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Image du corps

Image du corps Terme proposé par Paul Schilder et utilisé dans un sens différent par Françoise Dolto. Pour cette dernière, il s’agit de «l’incarnation symbolique inconsciente du sujet désirant». Elle distingue trois modalités à l’intérieur de cette notion: l’image de base, l’image fonctionnelle et l’image érogène, «lesquelles toutes ensemble constituent et assurent l’image du corps vivant et le narcissisme du sujet à chaque stade de son évolution. Elles sont reliées entre elles, à tout moment, maintenues cohésives par ce que nous appellerons : image (ou plutôt : substrat) dynamique, désignant par là la métaphore subjective des pulsions de vie».

Concept formé par E Dolto et qui désigne l’incarnation symbolique inconsciente du sujet désirant. Elle se distingue du schéma corporel, inconscient seulement en partie, et qui renvoie à l’individu en tant que représentant d’une espèce. Alors que le schéma corporel, plus objectif, est à peu près le même pour tous, l’image du corps est liée à l’histoire individuelle du sujet.

IMAGE. Forme primitive naturelle et essentielle de la pensée dont elle constitue l’élément expressif de base, au point qu’on a cru pouvoir, au xixe siècle, ériger la psychologie en science, en la fondant uniquement sur le mécanisme des images (associationnisme). Spontanée, elle exprime directement ou symboliquement le contenu et les vecteurs du psychisme, soit à l’état de veille, soit pendant la rêverie ou le sommeil. Elle est aussi le véhicule naturel de la pensée collective (arts plastiques, théâtre, mythes, allégories). La fonction irremplaçable de l’image est de libération par l’expression, à chaque instant de la vie individuelle ou sociale. Dès que cette fonction est gênée ou perturbée (interdits, contraintes éducatives, complexes) se crée une névrose. Aussi la psychothérapie utilise-t-elle largement et de plus en plus l’image : pour l’exploration du psychisme (analyse), pour rétablir la catharsis naturelle (onirothérapie) et pour restaurer et développer la créativité, qui est la condition de l’adaptation continue et de l’épanouissement. Le fondateur de la psychothérapie par l’image est P. Janet (1898), "substituant" des images induites aux images obsessionnelles. Mais c’est A. Binet (1922) qui étudie systématiquement l’imagerie mentale, puis C. Happich (1920-1930) et Guillerey (1925) qui l’utilisent méthodiquement à des fins thérapeutiques.

IMAGE (genèse de l'). Qu’est-ce que l’image ? Avant d’être une expression de l’homme qui s’imprime dans le monde extérieur, depuis les premiers dessins pariétaux des cavernes jusqu’aux films cinématographiques, elle est image mentale, c’est-à-dire, en quelque sorte, une expression du monde qui s’imprime au fond de nous. Mais avant même cette apparition d’un double du milieu dans un champ de conscience, l’image est une réplique encore plus primitive et sommaire, parce que d’abord concrète et matérielle : elle est un lambeau du cosmos intériorisé par l’être vivant. On peut même dire qu’il s’agit d’un lambeau arraché au cosmos, car cet arrachement deviendra notre déchirure. Condition d’accès à notre joie la schize (la séparation) sera aussi notre douleur. C’est pourquoi la valeur de l’image sera pour l’homme d’être essentiellement affective. A l’origine de la vie, les algues nous donnent un exemple d’une telle intériorisation du monde. Tout d’abord, elles ne possèdent aucun vaisseau. L’apparition de ces vaisseaux et d’une circulation liquide à l’intérieur de la plante constitue bien une intériorisation du milieu fluide environnant, laquelle, notons-le, se double de cette autre caractéristique schizogénique, régulatrice qu’est la canalisation. L’algue a, dorénavant, la possibilité de surgir de son milieu originel, d’élargir son univers. Les circonstances la favorisent et, à l’époque dévonnienne, les sécheresses, alternant avec les pluies, placent le psilophyton hors de l’eau. Les simples crampons de fixation tendent à devenir des racines. L’eau est maintenant puisée dans la terre. C’est l’origine des plantes terrestres. On peut donner maints exemples de ce processus biologique d’intériorisation. Le sang salé qui irrigue notre corps est encore la réplique canalisée de l’océan. Il contient, en effet, les mêmes ions que l’eau de mer et leurs concentrations relatives sont du même ordre de grandeur. Un autre fait qui « fait image » : chez l’embryon des vertébrés, le tégument se creuse longitudinalement en gouttière dont les bords se souderont pour constituer, à partir du dehors, un organe interne destiné précisément à absorber l’image du monde : c’est le système nerveux qui va être le moyen de toute notre vie de relation. Mais si le monde se dédouble en se projetant ainsi dans l’être, on sait que l’être se dédouble en se projetant aussi dans le monde. Tel est le processus de sa reproduction, lequel nous donne un bel exemple de l’intériorisation biologique qui conduit à ce que nous nommons autogénie dans le cadre de la symbologie génétique. Plus nous gravissons l’échelle des vertébrés et plus nous voyons que l’être, intériorisant ses mécanismes de reproduction, se substitue peu à peu au milieu, jusqu’à se recréer à l’intérieur de lui-même et jusqu’à devenir le milieu nourricier de sa progéniture. Tout d’abord, poissons et amphibiens femelles pondent les ovules que les mâles viennent féconder de leur frai. Les nouveau-nés sont abandonnés aux hasards du milieu (cosmogénie). Après les poissons et les amphibiens apparaissent les reptiles, dont le système de reproduction est plus régularisé. En effet, avec eux se manifestent deux caractéristiques schizogéniques : la coquille protégeant l’œuf contre l’ambiance et l’intériorisation du milieu (l’eau) dans cet œuf. Le reptile peut abandonner définitivement le milieu originel. Il n’est plus, comme l’amphibien, obligé de retourner périodiquement dans l’eau pour pondre. L’œuf peut rester sur terre. L’embryon se développera dans sa réserve d’eau. Plus tard, l’œuf des premiers mammifères sera protégé des rigueurs de l’environnement en étant maintenu à l’intérieur d’une poche marsupiale où la chaleur le couve. Les marsupiaux proprement dits ne pondent plus d’œufs. Le petit sort vivant et constitué du ventre de la femelle qui s’est donc, en quelque sorte, substituée au milieu. La poche subsiste pourtant, et c’est là que la mère comprime sa mamelle et allaite l’enfant, car celui-ci est incapable de téter. Puis apparaissent les mammifères placentaires dont les petits sont, dès leur naissance, capables de téter. Or, c’est précisément chez les mammifères placentaires, où la femelle se substitue le plus parfaitement au monde vis-à-vis de sa progéniture, qu’apparaît, avec l’homme, la pensée réflexive, d’abord essentiellement imagée avant que d’être conceptuelle, c’est-à-dire cette possibilité d’intérioriser le monde, de le recréer en quelque sorte à l’intérieur de soi, et de le transformer. Dans la perspective de la création biologique la création psychique apparaît comme une autogénie, puisque tout se passe avec elle comme si nous assistions à la naissance d’un nouvel arbre biologique. En effet, l’être vivant tend à recréer son milieu et à se recréer lui-même à l’intérieur de sa propre personne. La pensée réflexive est une possibilité individuelle de se recréer et de se transformer perpétuellement, dans le même temps où elle cherche à recréer le monde. Avec la pensée réflexive, l’homme se place au centre du monde et, dans le même temps, le monde est au centre de l’homme. La projection du monde à l’intérieur de l’individu, la création du système nerveux central comme un double en miroir du monde extérieur sont donc des faits primordiaux, et les neurophysiologistes ne nous < expliquent > rien de plus en disant que la pensée réflexive est rendue possible par l’apparition du néocortex. Comment « expliquer » que cette télencéphalisation atteigne précisément son maximum de développement chez les mammifères ? Il est difficile de croire qu’il n’y ait là qu’une coïncidence entre la gestation interne biologique, et cette autre gestation interne qu’est la pensée réflexive. Bien plus que de vaines explications il s’agit en fait de notre implication humaine dans le problème biologique de l’image. Car, nous voici en présence de l’homme, dès son origine, avant même qu’il ait objectivement compris son aventure. Il a déjà construit en lui un autre milieu, un écho intérieur du milieu qui l’entoure... Le monde va renaître de l’homme et de l’imaginaire, cette surréalité. Et l’imaginaire lui aussi se dédouble. Il est projeté. L’homme s’est substitué à l’univers et c’est au tour de l’univers d’intérioriser l’homme : l’imaginaire apparaît dans les replis du monde souterrain. Avec le dessin de l’âge des cavernes l’expression imagée de la collectivité à pris corps. Habité par l’image de l’animal chassé auquel le groupe s’identifie, l’homme projette cette image et la fixe sur la paroi rocheuse. Elle est dès lors, au-dedans de la grotte, le symbole d’un centre du cosmos, symbole pétrifié à partir duquel va naître et s’épanouir l’arbre de connaissance, notre univers abstrait et conceptuel. Car, c’est en quelque sorte dans le creux laissé au fond de l’homme par cette image projetée au-dehors que va se mouler l’idée, sorte d’image abstraite — si l’on peut déjà qualifier ainsi des éléments qui seront pendant longtemps encore plus symboliques qu’abstraits au sens actuel du mot. Ce creux lui même est projeté dans le monde. Au-delà de la pensée imagée, imaginante, voici le trou foré par un outil : l’homme préhistorique perce la matière inerte ou l’animal de sa hache de pierre ou de sa flèche. Il projette ainsi, déjà, son pouvoir d’abstraction. Le trou percé dans la pierre, l’os ou la dent est comme un symbole du concept, comme le symbole du symbole. Ce vide, cette lumière, marque enfin la discontinuité du concret, le passage de l’esprit et de la conscience à travers la matière. Dès lors la pensée conceptuelle, sorte d’imaginaire au second degré va, elle aussi, acquérir peu à peu son autonomie avec tous les dangers que comporte une telle aventure. La symétrie du monde interne et du monde externe procède donc de l’absorption du second par le premier — qu’on aborde le processus génétiquement ou à la lumière de la psychophysiologie de la sensation. L’environnement est initialement absorbé physiquement et psychologiquement. L’homme perçoit donc initialement le monde extérieur comme un monde situé au-dedans de lui, et, par conséquent, le « milieu » comme un "centre interne". Tel est bien le sens profond de milieu (de mi et de lieu) — et on ne comprendrait pas que le mot « milieu » désigne couramment l’extérieur, si l’on ne faisait pas appel à cette très lointaine origine.

Faute d’y faire appel, on ne comprendrait pas non plus pourquoi la représentation du monde extérieur diffère d’un individu à l’autre. Le « milieu », le centre, ne recueille pas, en effet, l’image du monde à la manière d’une chambre noire photographique, mais opère un travail intérieur à partir des éléments qu’il possède déjà. Le reflet du monde extérieur est appelé habituellement « image > et, de ce fait, prend une nuance définie et statique bien regrettable (ne pense-t-on pas toujours d’abord à l’image visuelle ?) ; ce reflet est structuré en fonction des expériences passées, des potentiels affectifs préexistants, des facteurs émotifs ou passionnels concomitants — et l’imaginaire est par-là même une impression très personnalisée du monde extérieur. Plus qu’une intériorisation brute du monde extérieur, l’image traduit la relation de l’individu et du cosmos. Notre activité psychique présente donc la possibilité de se différencier du monde extérieur, au contact duquel elle acquiert progressivement son autonomie. Elle est la réplique d’un monde externe qui agit sur elle, mais sur lequel elle peut agir à son tour. Toute pensée, à quelque niveau soit-elle, présente ce caractère d’un monde où les images concrètes elles-mêmes sont d’une autre nature que le monde matériel auquel elles sont empruntées et revêtent à tous les niveaux un caractère plus ou moins apparent < d’abstraction ». Toute pensée est ainsi symbolique du monde extérieur, qu’elle intériorise, mais dans lequel, en retour, elle tend à se projeter. Et c’est en se projetant dans le monde extérieur que, finalement, l’homme arrive à se reconnaître, à prendre conscience de lui-même. Dans cette optique le problème de l’innéité ou du caractère acquis de l’image perd son sens ou en prend un nouveau. C’est un faux problème si l’on confond l’image optique, l’image biologique, l’image projetée ou rêvée, abstraite ou concrétisée, l’image chaude et mouvante qui naît dans l’instant, facette frémissante du vécu de toute notre peau et de tout notre corps, l’image mémorée, enfouie, ensommeillée... C’est un faux problème si l’on confond le domaine psychologique de l’image et celui que l’on pourrait nommer une métaphysique de l’en deçà par analogie à une métaphysique de l’au-delà. Dans cette optique encore le problème psychothérapique de réactualiser l’image ancienne ne peut se résoudre qui si l’on réduit le rôle de cette image à n’être que la trace d’une situation passée. Actualiser ce n’est pas faire appel à cette image elle-même qui, entre-temps, s’est intellectualisée et déformée, mais c’est restaurer l’état affectif auquel elle correspond avec son rythme et son dynamisme évolutif. Il s’agit donc d’actualiser un vécu corporel ,c’est-à-dire de le ressaisir dans ses coordonnées initiales d’espace-temps, et l’on pourrait alors parler d’un pouvoir de réincarnation ou de recorporalisation dont seraient dotées certaines représentations imagées. Cette magie de l’image justifie l’importance accordée par l’onirothérapie d’intégration au fait que le sujet parvient à habiter, dans son imagerie mentale, un corps imaginaire. Alors, toute image vue par les regards intérieurs est à nouveau présente et vécue comme telle, en prise avec un corps imaginaire ressenti comme étant réel. Actualiser de telles images du passé c’est essentiellement opérer une désintellectualisation. Dans cette optique aussi l’usage psychothérapique de l’image ne se limite pas à utiliser des images anciennes, mais à restaurer le pouvoir créateur de notre imaginaire tout entier. Si l’image, en effet, permet le passage instantané entre passé et présent, si elle est ainsi la grande immédiatrice, elle paraît bien venir aussi, dans le même instant, de plus loin que nous-même, messagère d’une relation entre l’être et le monde, riches de leur devenir. Sinon comment l’imagerie serait-elle créativité, c’est-à-dire tout à la fois « conaissance » d’un nouvel homme et d’un nouveau monde, conscience de cette porte étroite ouverte entre deux infinis ?

IMAGES-CARREFOURS. Images qui surgissent très fréquemment dans l’imagerie mentale spontanée, ce qui témoigne de leur grande charge effective et de leur valeur particulièrement significative.

IMAGES-CLES. Images inductrices utilisées dans les techniques d’imagerie mentale dont l’emploi se révèle extrêmement fécond mais dont l’apparition spontanée est rarissime.

IMAGES DE DEPART. Images utilisées pour orienter l’imagerie mentale. Ces images de départ peuvent être choisies en fonction du cas particulier du sujet ou au contraire (Leuner, Desoille), tirées d’une gamme standard qu’on applique à tous les cas.

IMAGE PRIMORDIALE. Urbild. Concept emprunté à Burckardt désignant ce qu’à partir de 1919 Jung a discuté sous le nom d’archétype.

IMAGERIE MENTALE. L’imagerie mentale est d’abord une séquence importante de l’onirothérapie, technique originale différente des techniques analytiques plus connues, freudiennes, adlériennes, ou jungiennes. Ces dernières travaillent, en effet, sur les images mentales des rêves nocturnes dont le sujet se souvient à son réveil. Mais chacun sait qu’il est une autre catégorie d’images mentales : celles que nous avons à l’état vigile, et dont les plus simples sont celles qui se déroulent dans nos rêveries et nos fantasmes. Tout individu connaît dans la journée des phases de relâchement au cours desquelles il se laisse aller à l’élaboration de scénarios divers qu’il vit un peu à la façon d’un rêve. Dans cet état subvigile il demeure, malgré tout, perméable au monde qui l’entoure, mais sans focalisation d’attention (Virel). Il est passivement « en attente », comme si sa volonté demeurait en marge de la rêverie vécue, bien que gardant la possibilité d’intervenir, pour l’interrompre, à chaque instant. Les images qui surgissent alors peuvent être utilisées, comme les images nocturnes, en tant que matériaux privilégiés d’une psychothérapie. Elles présentent un caractère diagnostique et un caractère thérapeutique : diagnostique, dans la mesure où leur langage symbolique nous renseigne sur les processus inconscients qu’elles expriment ; thérapeutique, dans la mesure où elles permettent à des émotions bloquées ou refoulées de s’exprimer, réalisant une < catharsis » efficace, indépendamment même de la compréhension rationnelle de leur contenu. On peut donc réunir sous le nom d’ « imagerie mentale » l’ensemble des méthodes qui visent à privilégier à l’état de veille un vécu onirique. Il s’agit d’un état de conscience diffuse où des images (visuelles, notamment) se succèdent. Cet état de conscience onirique de veille peut être recherché soit dans un but thérapeutique (onirothérapie), soit dans un but de développement psychologique ou même de développement spirituel (technique de saint Ignace de Loyola). Il semble que les méthodes d’imagerie mentale remontent à l’Antiquité : déjà, il y a deux mille ans, en Grèce, les prêtres médecins plongeaient (par diverses fumigations) leurs patients dans un état d’abaissement du niveau de vigilance propice au surgissement d’images mentales dans un but thérapeutique ; et, dans diverses civilisations archaïques, on sait provoquer, à l’aide de substances naturelles, des états hallucinatoires, soit à titre rituel, soit à titre thérapeutique. A l’époque moderne, l’utilisation thérapeutique des images mentales semble être redécouverte d’abord avec P. Janet, vers 1898 : celui-ci raconte comment il guérit une femme atteinte de délire hystérique à la suite d’une déception amoureuse, en l’induisant à imaginer de façon répétée son amant nanti d’un groin de cochon. Parallèlement, divers chercheurs, sans lien apparent entre eux, découvrent l’intérêt de l’imagerie mentale. Ainsi, Alfred Binet et Léon Daudet, en France ; Happich, en Allemagne ; Pierce Clark, psychanalyste freudien qui pratiqua une méthode d’imagerie mentale dès 1923 ; C. G. Jung, enfin, qui entrevit son importance en parlant d’imagination active au début du siècle, technique solitaire plus connue sous le nom de « rêve éveillé » que lui donna Léon Daudet. En France, Robert Desoille développe, en s’inspirant des travaux du parapsychologue E. Caslant, une méthode d’imagerie mentale, sous le nom de « rêve éveillé dirigé » (R.E.D.). Le patient est allongé sur le divan, dans l’obscurité, et un thème visuel lui est proposé par le thérapeute, thème à partir duquel il va vivre un scénario imaginaire qu’il relate au fur et à mesure qu’il le vit, et que le thérapeute oriente, à certains moments par ses suggestions : parmi celles-ci, les plus importantes sont celles d’ascension et de descente dans l’espace imaginaire où le « rêveur » se déplace, déplacements qui s’accompagnent en général respectivement de sensations d’euphorie ou d’angoisse. Parallèlement aux travaux de Desoille, donnant à sa technique une interprétation réflexologique, d’autres chercheurs mettent au point des méthodes d’imagerie mentale différentes du R.E.D., insistant sur la notion de créativité. Certains font appel à une imagerie mentale libre, par exemple sans suggestion de thème de départ ou sans intervention systématique et a priori du thérapeute. Telle est l’une des méthodes du Dr Marc Guillerey (de Lausanne), puis d’André Virel et Roger Fretigny qui jettent les bases de « l’oniro-thérapie d’intégration », basée sur la restructuration du « Moi corporel imaginaire ». Pour André Virel, l’image naît d’abord du corps, et tel est l’axe majeur de la recherche, celle d’un sens symbolique des images, et de leurs modalités d’action thérapeutique. L’apport essentiellement nouveau en ce domaine est la préoccupation génétique. Ainsi l’oniro-thérapie dite d’intégration, qui pose le premier fondement d’une symbologie génétique, nous conduit dans un merveilleux voyage à travers les forêts de l’imaginaire collectif où nous apprenons que nous avons deux corps. Nous savons que tout homme a le sentiment d’habiter son corps dont il possède une image fonctionnelle : un schème corporel. Ce schème résulte de l’intégration des éléments de sa vie perçue, de sa vie agie, et de sa vie pensée. Il permet un ajustement permanent de l’être aux situations mouvantes du milieu. C’est pourquoi, pour André Virel, l’image de notre corps n’est que l’aspect spatial (tridimensionnel) d’un schème corporel quadridimentionnel. L’auteur montre, en effet, comment le schème corporel se forme par intégration successive des quatre dimensions de l’espace et du temps. A chacun de ces stades dimensionnels, l’homme possède une image différente de lui-même. Tout d’abord, c’est le stade de la pensée mythique au cours duquel les hommes, encore peu différenciés, ont une personnalité de groupe. Ce Moi corporel collectif revêt, sur la paroi des cavernes paléolithiques, la forme du dessin de l’animal auquel s’identifie le groupe. La projection de cette image collective transforme du même coup le monde extérieur. Elle provoque alors en chacun une prise de conscience du Moi corporel individuel. Et, un jour, conscient de son corps, l’homme dessine l’homme. C’est l’individuation. Affirmé en tant qu’être vertical, il peut affronter la pesanteur, ériger mégalithes et pyramides. La notion de temps orienté se précise. L’histoire commence. Ainsi, le schème d’intégration (voir ce mot) présente deux versants indissociables et complémentaires : schème corporel d’une part, et schème spatiotemporel d’autre part. C’est dire qu’il se constitue « par une anthropomorphisation du monde et par l’universalisation du corps ». Cette conception, née d’une étude phylogénétique, trouve une application de choix dans les psychothérapies utilisant l’imagerie mentale et qu’il est convenu de grouper sous le nom d’onirothérapies. Pour André Virel, l’image, centre relationnel du groupe et du monde, ou de l’individu et du « mi-lieu » (milieu), est à la fois expression des conflits et onde porteuse des énergies libératrices. Lui permettre de surgir, c’est retrouver la source (cf. 198). Une technique de décentration (non de concentration) aboutit à une dissolution du corps et rappelle les rites initiatiques où l’homme meurt afin de renaître. A partir de cette mise en condition, l’oniro-thérapie, comme les états d’isolement sensoriel, permet à l’imaginaire de surgir librement. A la perception métamorphique du corps morcelé, dissocié, puis anéanti, le sujet, au-delà de l’angoisse acceptée, habite un corps imaginaire et agit dans un univers imaginaire, reflet de son passé, de ses potentialités, de ses conflits et de ses devenirs. La conscience de veille s’efface devant l’éveil d’une conscience onirique. Une dialectique est établie entre cette conscience onirique et l’univers imaginaire dans lequel se meut le rêveur. C’est ici que s’opère une restructuration de l’être, indépendamment de toute analyse rationnelle. Dans le rythme de ce vécu affectif seront levées les somatisations. Au sortir de cette aventure, le sujet réintègre son corps réel. Mais la perception qu’il en a est nouvelle. Le vécu onirique a changé de schème d’intégration, c’est-à-dire la perception globale du corps et celle de son espace-temps. Comme bien d’autres méthodes psychothérapeutiques, l’imagerie mentale a été employée dans la thérapeutique de diverses maladies fonctionnelles, dans lesquelles elle permet des guérisons relativement assez rapides lorsque les indications en sont bien posées. Moins connu est son emploi comme thérapeutique de certaines maladies organiques graves réputées peu ou non curables classiquement, et notamment de certaines maladies auto-immunes. Il est en effet fréquent que l’imagerie mentale permette de mettre à jour chez de tels malades des pulsions de mort inconscientes, dont on peut penser que leur refoulement, et donc l’interdit qui leur est fait de s’exprimer, finit par provoquer l’émergence sous forme somatique dans ces maladies autodestructrices que sont les maladies auto-immunes.

L’imagerie mentale permet l’émergence de ces pulsions sous forme d’images symboliques, souvent sources de fortes abréactions, qui possèdent déjà par elles-mêmes un pouvoir curateur avant même l’analyse qui en est faite dans un second temps. Les recherches dans ce domaine, qui sont encore à leur début, ont porté sur divers cas de sclérose en plaque, polyarthrite rhumatoïde ou spondylarthrite ankylosante. Elles permettent de penser que l’application de l’imagerie mentale vaudrait la peine d’être tentée dans la maladie cancéreuse. En effet, plusieurs travaux ont été menés ces dernières années, qui montrent l’extrême importance des facteurs psychologiques dans le déclenchement, puis dans l’évolution des diverses sortes de cancer, et dans la qualité (ou l’effondrement) des défenses immunitaires que l’organisme est capable de mettre en œuvre pour s’y opposer.

IMAGE DU CORPS Concept formé par F. Dolto et qui désigne l’incarnation symbolique inconsciente du sujet désirant. Elle se distingue du schéma corporel, inconscient seulement en partie, et qui renvoie à l’individu en tant que représentant d’une espèce. Alors que le schéma corporel, plus objectif, est à peu près le même pour tous, l’image du corps est liée à l’histoire individuelle du sujet.

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