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Hincmar (v. 806-882) ; archevêque de Reims.

Hincmar (v. 806-882) ; archevêque de Reims. Longtemps la figure d'H., présenté par Guizot comme le père du gallicanisme, conseiller des princes, adversaire de la prédestination et par là du jansénisme, fut utilisée par les historiens, sans qu'on s'intéressât vraiment à sa place dans l'histoire carolingienne ; au moins pressentait-on son rôle prééminent. Entré tout jeune à Saint-Denis, H. grandit dans l'entourage de la cour de Louis le Pieux, tout imprégné d'une mystique impériale et unitaire, alors que s'opère une renaissance du droit. Il réforme l'abbaye, puis il est élu archevêque de Reims en 845, doit alors justifier auprès d'un pape hostile la légalité de son élection, et se faire reconnaître par l'empereur Lothaire, souverain d'une partie de la province de Reims, qui voit en lui un homme de Charles le Chauve. H. a souvent maille à partir avec Rome : il intervient largement dans les affaires de sa province, et fait de celle-ci un des éléments fondamentaux de sa conception (traditionnelle donc) de l'Église, alors que les papes, notamment Nicolas Ier, exaltent la suprématie romaine et répandent l'appel à Rome. La bataille est aussi canonique, et H. est un grand canoniste, qui travaille sur la tradition face aux innovations romaines (les Fausses décrétales, qui attribuent dès les premiers siècles une autorité juridictionnelle supérieure au pape, sont forgées à ce moment), mais n'en reconnaît pas moins la primauté pontificale. Ainsi est-ce en canoniste qu'il s'oppose au divorce de l'empereur Lothaire II, et l'on sent ici, comme au plan social en général, l'effort de longue haleine mené par l'Église pour christianiser les coutumes germaniques. H. doit se former à la théologie pour lutter contre Gottschalk et sa doctrine de la prédestination, mais sa conception de la culture et de la théologie est très utilitaire, et il est avant tout soucieux de sa responsabilité pastorale, qui l'amène à restaurer le temporel de son archevêché. Quant au roi, il ne manque pas de lui prodiguer ses conseils, même s'il n'est pas toujours écouté. Surtout, il sauve Charles le Chauve en s'opposant de toute sa force morale à Louis le Germanique qui envahit le royaume (et par là va contre la confraternité et la parole donnée). A plusieurs reprises il est employé par le roi comme missus (sorte de lieutenant, charge des plus importantes), mais il préfère garder sa liberté vis-à-vis du pouvoir. Il a une haute idée du pouvoir royal, qui doit être fort mais tempéré par une conception contractuelle : celle-ci, mise à mal au plaid de Coulaine, où Charles donne des honneurs à ses grands mais les leur enlève ensuite, triomphe plus tard avec la féodalité. H. considère qu'une charge représente d'abord des devoirs, non des droits, et ne doit nullement servir à s'enrichir ; ces idées ne s'accordent évidemment pas avec la faiblesse du pouvoir royal. Intelligent, de forte personnalité, H. a l'intuition de l'avènement de la nouvelle société féodale mais reste fidèle à des conceptions impériales sans prise sur la réalité. Bibliographie : J. Dévissé, Hincmar archevêque de Reims, 845-882, Genève, 1975-1976.

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