav, 1551) . L’armée est réorganisée avec l’aide de techniciens étrangers qui introduisent armes à feu et artillerie. Les officiers sont récompensés par des distributions de domaines autour de Moscou. Toutes ces réformes supposent l’appui d’une petite noblesse de service, principal soutien du régime en dépit de la réunion en 1549 du premier Zemski Sobor, sorte d’états généraux. La résistance manifestée par l’ancienne aristocratie des boyards, mais également ses propres tendances psychopathes, l’amènent à instaurer à partir de 1565 un régime qui soumet les boyards à une terreur sanglante. Il isole de l’ensemble de l’empire de vastes territoires dont il fait un domaine réservé, placé sous l’autorité immédiate du tsar (opritchnina), tandis que le reste du pays, soumis au droit commun, reçoit le nom de zemtchina. L’opritchnina est administrée par une sorte de garde prétorienne, les opritchniki, qui sèment la terreur. La plupart des boyards relevant de l'opritchnina se voient déposséder de leurs biens au profit de la petite noblesse des officiers du tsar, et attribuer des territoires situés dans des parties éloignées de l’empire, quand ils ne sont pas purement et simplement assassinés. Des centaines d’hommes en vue sont cruellement exécutés sur de simples soupçons ou à la moindre dénonciation. La ville de Novgorod est détruite en 1570, ses habitants sont massacrés. I. lui-même commet d’innombrables actes sanguinaires, des excès de toutes sortes, en même temps qu’il est en proie à d’atroces tourments spirituels et à la crainte de l’enfer ; il se soumet à des épreuves d’autoflagellation tout en cherchant à s’autojustifier, convaincu d’une manière exaltée, proche du délire, du contenu religieux de l’autocratie. La correspondance qu’il a échangée avec le prince Kourbski nous livre des indications sur la manière dont il entendait régner. En 1576, l'opritchnina est supprimée, la terreur n’étant toutefois qu’à peine atténuée. Toutes ces mesures ont pour conséquence, outre la mise à l’écart de l’aristocratie en tant que force politique autonome, un appauvrissement très grave des couches populaires et des ravages difficilement mesurables, auxquels contribuèrent également les guerres quasiment ininterrompues. Aux campagnes victorieuses menées contre les khanats tatars de Kazan (1552) et d’Astrakhan (1556), qui valent à la Russie l’annexion du bassin moyen et inférieur de la Volga, succède pendant une période de vingt-cinq ans la guerre de Livonie (1558-1583) qui, après les succès du début remporté sur l’ordre des Chevaliers teutoniques, dégénère en une guerre sans issue contre la Suède et l’Etat polono-lituanien. La dissolution de l’ordre des Chevaliers teutoniques ne procure pas durablement à la Russie l’accès à la mer Baltique : le port de Narva, occupé à partir de 1558, est pris par les Suédois en 1581, et la fin du XVIe siècle voit au contraire le renforcement de l’influence de la Suède et de la Pologne sur les régions bordières de la Baltique (Estonie, Lettonie). Le personnage d’I. est très controversé : tandis que certains le décrivent comme un tyran assoiffé de sang, d’autres voient en lui un réformateur progressiste, voire un homme d’État génial. A l’époque stalinienne, on avait coutume de présenter les atrocités dont il s’était rendu coupable comme une nécessité historique. De cette époque date le grand film de S.M. Eisenstein consacré à I. Quoi qu’il en soit, le règne, achevé en 1584, allait être suivi d’une longue période d’anarchie, à laquelle I. n’était pas étranger : marié sept fois, il avait tué en 1581 son fils aîné dans un accès de colère. Le trône revenait à un enfant, Fédor Ier, dont la mort en 1598 marque le début du « Temps des Troubles », une des périodes les plus sombres de l’histoire russe.

Bibliographie : H. Troyat, Ivan le Terrible, 1982 ; C. Durand-Cheynet, Ivan le Terrible ou la Démesure au pouvoir, 1981.




IVAN IV LE TERRIBLE (Kolomenskoïe, 1530-Moscou, 1584). Tsar de Russie (1547-1584). Intelligent et fin politique, mais aussi tyran sanguinaire qui finit son règne dans la folie, Ivan IV peut néanmoins être considéré comme le fondateur de la Russie moderne. Fils de Vassili III, grand-prince sous le règne de sa mère puis sous la tutelle des boyards, Ivan prit le titre de tsar en 1547. Il décida une série de réformes, entreprenant une vaste réorganisation administrative, législative (Code de 1550), religieuse et militaire (création du corps d'infanterie, composé d'arquebusiers). Annexant les khanats de Kazan (1552) et d'Astrakhan (1556), il assura ainsi l'accès de la Russie à la Volga, et fit construire, en souvenir de sa victoire sur les Tatars, la célèbre cathédrale de Saint-Basile. Comprenant aussi les nécessités d'un débouché sur la Baltique, il engagea une guerre contre la Livonie et l'Estonie (1558), mais se heurta bientôt à la coalition formée par la Suède, la Pologne et la Lituanie, et dut abandonner ses conquêtes (1581). Face à l'opposition de l'aristocratie féodale des boyards hostiles à la guerre de Livonie, Ivan IV, s'estimant trahi, décida de leur imposer un régime de terreur. Il créa une sorte de domaine réservé qui couvrait une grande partie de la Russie et d'où furent exclus les grands propriétaires dont plusieurs milliers furent massacrés. Cette « réserve » dépendait directement du tsar et était administrée par sa police personnelle. Ces réformes, qui bénéficiaient à la petite noblesse dévouée au tsar, provoquèrent une grave crise sociale et politique qui dura jusqu'à l'avènement des Romanov (1613). Ivan IV ayant tué son fils aîné dans un accès de colère (1581), ne laissait que deux fils: Fédor - incapable de gouverner - et Dimitri, assassiné en 1591. Boris Godounov, tsar à la mort de Fédor (1598), devait inaugurer une grande période de troubles. Le personnage d'Ivan IV inspira le film d'Eisenstein ( 1942-1946).

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