HITTITES
Peuple qui domina l'Anatolie durant la plus grande partie du IIe millénaire avant notre ère. Il était encore à peu près inconnu au début du XXe siècle ; c'est seulement en 1906/07 que furent découvertes à Bogazköy (Turquie centrale), sous forme de tablettes, les archives royales hittites.
Naissance et progrès de l'État hittite La civilisation hittite Le déclin de la puissance hittite
Naissance et progrès de l'État hittite
La civilisation hittite, qui eut pour foyer historique la grande boucle de l'Halys, au centre de l'Anatolie, résulte d'une fusion entre des envahisseurs indo-européens et des populations asianiques antérieures. La pénétration des Indo-Européens en Asie Mineure se fit par vagues successives au cours de la seconde moitié du IIIe millénaire, vraisemblablement depuis les Balkans par le Bosphore. Les deux principaux groupes furent celui des Nésites (ou Hittites proprement dits) et celui des Louvites, établi plus au S. Ils amenaient avec eux le cheval, jusqu'alors inconnu en Asie Mineure, et qui fut un des atouts essentiels de leur conquête. Ainsi se forma dans la région de l'Halys un certain nombre de petites principautés, celles de Koushar, de Zalpa, de Nesa, distinctes non seulement politiquement mais encore linguistiquement, puisqu'on a reconnu au moins trois dialectes de la langue hittite, le nasili, le louvite et le palaïte. Dans cette même région subsistaient des populations asianiques autochtones, qu'on appelle généralement « protohittites » et dont le centre principal était la ville de Hattoush (l'actuelle Bogazköy). Dans la première moitié du XIXe s. avant notre ère, Pithana, prince de Koushar, fit la conquête de Nesa. Son fils, Anitta, mit fin au royaume autochtone protohittite en s'emparant de Hattoush. Il unifia l'Asie Mineure de la mer Noire à la Méditerranée, sous la forme d'un royaume qui avait Nesa pour capitale. Après une période obscure et sans doute troublée, un successeur d'Anitta, Labarna (vers 1680), agrandit le royaume en annexant le Taurus. On le considère comme le fondateur de l'Ancien Empire hittite. Son successeur, Hattousili Ier (vers 1650), abandonna Nesa comme capitale et fonda Hattousa, sur le site de l'ancienne cité protohittite de Hattoush. En même temps que se réalisait la fusion des éléments indo-européens et asianiques, le premier Empire hittite poursuivait ses progrès sous Moursili Ier (vers 1620/1590), qui s'empara d'Alep, établit son hégémonie sur la Syrie du Nord et poussa jusqu'à Babylone, où il renversa la dynastie amorrite (vers 1595) (v.). Mais, après l'assassinat de Moursili par son beau-frère, Hantili, se déclencha une longue lutte pour le pouvoir. Après Télépinou (vers 1550/1530), qui fit rédiger un code de lois, l'Ancien Empire hittite s'effondra ; la plupart de ses territoires passèrent sous la domination des Hourrites (v.), fondateurs du royaume du Mitanni (v.). Le redressement hittite commença avec Touthaliya Ier (vers 1465/1440), fondateur du Nouvel Empire, qui tira bénéfice des campagnes du pharaon Thoutmosis III contre les Hourrites du Mitanni. Hattousili II (vers 1440/1425) commença à disputer la Syrie aux Mitanniens, mais ceux-ci se rapprochèrent de l'Égypte, et l'élan du Nouvel Empire hittite en fut brisé pour un quart de siècle. Il reprit et atteignit son apogée sous le règne de Souppilouliouma (vers 1353/1322), le « Grand Hittite ». Celui-ci saccagea les capitales mitanniennes (vers 1342/1341), et il imposa à la tête de cet État un prince mitannien dont il avait fait son gendre et son sujet, Mattiwaza (vers 1326). Maître de toute la Syrie du Nord jusqu'à l'Oronte, il la divisa en deux marches, qu'il confia à ses fils, devenus rois d'Alep et de Karkémish.
La civilisation hittite
Par sa situation géographique, cet empire se trouvait au contact de peuples très divers : Hourrites, Mitanniens, Syriens, Égyptiens, Babyloniens, Phrygiens ; il avait pour fondement la domination d'une aristocratie militaire indo-européenne sur des populations, notamment asianiques et sémitiques, qu'elle avait soumises ; sa civilisation, encore imparfaitement connue - en dépit des renseignements fournis par les tablettes de Bogazköy, de Tell el-Amarna, de Kultépé/Kanesh et par les inscriptions de Karatépé -, apparaît essentiellement composite. Les Hittites utilisaient deux systèmes d'écriture : un système hiéroglyphique original et un système cunéiforme emprunté aux Babyloniens. L'État avait une structure de type quasi féodal, avec une aristocratie qui, dotée de terres, disposait de privilèges importants (dont celui, à l'origine, semble-t-il, d'intervenir dans la succession monarchique), et avec la mise en place progressive de principautés presque indépendantes. La grande richesse de l'Empire hittite était constituée par les mines ; l'industrie travaillait le cuivre, le bronze, ainsi que le fer, que les Hittites contribuèrent beaucoup à répandre dans le monde oriental. Installés au carrefour de grands courants internationaux nord-sud et est-ouest, ils se livrèrent aussi à un commerce très actif. Essentiellement conquérants, les rois hittites avaient à leur disposition une armée puissante constituée de troupes permanentes, de mercenaires fournis par les provinces limitrophes et de contingents amenés par les nobles. Elle fut une des premières en Orient à posséder des armes de fer et des chars ; les Hittites furent aussi d'excellents architectes militaires.
Le déclin de la puissance hittite
De par ses structures féodales et son caractère composite, l'Empire était exposé, au début de chaque nouveau règne, à des crises qui risquaient de le disloquer. La mort de Souppilouliouma fut ainsi suivie d'une révolte généralisée des principautés sujettes. Moursili II (vers 1321/1295), aux prises avec les Syriens au sud, avec les Gasga au nord, réussit par son énergie à rétablir la situation, mais son fils, Mouwatalli II (vers 1295/1270), eut encore à réprimer des rébellions, alors que l'Égypte de Séthi Ier et de Ramsès II reprenait une politique conquérante en Syrie. À la suite de l'incendie de Hattousa par les Gasga, Mouwatalli dut transférer la capitale plus au sud, à Dattassa. En 1274, Égyptiens et Hittites se livrèrent à Kadesh une bataille indécise, que Ramsès II, dans ses inscriptions monumentales, s'efforça de présenter comme une grande victoire égyptienne. Il n'en fut pas moins obligé, après une longue lutte sans résultats décisifs, d'admettre que l'Égypte et l'Empire hittite avaient intérêt à se rapprocher pour contenir la récente poussée assyrienne en direction de la mer. Vers 1258, Égyptiens et Hittites conclurent donc, non pas une simple trêve, mais un véritable traité de paix et d'alliance, scellé quelques années plus tard, en 1246, par le mariage de Ramsès II avec la fille d'Hattousili III. Mais ce n'était qu'un sursis pour l'État hittite, qui, rongé par les séditions et menacé par de nouvelles invasions en Anatolie, s'affaiblit rapidement sous les règnes de Touthaliya IV (1238/1215), d'Arnouwanda IV (1215/1210) et de Souppilouliouma II (1210/1190). Le Nouvel Empire s'effondra dans les bouleversements consécutifs à l'invasion des Peuples de la Mer (v.). Les Phrygiens occupèrent le coeur de l'Empire, la boucle de l'Halys. Diverses principautés néohittites se reconstituèrent en Syrie du Nord, entre les XIIe et IXe s., mais la plupart d'entre elles furent ensuite progressivement absorbées par l'Empire assyrien.