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HEIDEGGER (Martin)

HEIDEGGER (Martin). Philosophe allemand (1889-1976), né à Messkirch (pays de Bade) le 26 septembre 1889, fils d'un maître tonnelier et sacristain. Il fit ses études à l'école de son pays natal, puis au lycée de Constance, au Berthold Gymnasium de Fribourg-en-Brisgau, enfin à l'université de cette même ville où il suivit des cours de théologie, de philosophie, de mathématiques, de sciences de la nature et d'histoire. Après avoir soutenu une thèse de doctorat, il fut nommé professeur à Fribourg et y travailla sous la direction de Husserl. Son premier grand ouvrage, l'Être et le Temps, fut publié en 1927. En 1929, il publia Kant et le problème de la métaphysique, et en 1930, De l'essence de la vérité. Il fut recteur de l'université de Fribourg et adhéra peu de temps au parti nazi. Il démissionna de son poste pour n'avoir pas à sanctionner des professeurs hostiles au régime, et cessa dès lors toute activité politique marquante. En 1947, il publia la Lettre sur l'humanisme, puis se consacra à l'exégèse des poètes, de Hölderlin entre autres. En 1970, il a publié Phänoménologie und Théologie. C'est le problème de l'Être, dans son ensemble, et en tant que tel, qui est au centre des préoccupations de Heidegger. Si, selon lui, la métaphysique n'a fait aucun progrès depuis l'Antiquité grecque, c'est qu'elle a toujours été une ontologie. Elle s'est interrogée sur ce que l’être était. Ce qu'il faudrait connaître, c'est « l'Être de l'étant ». Heidegger distingue, en effet, entre l'étant (ce qui est) et l'Être (le présupposé de l'étant). La question métaphysique n'est pas ce que l'être est, mais le fait qu'il est. Elle cherche le sens de l'être. L'analyse de l'être humain est la seule voie d'accès à la métaphysique. Ce sera non une analyse existentielle, mais existentiale qui, à partir de l'homme, cherche le sens de l'Être en général. L'Être ne se démontre pas, il se montre. L'analyse existentiale sera donc une phénoménologie, voie surprenante pour accéder à la métaphysique. Cela n'a pas conduit Heidegger à une entente avec Husserl. Le second a reproché au premier de s'être cantonné dans l' « anthropologisme » et le « psychologisme ». Heidegger part donc de l'homme qui est là (Dasein) pour arriver à constater que l'homme est le lieu où l'Être apparaît (Da-sein). « L'essence de l'homme réside dans son existence. » Cela signifie que l'essence de l'homme est son être. « L'homme seul existe. Le rocher est, mais n'existe pas (...). Dieu est, mais n'existe pas. » « L'homme est cet étant dont l'être est désigné dans l'Être, à partir de l'Être. » Pour marquer le caractère « extatique » de l'existence humaine qui se tient « dans l'éclairement de l'Être », Heidegger utilise la graphie ek-stase. Les caractéristiques de l'existence humaine sont le souci, l'être pour la mort, la transcendance, la liberté, la temporalité. L'être humain n'est pas d'emblée tout ce qu'il peut être. Il a devant lui un éventail de possibilités et il se « pro-jette » sur ces possibilités. Il dépend de lui de se disperser dans le divertissement, de se perdre dans l'anonymat du « on », ou d'accéder à l'existence authentique. L'homme est le « berger » de l'Être. Il le garde, le veille, le surveille. Pourtant, le rapport primitif de l'homme à l'Être est surtout obnubilation. Il faut que l'Être se dévoile à l'homme. Il le fait toujours lentement, difficilement, sur fond de mystère. On peut se demander si Heidegger a vraiment construit une métaphysique. Il a, en tout cas, refusé expressément d'être rangé parmi les existentialistes et affirmé, comme son orientation essentielle, la réflexion sur l'Être.

Heidegger

(Martin, 1889-1976.) Après des études de théologie, il abandonne le projet de devenir prêtre, se consacre aux mathématiques, aux sciences naturelles et finalement à la philosophie. Il soutient en 1916 sa thèse sur La Doctrine des catégories et la signification chez Duns Scot. Assistant de Husserl à l'université de Fribourg entre 1920 et 1923, il lui succède en 1928. Retiré de la vie publique en 1934, il reprend ses cours en 1945 et écrit en 1947, à l'intention de Jean Beaufret, sa Lettre sur l'humanisme. Les publications se succèdent ensuite jusqu'à sa retraite (1957) qui n'interrompt nullement ses conférences ou séminaires. Salué par certains comme « le plus grand philosophe de notre temps » (J. Lacroix), mais aussi contesté par d'autres pour des raisons politiques (on lui reproche d'avoir été pendant six mois recteur d'université sous le nazisme, et d'avoir consacré au soutien de ce dernier quelques articles et discours), philologiques (son travail sur l'étymologie des termes grecs paraît déroutant, alors même qu'il affirme la nécessité, pour philosopher, de se faire d'abord « l'oreille grecque ») ou philosophiques, Heidegger propose une pensée très exigeante, d'un abord souvent délicat, qui a pourtant trouvé, notamment aux États-Unis ou au Japon, une large audience en ayant formé, non des « disciples » au sens strict, mais plutôt des complices comme J. Beaufret.

♦ Heidegger a d'une certaine façon été le penseur d'une question unique : celle de l'être. Alors que ses premières années philosophiques se déroulent dans une Allemagne où positivisme, philosophie de la vie (Dilthey*) et néo-kantisme s'affrontent, c'est l'influence de Husserl qui sera décisive sur sa réflexion jusqu'à Sein und Zeit (Être et Temps, 1927) - où la phénoménologie* devient de façon fort peu orthodoxe un cheminement vers l'ontologie. Soulignant la distinction radicale de l'être et de l'étant, Heidegger prononce du même coup l'épuisement de la métaphysique occidentale qui l'a oubliée. Dès lors, il s'agit de poser de nouveau la question de l'être, et de l'être de l'étant, pour ressourcer aussi bien la pensée que l'existence. C’est que l’être, comme présupposé de tous les étants, privilégie l'homme comme son « berger » en ce qu'il est doté de langage. Ainsi interpellé par l'être, l'homme lui appartient en un sens, alors que d'un autre côté il en est exclu - d'où son « angoisse » qui est, non pas psychologique, mais bien ontologique, et témoigne d'un dévoilement radicalement incomplet, ou imparfait, de l'être lui-même. Cette angoisse, cette dissimulation de ce qui en même temps se dévoile, ouvre le temps, l'histoire, et oblige à concevoir la quête de la vérité comme un acheminement sans fin. Dans un tel contexte l'homme authentique est celui qui, fuyant l'anonymat du « on », accepte le risque de tenter de penser sa propre situation, par rapport à l'être, au monde et aux autres, c'est-à-dire de se re-demander ce qu'est ce monde qui nous paraît là depuis toujours et d’en tirer les conséquences.

♦ Dès 1928, Sein und Zeit trouve son prolongement dans Qu'est-ce que la métaphysique ? puis dans Kant et le problème de la métaphysique (1930). Mais l'importance accordée par Heidegger au langage dans le questionnement ontologique lui-même va le mener vers une complicité exceptionnelle avec les poètes, qu'il s'agisse de Hölderlin (1936 : Hölderlin et l'essence de la poésie) ou des présocratiques, auxquels il consacrera de nombreux articles et des séminaires, et dont il a médité inlassablement les fragments pour y déceler une réflexion antérieure à la métaphysique elle-même et la possibilité de sa relance. La poésie, pour Heidegger, constitue en effet « le bon danger » pour le penseur : « toute pensée qui déploie le sens est poésie, mais toute poésie est pensée. Toutes deux s'entre appartiennent et vont ensemble à partir de ce dire qui s'est d'avance dédié à l'inédit ». Commenter Rilke, Trakl ou Mörike (sinon René Char) n'est plus dès lors un exercice littéraire, mais une façon d’accéder à la pensée dans ce qu'elle a de plus avancé et de plus neuf, s'il est vrai - comme l'affirme également Heidegger - que nous ne savons plus ce que c'est que penser (il a consacré un séminaire entier à la question : Qu'appelle-t-on penser?). Mais de plus la parole - ce qui se dit au sein d'une langue - fut originellement poésie, et la prose (philosophique en particulier) n'en donne qu'un écho dégradé.

♦ Un tel compagnonnage avec les poètes est unique dans l'histoire de la philosophie - et suffit à montrer combien Heidegger est éloigné en fait de l'existentialisme sartrien, même si ce dernier s'en est quelque peu réclamé au prix d'interprétations fausses ; il rompt avec la tradition rationaliste et explique partiellement la résistance qu'a provoquée une telle œuvre. L'explique aussi son indifférence au marxisme, à la psychanalyse ou aux sciences humaines, de même que son interprétation de la technique moderne comme l'aboutissement, non pas de la science, mais bien de la métaphysique occidentale à travers Descartes, Leibniz et Nietzsche annonçant finalement la domination de l'homme sur toute la Terre. Il n'en reste pas moins qu'elle a influencé diversement les travaux de Lacan ou Axelos aussi bien que les recherches de Merleau-Ponty, de Deleuze ou de Derrida ; et qu'elle apparaît aujourd'hui comme une mise en garde définitive contre toute philosophie qui prétendrait s'effectuer selon la simple ligne d'un « progrès ».

Autres œuvres principales : Chemins qui ne mènent nulle part (1950) ; Introduction à la métaphysique (1953) ; Qu’est-ce que la philosophie ? (1956) ; Identité et différence (1957) ; Acheminement vers la parole (1959) ; Sur Nietzsche (1961) ; Essais et conférences (1962).




HEIDEGGER (Martin), philosophe allemand (Messkirch, Bade, 1889-id. 1976). Elève de Husserl, il soutient en 1916 sa thèse sur la Doctrine des catégories chez Duns. Scot. Professeur à Marburg, il publie l'Etre et le Temps (Sein und Zeit) en 1927. L'influence de cette œuvre (à laquelle Sartre a emprunté presque toutes ses analyses dans l'Etre et le Néant, dont Camus tient sa notion d' « absurdité » de l'existence) vient de ses analyses existentielles de l'homme en situation. Pourtant, les écrits plus récents du philosophe ont confirmé l'introduction de Sein und Zeit, selon laquelle ce n'est pas la question de l'homme, mais la question de l'être, qui est, pour Heidegger, le centre de sa réflexion (De l'essence de la vérité et Lettre sur l'humanisme, 1947). Celle-ci s'infléchit dans le sens d'une analyse du langage poétique (Satz vom Grund, 1957; Die Sprache) comme seul lieu de la révélation de l'être. Penseur inspiré plutôt que rigoureux, prophète de notre époque « décadente » et de l'âge atomique, Heidegger exerce actuellement un profond attrait sur tous les esprits.


Philosophe allemand (1889-1976). • Toute l’œuvre de Martin Heidegger, qui succède à Husserl à l’université de Fribourg, est placée sous le signe d’une quête inlassable du sens et de la vérité de l’être. • Pour Heidegger, la métaphysique n’a cessé, depuis Platon, d’entériner l’« oubli de l’être », préférant penser la vérité de l’étant (de ce qui est) plutôt que celle de l’être. Or, de tous les étants, un seul est à même de se poser la question de l’être : c’est l’homme, ou le Dasein (l'être-là}, qui est jeté dans le monde (déréliction) et n’existe que par son projet. • L’existence authentique est donc celle qui ne se dissimule pas sa véritable situation dans le temps (l’homme est fondamentalement un « être-pour-la-mort ») et qui refuse la dictature du « On » (la banalité quotidienne). • Après le « tournant » de 1930, Heidegger abandonne l’analyse du Dasein pour repenser la vérité comme « dévoilement » de l’être. L’être est comme une lumière qui dissimule en même temps qu’elle montre. C’est seulement dans le langage poétique (Hölderlin) que se déploie une parole ouverte à l’être. Principales œuvres : Être et Temps (1927), Qu'est-ce que la métaphysique ? (1929), De l’Essence de la vérité (1943), Lettre sur l'humanisme (1947), Chemins qui ne mènent nulle part (1949), Introduction à la métaphysique (1953), Qu'appelle-t-on penser ? (1954).


HEIDEGGER, Martin (Messkirch, Bade, 1889-zd., 1976). Philosophe allemand. Son oeuvre majeure, L'Etre et le temps (1927), pose le problème métaphysique de l'Être qui, pour lui, est à saisir dans le temps, comme existant (existentialisme). Sa philosophie « existentielle » eut une influence considérable en France, en particulier chez Maurice Merleau-Ponty et Jean-Paul Sartre. Recteur de l'université de Fribourg-en-Brisgau en 1933, il écrivit et discourut en faveur du régime national-socialiste de Hitler. Malgré les vives critiques dont il fut l'objet après 1945, il reprit son enseignement à Fribourg en 1946.

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