HERMANT Abel. Ecrivain français
HERMANT Abel. Ecrivain français. Né à Paris le 8 février 1862, mort à Chantilly le 22 septembre 1950. Issu d'une famille de bourgeoisie aisée, il fait ses études au lycée Condorcet et en 1880 est reçu premier à Normale Supérieure. Comme il l'a lui-même raconté dans Confession d'un enfant d'hier, il souffre bientôt du milieu universitaire et démissionne pour tenter sa chance littéraire, d'abord par un recueil de vers sans originalité, Les Mépris (1883), puis par des romans conçus selon l'esthétique naturaliste alors absolument régnante, « documents » satiriques sur l'éducation universitaire (Monsieur Rabosson, 1884), sur la vie de caserne Le Cavalier Miserey (1887) sur la prostitution (Nathalie Madoré, 1888), sur la bourgeoisie d'administration et le monde du régime républicain (La Surintendante, 1889). Tous ces volumes, quoique l'influence des Concourt ait été plus forte sur Abel Hermant que celle de Zola, ont un ton de polémique sociale particulier au naturalisme. Mais, à partir de 1890, sous l'évidente influence du « roman psychologique » que Paul Bourget venait de mettre à la mode, Hermant porte son intérêt vers l'analyse des sentiments, avec Coeurs à part (1890), Amours de tête (1890) et surtout Serge (1891). Parvenu à la trentaine, déjà fort connu, mais trop docile jusque-là aux influences du moment, l'écrivain, après quelques évocations d'un passé spirituel et libertin Les Confidences d'une aïeule (1893), et plus tard Les Confidences d'une biche (1909) , allait affirmer son originalité comme observateur d'un monde élégant et aristocratique. La chronique d'Abel Hermant est ironique, impitoyable, jamais indignée. Un Saint-Simon, a-t-on pu dire, mais sans colère, se révèle ainsi dans la longue série des volumes réunis sous le titre Mémoires pour servir à l'histoire d'une société (souvenirs du vicomte de Courpières, 1901, M. de Courpières marié, 1904, Les grands bourgeois 1906, Les affranchis, 1908, Le cadet de Coutras, 1909-13, etc.), chroniques parisiennes que viendront compléter les évocations cosmopolites de Transatlantiques (1897), de Trains de luxe (1908), de nombreux autres romans de la même veine parus de 1913 à 1927, auxquels on peut joindre Le Cycle de lord Chelsea, quatre volumes suggérés par le souvenir d'Oscar Wilde. La séduction aristocratique de tous ces livres valut beaucoup de succès à Abel Hermant, qui a d'ailleurs abordé à peu près tous les genres, le théâtre, avec La Meule (1896), Le Faubourg (1899), etc., bien plus brillamment l'idéologie romancée (D'une guerre à l'autre, 1921), la philosophie (Platon, 1926), la chronique journalistique (en particulier avec sa « Vie à Paris » publiée par Le Temps depuis 1914), les problèmes de style (Xavier ou entretiens sur la grammaire française, 1923). Ayant collaboré à la presse parisienne pendant l'occupation, Abel Hermant fut arrêté et condamné après 1944; il mourut à Chantilly, quelques semaines après sa sortie de prison, à l'âge de quatre-vingt-huit ans. ? « Qui sait si nous ne possédons pas en Abel Hermant notre historien et peintre des moeurs le plus large d'envergure ? Qu'on compte les mondes dont il a fixé l'image, les pays qu'il a abordés, les époques qu'il a embrassées; il peuple cet univers de personnages fournis plus ou moins complètement par la vie reelle, mais qu 'il a stylisés. On les reconnaît, comme le XVIIe siècle reconnaissait le Misanthrope. » Henri Clouard.