HUGUES de Saint-Victor. Philosophe et théologien mystique français.
HUGUES de Saint-Victor. Philosophe et théologien mystique français. Ne près d'Ypres (Flandre occidentale) vers 1096-1097, mort à l'abbaye de Saint-Victor de Paris le 11 février 1141. Il est une des personnalités les plus représentatives du XIIe siècle. On sait peu de chose sur sa vie, et surtout sur sa jeunesse. Né probablement dans la région qu'arrose l'Escaut, près d'Ypres, il quitta vite sa patrie pour se rendre, peut-être, chez les religieux du monastère de Hammersleben, en Saxe, auxquels il dédiera son De arrha animae. Vers 1118, il vint à Paris, qui était alors le centre de toute la ferveur intellectuelle et spirituelle, et fit profession chez les chanoines réguliers de Saint-Augustin, à l'abbaye de Saint-Victor fondée par Guillaume de Champeaux. On suppose que, dès son plus jeune âge, Hugues dut s'exercer à acquérir cette merveilleuse ouverture d'esprit grâce à laquelle il saisissait tous les problèmes, s'adaptait à tous les climats, pénétrait au plus profond de l'âme de ses amis et de ses disciples. Plus tard, il confessera, en une remarque très brève sur lui-même, n'avoir jamais méprisé ni négligé aucune discipline. Nul plus que lui, cependant, n'aspirait à l'unité et à la rectitude dans le savoir et dans la vie. Cette variété de dons lui permit d'exercer une grande influence comme professeur à l'école de Saint-Victor, et d'en devenir, après la mort de Thomas, le directeur des études (1133). Son vaste enseignement s'étendait aux sciences profanes v. Didascalion ou du savoir comme aux sciences sacrées v. Des sacrements de la foi chrétienne sans inutile idéologie, dans un très humain contact avec ses disciples, dont il ne dédaignait pas de corriger les notes. On aspirait, en l'écoutant, à une perfection qui n'était pas seulement intellectuelle (comme il apparaît dans son traité Sur l'éducation des novices). Extrêmement sociable, accueillant à toute nouveauté (ainsi que le prouvent ses lettres à saint Bernard, à Gautier de Mortagne et à Jean de Séville), il était, toutefois, essentiellement contemplatif. En effet, il a, de façon remarquable, exprimé, et parfois avec une ardeur lyrique, le lien qui unit la vérité à l'amour (traité Sur l'arche de Noé et autres oeuvres ascétiques et mystiques). Commentateur pénétrant et avisé d'ouvrages tels que la Hiérarchie céleste de Denys l'Aréopagite, il savait heureusement concilier la nouveauté et la tradition. On n'a pu établir avec certitude si Hugues de Saint-Victor exerça la charge de prieur, ni si, dans les dernières années de sa vie, il fit un voyage à Rome. De sa mort, en tout cas, qui semble avoir été aussi sereine que sa vie, l'infirmier Osbert nous a laissé un émouvant récit. C'est le premier écho de la vénération que, pendant de nombreuses années, devait inspirer cette figure à la fois admirable et simple.