HELLÉNISTIQUE (civilisation)
Le terme d'hellénistique (du grec hellenizein, « parler grec », « vivre comme les Grecs ») s'applique à la civilisation cosmopolite qui fleurit sur toutes les rives de la Méditerranée orientale et dans le Proche-Orient, à la suite des conquêtes d'Alexandre. Sa zone de diffusion s'étendit de l'Italie aux confins de l'Inde et de l'Asie centrale, mais cette civilisation fut essentiellement le produit d'une fusion du génie grec avec des éléments orientaux ; c'est en Syrie et en Égypte qu'elle eut son centre, et la Grèce propre n'y joua qu'un rôle secondaire. La civilisation hellénistique se développa pendant les trois siècles qui vont de la mort d'Alexandre (323 av. J.-C.) à l'établissement définitif de la domination romaine sur l'Orient (30 av. J.-C.), et son influence continua de s'exercer bien plus longtemps encore, durant les périodes romaine et byzantine. Évolution historique de l'Orient hellénistique Mutations politiques, économiques et sociales L'esprit hellénistique Évolution historique de l'Orient hellénistique Alexandre, qui avait créé en dix ans (334/23) un immense empire s'étendant de la Macédoine à l'Inde, mourut à trente-trois ans sans laisser d'héritier capable de lui succéder et sans avoir organisé sa succession. Ses principaux généraux, les diadoques, se partagèrent l'Empire, dont Perdiccas et Antipater tentèrent d'abord de maintenir l'unité. Après quarante ans de luttes, l'empire d'Alexandre se trouva partagé entre trois grandes monarchies : celle des Antigonides, qui régnaient sur la Macédoine (v.) et s'efforçaient d'obtenir l'hégémonie en Grèce ; celle des Séleucides (v.), dont la domination s'étendait sur la plus grande partie de l'ancien Empire perse achéménide ; celle des Lagides (v.) ou Ptolémées, qui régnaient sur l'Égypte. Cette stabilisation du monde hellénistique entraîna le déclin de la Grèce, dont l'économie avait d'abord (jusque vers 280) bénéficié des conquêtes d'Alexandre : la concurrence de l'Orient provoqua en Grèce une grave baisse des prix agricoles et la ruine des petits propriétaires ; le commerce fut lui aussi atteint, car les grandes routes d'échanges ne passaient plus par la Grèce propre mais par les îles (Rhodes), l'Égypte et la Mésopotamie. Enfin, à la différence des autres parties de l'empire d'Alexandre, la Grèce du IIIe s. av. J.-C. ne connut pas les bienfaits de l'unification politique ; les cités retrouvèrent leur indépendance, mais non leur ancienne puissance. La confiscation du pouvoir par la bourgeoisie riche rendit fictif le rétablissement des institutions démocratiques, et de violents conflits sociaux se produisirent ; à Sparte, les tentatives de restauration de l'autorité, avec Agis IV et Cléomène III, n'eurent pas de suites durables. Cependant, un besoin de regroupement et d'unité se faisait sentir même en Grèce, et l'événement politique majeur du IIIe s. fut la naissance de deux grandes confédérations, les ligues Étolienne (v. ÉTOLIE) et Achéenne (v. ACHAÏE), qui s'épuisèrent dans une série de guerres. La Grèce n'était plus le centre unique de la culture hellénique, bien que les études philosophiques aient continué à fleurir à Athènes. 00020000125A00000C4F 1253,En Orient, le IIIe s. fut dominé par la rivalité des deux grandes monarchies, lagide et séleucide, la première solidement appuyée sur l'État national égyptien, la seconde distendue entre l'Est et l'Ouest, mais trouvant une base ferme en Syrie septentrionale. L'enjeu de ce conflit était le contrôle de la Méditerranée orientale et de la voie commerciale qui, par les ports de Syrie et la Mésopotamie, reliait l'Occident à l'Inde. Contraints ainsi de reporter leur principal effort vers la Méditerranée, les Séleucides durent abandonner au milieu du IIIe s. la plupart de leurs satrapies orientales : ainsi se formèrent les royaumes de Cappadoce, d'Arménie (v.), du Pont (v.), le royaume grec de Bactriane (v.) et surtout le royaume des Parthes (v. IRAN), qui constitua rapidement la plus dangereuse menace pour la civilisation hellénistique en Orient. Cependant, même chez les Parthes, s'exerçaient de puissantes influences culturelles grecques, et, par la Bactriane, celles-ci pénétrèrent jusqu'en Asie centrale et en Chine. À l'O., les Séleucides, concentrant toutes leurs forces sur la Syrie menacée par l'Égypte, durent renoncer à la conquête de la Grèce et à la maîtrise de l'Égée. La Bithynie et surtout Pergame (v.) devinrent des foyers indépendants d'hellénisme, cependant qu'au cur de l'Asie Mineure les Celtes Galates (v. CELTES) fusionnaient rapidement avec les Grecs du pays. Vers 225, les Lagides d'Égypte étaient parvenus, au terme de plusieurs guerres, à abaisser les Séleucides : maîtres de toutes les côtes depuis la Libye jusqu'à Beyrouth, maîtres également de l'île de Chypre, alliés de Pergame et des Grecs, ils dominaient le commerce méditerranéen, et leur puissance pouvait se comparer à celle des pharaons de la XVIIIe dynastie. Le redressement des Séleucides, sous Antiochos III (223/187), fut de courte durée. Sans doute Antiochos, malgré sa défaite à Raphia (217), réussit-il à reprendre la Syrie aux Égyptiens, et, dans les années suivantes, il rétablit la domination séleucide sur l'Arménie, la Parthie, la Bactriane. À la même époque, le roi de Macédoine, Philippe V, tentait de s'assurer la maîtrise de l'Adriatique. Ce fut la dernière grande crise conquérante de l'hellénisme. Pour écarter la menace de Philippe V, Rome se décida à intervenir en Grèce. À la fin de la deuxième guerre punique (201), les Romains, alliés de Rhodes et de Pergame, brisèrent l'alliance de Philippe V et d'Antiochos III en battant le roi de Macédoine à Cynoscéphales (197). Resté seul, Antiochos III, loin de se décourager, s'attaqua aux Détroits puis passa en Grèce (192), mais il n'y fut soutenu que par la ligue Étolienne, tandis que la ligue Achéenne s'alliait aux Romains. Chassé de Grèce après sa défaite des Thermopyles (191), Antiochos III fut écrasé par les Romains en Asie Mineure, à Magnésie (189), et dut signer le traité d'Apamée (188), qui réduisait ses possessions à la Syrie et faisait passer presque toute l'Asie Mineure occidentale à Pergame, fidèle alliée de Rome, tandis que Rhodes confirmait son hégémonie maritime. Le grand vainqueur était, en fait, Rome, désormais arbitre des affaires du monde hellénistique. La Macédoine fut définitivement écrasée à la bataille de Pydna (168) ; le reste de la Grèce passa sous la domination romaine en 146 ; en 133, le dernier roi de Pergame, Attale III, légua ses États aux Romains, qui organisèrent la province d'Asie. Rhodes, qui avait mal secondé Rome dans la lutte contre Persée de Macédoine, fut punie de la perte de ses possessions d'Asie Mineure ; la transformation de Délos en port franc (167) fit décliner inéluctablement son commerce. L'Empire séleucide, déchiré par les querelles dynastiques, glissait vers la ruine et devait faire face à la révolte juive des Macchabées (v.). L'étatisme autarcique des Lagides, en s'accentuant, aboutissait à un étouffement économique de l'Égypte. L'hellénisme trouva son dernier champion valeureux dans le roi du Pont, Mithridate Eupator (v.), qui, pendant un demi-siècle (de 110 environ à 63), tint en échec l'impérialisme romain. La victoire définitive de Pompée sur Mithridate (66) ouvrit la phase finale de la dislocation des monarchies hellénistiques. En 64, Pompée avait mis fin à la dynastie des Séleucides : après la Phrygie et la Cilicie, la Syrie, la Bithynie, le Pont devinrent des provinces romaines. La Crète et Chypre tombèrent également entre les mains des Romains, qui contrôlaient ainsi toutes les côtes de la Méditerranée, à l'exception de l'Égypte. Celle-ci connut un ultime sursaut sous Cléopâtre (44/30), mais, après la victoire d'Octave à Actium sur Marc Antoine et Cléopâtre, le royaume des Lagides fut à son tour annexé et réduit en province romaine. 000200000DB400001EA2 DAE,Mutations politiques, économiques et sociales Pour les Grecs comme pour les Orientaux, la période hellénistique fut marquée par des changements si importants qu'on ne peut y voir simplement une étape de transition entre la Grèce classique et Rome. De la fusion inaugurée par Alexandre entre l'hellénisme et l'Orient, naquit, en fait, une civilisation originale, composite et nouvelle, une civilisation pour la première fois « universelle » car elle dépassait les barrières de races, les particularismes religieux, et se fondait sur le sentiment de plus en plus net de valeurs communes à tous les hommes. Des langues transnationales - la koinè (mélange d'éléments ioniens à un fonds attique) et l'araméen - supplantèrent les dialectes locaux et devinrent les grands instruments d'échanges intellectuels et commerciaux. L'élément grec était généralement prépondérant (quoique jamais à l'état pur), mais il ne l'était pas toujours : beaucoup plus qu'aux traditions de la polis grecque, le libéralisme des Séleucides était redevable à l'exemple de la monarchie perse achéménide, l'étatisme des Lagides à des habitudes administratives qui remontaient loin dans l'Égypte pharaonique. En politique, le phénomène capital de l'âge hellénistique fut la substitution des monarchies aux cités libres de la Grèce classique. Le système monarchique prévalut partout, non seulement dans les grands États tels que la Macédoine, l'Égypte, la Syrie, mais également dans les petits États asiatiques et dans les ligues grecques. Les cités connurent un développement économique incomparable - l'urbanisation de l'Orient est l'un des traits dominants de cette période -, elles conservèrent ou acquirent une grande autonomie administrative, mais leur rôle politique indépendant était révolu (excepté pour quelques-unes d'entre elles, Rhodes par exemple). Plusieurs facteurs contribuèrent à faire de la monarchie la formule politique en vogue : l'exemple de la Macédoine, à qui l'unité de commandement avait assuré une supériorité constante sur les coalitions des villes grecques ; la lassitude de l'instabilité démocratique ; enfin, et surtout, la nécessité où se trouva Alexandre de conserver aux peuples conquis de l'Asie le type de gouvernement auquel ils étaient habitués depuis des siècles. Fondé sur la conquête, le pouvoir d'Alexandre - et celui de ses successeurs - revendiqua rapidement une légitimité divine qui ne choqua ni les Asiatiques ni même les Grecs. Entourés, comme les Achéménides, d'une cour, d'un cérémonial, les Lagides et les Séleucides furent l'objet d'un culte royal grâce auquel leurs peuples oubliaient qu'ils étaient des étrangers, descendants d'aventuriers militaires et d'usurpateurs. On leur donnait les surnoms de « sauveur » (Sôter), de « manifestation divine » (Épiphane), de « bienfaiteur » (Évergète) ou simplement de « dieu » (Théos). Jouissant d'un pouvoir absolu, source de toute loi et n'étant limités par aucune, suprêmes justiciers, ils étaient aussi, surtout en Égypte, les véritables propriétaires de l'État. Le sol et le sous-sol leur appartenaient, comme le travail de leurs sujets. Ils avaient établi une succession héréditaire, qui n'empêcha jamais d'ailleurs les révolutions de palais et les guerres dynastiques ; en Égypte, pour raffermir la cohésion de la famille royale, on prit l'habitude de marier le souverain avec sa sur, associée à la royauté. Cette pratique n'existait guère chez les Séleucides, où cependant la reine, même étrangère, était appelée « sur » du roi. 000200000C9400002C50 C8E,Entre le comportement des Lagides et celui des Séleucides, on note des divergences importantes. Les Lagides adoptèrent en politique extérieure les objectifs traditionnels de l'impérialisme égyptien (conquête de la Syrie, maîtrise de la Méditerranée orientale), mais ils s'isolèrent au sein de leur propre royaume, qu'ils se contentaient d'exploiter à des fins commerciales ; gouvernement et administration étaient entièrement aux mains de Grecs ; des colons militaires grecs tenaient la campagne. L'audacieuse politique d'assimilation inaugurée par Alexandre fut abandonnée : le gouvernement interdisait souvent les mariages mixtes ; l'indigène était méprisé. À côté d'Alexandrie, la ville cosmopolite par excellence, n'existaient que deux villes neuves, Ptolémaïs et Philadelphie, où Grecs et Égyptiens pouvaient coexister. La nécessité obligea les Séleucides à une politique beaucoup plus généreuse : leur empire ne s'étendait pas dans un cadre national millénaire, il embrassait toutes sortes de peuples, et le seul ciment d'unité ne pouvait être que l'hellénisation. Séleucos Nicator, fondateur de la dynastie, et ses successeurs multiplièrent donc les villes grecques nouvelles, les unes créées à partir de rien, les autres par la transformation d'anciennes villes indigènes. Ces cités, sans jouir de l'indépendance politique, possédaient néanmoins toutes les institutions traditionnelles des cités grecques, et une large autonomie administrative. Elles furent toutes, jusqu'au fond de la Perse, d'intenses foyers d'hellénisation. Leur population se composait d'abord de Grecs immigrés, marchands, hommes d'affaires, bureaucrates, auxquels ne tarda pas à se fondre, à partir du IIe s., une élite d'indigènes hellénisés, enrichis par le commerce. Point de ségrégation raciale : c'est la culture et l'éducation qui faisaient d'un homme un Grec, et tous ceux, Grecs d'origine ou indigènes, qui avaient reçu la même formation raffinée se considéraient comme des égaux - alors que les Grecs pauvres glissaient peu à peu vers les classes inférieures. Les distinctions de classe et de fortune étaient donc bien plus importantes que celles de race. La vie des paysans n'était guère enviable : la terre appartenait au roi ou à la bourgeoisie urbaine, et les fermiers étaient dans une condition proche du servage. L'opulence de l'Orient hellénistique ne profita guère à l'immense majorité de la population. Directement, comme en Égypte, où le souverain invoquait le droit de la conquête, le « droit de la lance », comme chez les Attalides de Pergame, eux aussi adeptes d'un étatisme royal, ou indirectement, par une lourde fiscalité, comme chez les Séleucides, l'État pesait sur l'économie, qui était tout entière orientée vers le commerce extérieur. Les techniques industrielles et agricoles ne firent aucun progrès important à l'époque hellénistique, l'abondance de la main-d'uvre servile favorisant l'esprit de routine. D'importants travaux d'irrigation furent cependant entrepris en Égypte. L'industrie restait essentiellement artisanale, mais quelques manufactures royales fabriquaient surtout des objets de luxe en série et à bon marché, au détriment d'objets d'art plus raffinés (disparition des vases peints). 000200000EC5000038DE EBF,L'économie hellénistique fut avant tout commerciale. L'unification politique de l'Orient permit au monde hellénique et à l'Occident de communiquer directement avec la vallée du Nil et l'Arabie, avec l'Inde, l'Asie centrale, la Chine. L'aménagement des ports et la construction des vaisseaux s'améliorèrent ; les Séleucides remirent en service le réseau routier de l'Empire perse ; la sécurité des caravanes fut mieux assurée. Mais le plus grand stimulant de l'essor commercial fut une révolution monétaire sans précédent. Alexandre transforma en monnaie et jeta sur le marché les trésors accumulés par les anciens rois achéménides. Ce soudain afflux monétaire, qu'on estime à plus d'un milliard de francs-or, eut des conséquences immenses. La mobilité de la population, facilitée déjà par l'unification politique et linguistique, s'en trouva encore accrue. Dans tout l'Orient, des hommes purent se libérer enfin du cadre étroit où les maintenait le système primitif du troc, ils purent accumuler et emporter leur gain pour le faire travailler où bon leur semblait. C'est surtout chez les Séleucides que la monnaie abondait. Elle était plus rare en Égypte, ce qui poussait les Lagides à renforcer leur politique mercantiliste pour s'en procurer ; manquant de métal argent, les Lagides multiplièrent les monnaies de cuivre, qui se déprécièrent rapidement. Dès la fin du IIe s., le monde hellénistique dans son ensemble souffrit d'ailleurs de la raréfaction de la monnaie. Le numéraire ne suffisait plus à des besoins accrus, d'où thésaurisation. Les Séleucides eux-mêmes souffraient de cette crise monétaire depuis que Rome, après la défaite d'Antiochos III (paix d'Apamée, 188), leur avait imposé le paiement d'indemnités de guerre considérables. Le stock monétaire de l'Orient fuyait rapidement vers l'ouest. À la meilleure époque, la circulation des capitaux avait été facilitée par une remarquable organisation du crédit : aux banques privées, déjà nombreuses dans la Grèce classique et en Mésopotamie, s'ajoutèrent des banques de cités et de véritables banques d'État (surtout en Égypte). Aux IIIe/IIe s., l'intérêt de l'argent était descendu au-dessous de 10 %, ce qui représentait un taux extrêmement bas pour l'Antiquité et pour l'Orient. L'esprit hellénistique Éclatement des cadres de la cité, élargissement des horizons, émancipation de l'individu, amélioration des échanges, tels sont les traits fondamentaux de l'époque. Ils se reflètent dans l'évolution des esprits. L'homme se sent à la fois seul et citoyen du monde. Les dieux indigènes tutélaires ne peuvent plus rien pour le colon grec du IIIe s., qui s'enfonce dans les profondeurs de l'Orient, qui découvre partout autour de lui d'autres dieux, d'autres cultes, d'autres manières de vénérer et de sentir. Aussi l'âge hellénistique connut-il d'abord une phase de scepticisme et de rationalisme. On mit en question la réalité surnaturelle des dieux. On se découragea des hautes spéculations, on adopta à l'égard de la vérité métaphysique une attitude d'indifférence ou de probabilisme (Pyrrhon, Arcésilas), on se préoccupa avant tout de la vie concrète et de la recherche du bonheur. Les deux grandes doctrines de l'époque, l'épicurisme et le stoïcisme, sont avant tout des morales. Elles s'adressent à l'individu désormais isolé, n'ayant plus son appui sur une religion de la patrie et cependant tourmenté encore par de lâches superstitions ; elles lui enseignent à trouver le seul vrai bien encore à sa portée, cette félicité intérieure que l'âme lucide peut se donner à elle-même. L'épicurisme était essentiellement individualiste ; le stoïcisme, au contraire, joua un rôle social et politique important en critiquant l'esclavage, en affirmant l'existence d'une société naturelle unissant tous les hommes. 0002000008110000479D 80B,Peu à peu, la religion l'emporta sur la philosophie, et le mysticisme latent de l'Orient s'épanouit sur un terrain déblayé par l'universalisme philosophique grec. Le mouvement d'unification entraîna les religions elles-mêmes, les formes grecques et les formes orientales de vénération se fondirent dans le syncrétisme. Hérodote déjà, au Ve s., voyageant en Égypte, n'hésitait pas à donner des noms grecs aux dieux locaux. L'époque hellénistique vit se développer partout le culte de grandes divinités telles que Sérapis, Isis, Cybèle, qui comportait souvent des « mystères », des rites initiatiques riches en contenu émotionnel (thème de la mort et de la renaissance du dieu). Aux noms des divinités particulières commençaient même à se substituer des termes plus abstraits, plus métaphysiques, comme celui de Sôter (Sauveur). Le passage du polythéisme au monothéisme commençait. Un événement capital à cet égard fut la rencontre de l'esprit juif et de l'esprit grec. Elle eut lieu moins en Judée, où la résistance juive contre les Séleucides fut très vive (Macchabées), que chez les Juifs de la Diaspora. D'après la tradition, c'est Ptolémée Philadelphe (285/46) qui fit commencer la traduction grecque de la Bible, dite des Septante. L'influence juive se manifesta dans les doctrines attribuées à Hermès Trismégiste, cependant qu'à la lumière de la philosophie grecque Philon le Juif entreprenait une exégèse métaphysique et allégorique des Écritures. La création, par Ptolémée Sôter, fondateur de la dynastie des Lagides, du Musée d'Alexandrie déplaça vers l'Orient le centre de la vie intellectuelle. On a reproché à la littérature alexandrine son caractère érudit et savant, mais elle a produit aussi des uvres dont le charme a résisté aux siècles, telles les idylles de Théocrite ou les épigrammes de Méléagre. En art, la sculpture hellénistique (comme sans doute la peinture, qui a presque entièrement disparu) reflète le triomphe de l'individualisme, du réalisme, du pathétique (Victoire de Samothrace, Vénus de Milo, Gaulois mourant, Laocoon, etc.).
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