Henri II (Le Mans 1133-Chinon 1189) ; roi d'Angleterre [1154-1189].
Henri II (Le Mans 1133-Chinon 1189) ; roi d'Angleterre [1154-1189]. H. est un Angevin. Comme son père, le comte d'Anjou Geoffroy Plantagenêt, a épousé Mathilde, veuve de l'empereur Henri V et fille du roi anglo-normand Henri Ier Beauclerc, et qu'en 1152, lui-même épouse l'ex-femme du roi de France, Aliénor d'Aquitaine, il réunit bientôt un gigantesque agrégat de domaines, étirés de l'Ecosse aux Pyrénées: l'« empire Plantagenêt», bien mal nommé en raison de son caractère hétéroclite, oriente davantage encore l'histoire anglaise vers le Continent et ses désintégrations et reconstitutions successives rythment l'histoire de l'Ouest européen jusqu'à la fin de la guerre de Cent Ans. En Angleterre, le roi Henri Ier, après bien des péripéties, a reconnu sa fille Mathilde pour héritière en 1126-1127, pour le cas où il n'aurait pas d'héritier de sa nouvelle union avec Adélaïde, fille du comte de Louvain, duc de Basse-Lorraine. À la mort du roi (1er déc. 1135), Mathilde est prise de vitesse par un cousin, Etienne : fils d'Adèle, une soeur du défunt roi, et du comte de Blois, rival traditionnel de l'Anjou, il se fait couronner à Westminster le 22 décembre 1135. Jusqu'en 1138, Etienne, qui s'est renforcé en épousant une autre Mathilde, fille du comte de Boulogne, se maintient fermement ; il accumule bientôt les mécontentements en Angleterre et voit la Normandie envahie par Geoffroy (1141-1145: prise de Rouen le 14 janv. 1144) après que Mathilde est allée réchauffer les ardeurs du parti légitimiste-angevin en Angleterre même (1139-1148). Étienne, d'abord vaincu (bataille de Lincoln, 2 févr. 1141) et captif jusqu'au 1er novembre 1141, laisse Mathilde entrer à Londres, mais finit par rétablir sa position dans une Angleterre plus que troublée. La fin de son règne, sans être calme, est moins agitée. H. fitzEm-press (« le fils de l'impératrice ») reçoit de son père le gouvernement de la Normandie en 1149, pour laquelle il fait hommage au roi de France en 1151, avant d'épouser Aliénor (mai 1152) ; il hérite de l'Anjou à la mort de Geoffroy (7 sept. 1151) et des prétentions de sa mère (f 1167). En janvier 1153, H. porte le combat en Angleterre et impose à Étienne de le reconnaître comme successeur. C'est chose accomplie à la mort de celui-ci le 25 octobre 1154. A ses différents domaines, H. ajoute l'Irlande, dont la conquête méthodique, longtemps inachevée, est lancée en appui à l'initiative de barons anglo-normands (1170-1171) et reconnue par le pape ; la turbulente Bretagne, qui passe à son fils Geoffroy, gendre du duc Conan V (1158, effectif en 1171-1186) ; les hommages incertains du roi d'Écosse (1157) et du comte de Toulouse. Le gouvernement plantagenêt est servi par une administration entièrement reprise en main, à commencer par les « shérifs ». H., plus que tout, développe la justice royale (Common Bench de Westminster et itinérant justices). Sans qu'il fasse vraiment oeuvre de législateur, la jurisprudence des cours royales développe empiriquement un droit royal (common law), superposé aux coutûmes et unificateur de fait. Dans tous les domaines, les enquêtes et les compilations écrites se développent avant d'être imitées dans toute l'Europe. La rationalisation financière voit la séparation croissante entre la lourde machinerie de l'Échiquier et une caisse à la disposition directe du roi (« chambre »). Justice et finances sont illustrées par deux oeuvres officieuses, le Dialogue de /' Echiquier (Dialogus de scaccario) de Richard fitzNeal et la compilation de la jurisprudence et de la procédure royales rédigée sous l'influence de Ranulf Glanville (Tractatus de le gibus et consuetu-dinibus regni Angliae, dit « Glanvil »). Le domaine royal, en particulier la « Forêt » (vastes étendues de terre où la chasse et l'occupation du territoire sont soumises au roi), est protégé et étendu. Ce mouvement général, non sans tensions, renforce les prérogatives royales plus qu'il n'abolit celles des grands propriétaires, soucieux de maintenir leurs droits de justice. Une brillante production historiographique et littéraire montre qu'il y a bien, dans tous les sens du mot, un vraie cour angevine d'Angleterre. La même tentative, face à l'Eglise du royaume (Constitutions de Clarendon, 1164), échoue après le dramatique conflit avec Thomas Becket, mais le clergé est très largement derrière son roi. H. systématise le recours au droit féodal. Vassal du roi capétien pour ses possessions continentales, il ne peut échapper à divers conflits avec Louis VII puis Philippe Auguste, au cours desquels il reste pourtant imprégné d'un respect féodal, épargnant à plusieurs reprises une défaite irrémédiable à un seigneur beaucoup plus faible que lui. L' « empire » a pourtant des failles : d'abord la difficulté à tenir une mosaïque de terres, chacune attachée à sa coutume et à ses privilèges, et un imbroglio d'hommages féodaux ; ensuite les turbulences, savamment exploitées par le roi de France, de ses fils, Henri le Jeune (1183), Richard Coeur de Lion, Geoffroy (1186), Jean sans Terre, qui rivalisent avec leur père et entre eux. H. doit préparer des plans de partage, avant de s'orienter vers la primogéniture, qui bénéficiera finalement à Richard. Une dernière révolte de Richard et Jean a brisé H., qui meurt le 6 juillet 1189 à Chinon avant d'être enterré en Anjou, à Fontevrault. Bibliographie : J. Boussard, Le Gouvernement d'Henri II Plantagenêt, 1956.
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