HIÉROGLYPHES
Nom donné aux signes de la plus ancienne écriture égyptienne (du grec hiéros = sacré, glyphein = graver) ; les prêtres égyptiens de la basse époque leur donnaient le nom de « paroles du dieu » pour les distinguer de l'écriture démotique, employée couramment dans les derniers temps de la civilisation égyptienne. Les hiéroglyphes étaient sculptés dans la pierre, ou modelés, ou tracés au pinceau ; on les utilisait sur les parois des monuments ainsi que pour l'écriture sur papyrus, quoique, dans ce dernier cas, l'écriture hiératique, qui est une schématisation des hiéroglyphes, fût beaucoup plus fréquente. L'écriture hiéroglyphique, dont le plus ancien spécimen connu se trouve sur la palette de Narmer (fin du IVe millénaire ?), constitue déjà un système évolué par rapport aux pictogrammes primitifs, qui sont de véritables images représentant des objets. Sans doute les hiéroglyphes sont-ils bien, au premier chef, des représentations directes d'objets : par exemple, pour écrire le mot arbre, on dessine un arbre ; pour le soleil, on dessine le disque solaire ; pour le bélier, on dessine cet animal ; pour signifier « manger », on dessine un homme portant la main à sa bouche ; etc. Ce sont là des « idéogrammes ». Mais d'autre part, pour exprimer les mots abstraits, un hiéroglyphe peut être utilisé comme un signe phonétique ; il représente alors un mot abstrait, ou une partie de mot, dont la prononciation est approximativement la même que celle de l'objet figuré. Ces signes-sons sont appelés « phonogrammes ». Aux idéogrammes et aux phonogrammes s'ajoute un troisième groupe de signes hiéroglyphiques, les « déterminatifs », qui, placés à la suite de deux homonymes, de deux lectures possibles des images, caractérisent le sens. Les hiéroglyphes s'écrivaient de haut en bas, en colonnes, de gauche à droite ou vice versa, l'orientation des signes indiquant le sens de la lecture (si les personnages sont tournés vers la gauche du lecteur, celui-ci doit lire de gauche à droite, et inversement).
L'écriture hiéroglyphique resta en usage pendant tout le développement de l'Égypte antique. La dernière inscription connue - dans l'île de Philae - date de l'an 394 de notre ère. À partir du début du VIe s. personne ne savait plus lire les hiéroglyphes ; l'ancienne langue égyptienne survécut sous la forme du copte, écrit au moyen de l'alphabet grec complété par quelques signes permettant de transcrire des sons propres à l'égyptien. Les premières tentatives pour déchiffrer les hiéroglyphes furent faites au XVIIe s. par le jésuite Athanase Kirche : (Lingua aegyptiaca restituta, 1643) ; il eut le mérite de comprendre que le copte n'était autre que l'ancien égyptien, mais il aiguilla les recherches dans une impasse en supposant que les hiéroglyphes étaient entièrement des symboles. En 1799, lors de l'expédition de Bonaparte en Égypte, fut découvert le document qui allait permettre le déchiffrement : la pierre de Rosette, qui portait gravée une inscription répétée en trois écritures, hiéroglyphique, démotique et grecque. Après les premières tentatives de Silvestre de Sacy et du Suédois Akerblad en 1802, de l'Anglais Thomas Young en 1819, c'est le Français Champollion (v.) qui trouva la clef du déchiffrement en 1822. Deux ans plus tard, dans son Précis du système hiéroglyphique, il donnait une théorie complète de l'emploi des signes hiéroglyphiques, hiératiques et démotiques.
HIÉROGLYPHE. Petit dessin qui tenait lieu d'écriture dans l'Égypte ancienne. Représentant une grande variété d'êtres, d'objets et de signes, les hiéroglyphes peuvent avoir deux fonctions, celle d'idéogramme (la représentation d'objets ou d'actions évoque l'idée signifiée) et celle de phonogramme (le hiéroglyphe évoque un son) ; ils ont été en usage depuis le IVe millénaire av. J.-C. jusqu'à la fin du IVe siècle de l'ère chrétienne. Cette écriture fut appelée hiéroglyphes par les Grecs (ce qui signifie « gravure sacrée ») parce qu'ils ne la comprenaient pas. Gravés par milliers sur les murs des temples et des tombes, les hiéroglyphes restèrent mystérieux pendant très longtemps. C'est un savant français, Champollion, qui le premier en 1832 réussit à les déchiffrer grâce aux inscriptions gravées sur la pierre de Rosette.