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HUMBOLDT Karl Wilhelm von. Philologue et critique littéraire allemand.

HUMBOLDT Karl Wilhelm von. Philologue et critique littéraire allemand. Né à Potsdam en 1767, mort au Château de Tegel, près de Berlin, le 8 avril 1835. Frère de F.A. von Humboldt, il étudia la philosophie et le droit à Francfort et à Göttingen. Lors de la Révolution Française, il se rendit à Paris, pour assister de près aux événements. Son opinion sur la constitution révolutionnaire souleva, en 1792, une polémique à laquelle il répondit par son Essai sur les limites de l'action de l'Etat qui, publié seulement en 1851, sera considéré comme l'un des classiques du libéralisme politique du XIXe siècle. Son mariage avec Caroline von Dacheröden le fit entrer dans l'intimité de Schiller, de Goethe, de Heine, de Kömer et surtout de Jacobi; ce dernier eut une grande influence sur les idées de notre auteur. En 1797 il entreprit un long voyage en Italie, en France et en Espagne. S'étant arrêté pendant trois ans à Paris, il lia connaissance avec Mme de Staël et écrivit sa fameuse Lettre à Goethe sur le théâtre français. De 1801 à 1808, il fut chargé d'affaires du gouvernement prussien auprès du Saint-Siège, puis Ministre de l'instruction Publique (en cette qualité, il fonda, en 1810, l'Ûniversité de Berlin, où il appela notamment Fichte, F.A. Wolff, Schleiermacher et Savigny). Ambassadeur à Vienne de 1810 à 1819, il joua un rôle important au Congrès de Vienne; Ministre de l'intérieur en 1819, il dut quitter très vite ce poste à cause de ses idées libérales et se consacra dès lors exclusivement à ses recherches. L'introduction de son livre posthume Sur la langue Kawi dans l'île de Java, intitulée Sur la structure du langage, est une véritable philosophie du langage. Parmi ses autres livres, nous citerons ses Essais esthétiques [ 1799], dont le plus intéressant est l'Essai sur « Hermann et Dorothée » : La Tâche de l'historien de 1821; Recherches sur les habitants primitifs de l'Espagne au moyen de la langue basque [ 1821]; un Dictionnaire basque, publié dans le Mithridate ou Dictionnaire polyglotte d'Adelung; Lettre sur les formes grammaticales en général et sur la langue chinoise en particulier [Paris, 1827], oeuvres où Humboldt s'affirme comme l'un des créateurs de la linguistique moderne. En 1830, Humboldt publia sa Correspondance avec Schiller précédée d'une fort intéressante introduction. Notons enfin qu'il écrivit des Mémoires. Ses oeuvres ont été rassemblées en six volumes publiés à Berlin de 1841 à 1848.

Humboldt, Karl Wilhelm, baron von (Potsdam 1767-Tegel, près de Berlin, 1835); savant et homme politique prussien.

Chez H., érudit aux curiosités multiples, le savant est aussi important que l’homme politique. Frère aîné de l’explorateur et naturaliste Alexandre von Humboldt, il offre le type accompli de l’aristocrate cultivé. Après une enfance passée à Berlin et des études et voyages variés, il devient stagiaire à la Cour de justice de Berlin. Dès 1791, il quitte la fonction publique prussienne pour se fixer en 1794 à Iéna où il se lie tout particulièrement avec Schiller. Le fruit de cette première période de sa vie, que concluent un séjour parisien (1797-1799) et des études linguistiques en Espagne, est, à côté d’autres travaux littéraires, l’essai intitulé Idées pour une recherche sur les limites de l'action de l'Etat. Il y défend la liberté de l’individu contre la toute-puissance de l’Etat et veut réduire celui-ci à sa simple fonction tutélaire. Son retour dans la fonction publique, comme ministre résident de Prusse au Vatican (1802-1808), où il patronne les arts et les sciences, relève encore pleinement de l’appétit d’activité et de connaissances que peut ressentir un bel esprit apolitique. C’est seulement avec sa nomination au Conseil privé d’État et à la tête du département des cultes et de l’instruction publique au ministère de l’intérieur prussien que débute une décennie d’activité politique responsable. « Ministre de l’intelligence » qui partage les idées des réformateurs autour de Stein, il est l’artisan d’une réforme du système d’enseignement et de la formation des maîtres qui fait de la Prusse l’un des Etats les plus avancés en matière d’éducation. Formé aux idées pédagogiques de Pestalozzi, il est ainsi le fondateur de l’université de Berlin, dont il est le premier recteur, et du lycée moderne. Ecarté dès 1810 par Hardenberg qui l’envoie en 1812 en ambassade à Vienne, il y réussit, en 1813, à décider Metternich à participer aux guerres de libération. Son grand talent diplomatique fait également ses preuves au congrès de Vienne (1814-1815), où, plus encore que Hardenberg, il ambitionne une hégémonie prussienne au sein d’une Confédération germanique forte et liée par une identité nationale. En 1816-1817, il participe à la constitution de la Diète fédérale de Francfort-sur-le-Main. Ambassadeur à Londres en 1817, il y reste jusqu’à sa nouvelle nomination comme ministre d’Etat en janvier 1819. Il s’intéresse alors au basque, dont il développe l’étude scientifique. Son opposition latente envers Hardenberg se durcit à cette époque. La tentative malheureuse de H., partisan d’une politique libérale en contradiction avec la montée de la réaction en Allemagne, pour ébranler la position du chancelier d’Etat et prendre sa succession, ainsi que son opposition aux impopulaires « résolutions de Karlsbad » conduisent finalement à sa démission en décembre 1819. Il passe les dernières années de sa vie au château paternel de Tegel, dans une retraite contemplative comparable à celle de sa première phase créatrice, et se consacre entièrement à ses recherches philologiques. Sa tentative de comprendre la langue comme l’expression de l’idiosyncrasie spirituelle d’un peuple fait de lui « le philosophe de la langue le plus génial et le plus profond » de l’Allemagne aussi bien que le précurseur de la linguistique moderne.

Bibliographie : R. Leroux, La Philosophie de l'histoire chez Herder et Guillaume de Humboldt, 1934 ; J. Quillien, L'Anthropologie philosophique de Guillaume de Humboldt, Lille, 1991.

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