Databac

Hung Hsiu-Ch'uan (Kuang-Tung 1813-Nankin 1864) ; dirigeant chinois de la révolte des Taiping.

Hung Hsiu-Ch'uan (Kuang-Tung 1813-Nankin 1864) ; dirigeant chinois de la révolte des Taiping. La révolte des Taiping est non seulement la plus grande révolte paysanne qu'ait connue l'histoire de la Chine, c'est aussi le premier soulèvement chinois qui ait développé sa propre idéologie, son organisation et son programme. C'est, en outre, parallèlement aux aspirations de changements des fonctionnaires, le premier mouvement révolutionnaire de la Chine moderne, qui trouvera son aboutissement dans la création de la République populaire de Chine en 1949. L'apparition des puissances occidentales en Chine a influencé de façon décisive la pensée de H. et provoqué par là même le soulèvement. En 1836, alors que H. passe à Canton le concours d'accès à la fonction publique, les prêches d'un Chinois converti par le missionnaire protestant Morrison lui tombent entre les mains. H. est issu d'une famille pauvre qui n'a pu lui payer ses études qu'au prix de gros sacrifices et attend de ses succès une amélioration de sa situation. Mais H. échoue plusieurs fois à ses examens, perd courage et tombe finalement malade (1837). Il rêve alors qu'il rencontre au ciel un vieil homme qui le charge de délivrer le monde, prisonnier des griffes d'un démon ; peu de temps après, lui apparaît, de nouveau dans un rêve, un homme d'âge mûr qui lui indique la voie pour réaliser sa mission. Une comparaison de ses rêves avec les prêches chrétiens qu'il a lus confirme à ses yeux que ces apparitions sont bien Dieu le Père et Jésus (le frère aîné, pense-t-il), lui-même se prenant alors pour la troisième part de la Trinité. Il commence son œuvre de conversion en détruisant les images d'idoles de la maison familiale, un geste que répéteront après lui Sun Yat-Sen et d'autres révolutionnaires. Sa position devenant périlleuse, il quitte sa région pour la province voisine du Kwangsi, où il fonde la secte des Adorateurs de Dieu qui prend tout de suite un caractère politique et trouve de nombreux partisans parmi les paysans pauvres. Après des années d'erreurs gouvernementales et à cause de la crise économique occasionnée par le trafic de l'opium, la population paysanne chinoise est à cette époque en pleine agitation. Durant les huit ans qui séparent la guerre de l'Opium de la révolte des Taiping, le pays ne compte pas moins de 100 soulèvements importants, dont 26 pour la seule année 1847. L'identification du démon, que H. est chargé par Dieu d'éliminer, est vite faite : la domination mandchoue. H. est bientôt rejoint par des sociétés secrètes antidynastiques. « L'Empire de Dieu » est proclamé en 1851 dans le Kwangsi et deux années suffiront à l'armée Taiping pour occuper presque entièrement treize provinces situées au sud du Yangse. De 1853 jusqu'à sa chute en 1864, Nankin est la capitale de l'Empire de Dieu. Quinze années durant, la guerre civile fait rage entre les Taiping et les forces armées du gouvernement. Le nombre des victimes n'en est pas connu ; mais on estime à 25 millions de personnes les pertes dues aux seules famines. L'idéologie des Taiping n'est pas aussi absurde qu'elle peut en avoir l'air au premier abord. C'est un mélange de la pensée chrétienne et de l'idéal d'une société cosmopolite prôné par Confucius. Continuellement en guerre, les Taiping ne parviennent pas à réaliser leur programme politique et social, en particulier la réforme agraire, qui fera un siècle plus tard le succès de la révolution communiste, mais ils portent un coup fatal aux féodaux et au souverain mandchou qui ne s'en relèveront guère. H. met fin à ses jours après la chute de Nankin en 1864. Plusieurs raisons expliquent l'échec de ce soulèvement paysan héroïque : des luttes de pouvoir intestines, l'impossibilité de réaliser le programme, des erreurs politiques et militaires ainsi que l'intervention de nations étrangères. Les puissances occidentales restent d'abord neutres ; mais lorsque l'Angleterre, la France et les États-Unis voient leurs intérêts menacés par la révolution, ils prennent position pour la maison impériale. Le général Gordon est chargé du commandement en chef des forces alliées et soutient l'armée impériale dans l'écrasement final de la révolte.

Liens utiles