HARDY Alexandre. Poète dramatique français
HARDY Alexandre. Poète dramatique français. Né à Paris vers 1570, mort vers 1632. Nous ne connaissons presque rien de sa vie. Il semble qu'il ait commencé à écrire vers 1592 et qu'il soit devenu à cette époque poète à gages d'une troupe de comédiens ambulants comme celle que nous dépeint le Roman comique de Scarron; en 1611, Hardy est attaché à la troupe des Comédiens du Roi en tant qu'auteur peut-être y était-il également acteur et part en tournée dans les provinces avec elle. On relève sa trace à Marseille en 1620, à Paris en 1623. En janvier 1627, il rompt avec les Comédiens du Roi et se lie par un contrat de six ans à la troupe rivale des Vieux Comédiens du Roi dirigée par Claude Deschamps, à charge de lui fournir plusieurs pièces par an. A cette date, il aurait déjà, d après son propre témoignage, écrit de cinq à six cents pièces dans tous les genres. Bien qu'il ait été nommé poète du roi par Henri IV et qu'il ait été appuyé en hauts lieux, Hardy ne fut jamais riche, il vécut péniblement de sa plume heureusement pour lui fort féconde. A la fin de sa vie, le vieux Hardy fut la risée des jeunes auteurs qui donnaient dans la préciosité et se récriaient aux grossièretés dont est rempli le théâtre du vieux maître. Hardy avait pour dessein de compléter l'oeuvre de la Pléiade en réalisant la tragédie humaniste mais vraiment dramatique qui manquait encore. Toujours, il négligea la règle des trois unités qui lui semblait une insupportable entrave à son talent tumultueux. La plupart de ses pièces se jouaient dans un décor simultané comme dans les anciens mystères, l'action s'y déroulait fréquemment en plusieurs journées et dans les lieux les plus divers. Néanmoins, Hardy a joué un rôle essentiel dans la formation du théâtre classique; c'est à lui qu'on doit d'avoir dégagé le concept de crise qui devait être à l'origine du nouvel essor du théâtre en France, c'est lui aussi qui donne à la tragi-comédie française sa forme propre. A ce titre, non seulement Mairet, Tristan qui fut son ami et Scudéry lui doivent beaucoup, mais également Corneille qui d'ailleurs parla toujours de lui avec une certaine estime. Des centaines de pièces qu'a composées Hardy, trente-quatre ont été imprimées de son vivant (en six volumes, publiés de 1623 à 1628). On compte parmi elles douze tragédies; rappelons les plus connues d'entre elles : Didon se sacrifiant (1603), Coriolan (vers 1607), Scédase ou l'hospitalité violée, Panthée, Méléagre, La Mort d'Achille, Marianne (1600) enfin la trilogie comprenant La Mort de Daïre (1619), La Mort d'Alexandre (1624) et Timoclée ou la juste vengeance (1624); dix tragi-comédies dont Cornélie, La Force du sang, Elmire ou l'heureuse bigamie; quatre pièces appelées indifféremment tragédies ou tragi-comédies, dont Procris ou la jalousie infortunée; trois pièces intitulées « poèmes dramatiques », dont Théagène et Chariclée tiré des Èthio-piques d'Héliodore et qui compte quarante actes répartis en huit « journées » ; enfin cinq pastorales, genre dont Hardy a fixé les règles, parmi lesquelles on peut citer Le Triomphe de l'amour. Deux autres pièces de Hardy ne figurent pas dans ce recueil, ce sont Le Jaloux, comédie, et Le Méliantre ou Le Ravissement volontaire qui furent publiées en 1625. Hardy a encore fait éditer en 1628 un libelle, Berne des deux rimeurs de l'Hôtel de Bourgogne, dans lequel il prend rudement à parti Pierre du Ryer et Auvray, deux jeunes auteurs qui l'avaient attaqué. ? « Mélite est divine si vous la lisez après les pièces de Hardy qui l'ont immédiatement précédée. Le théâtre y est sans comparaison mieux entendu, le dialogue mieux tourné, les mouvements mieux conduits, les scènes plus agréables; surtout, et c'est ce que Hardy n'avait jamais attrapé, il y règne un air assez noble. » Fontenelle. ? « En un sens, Rotrou, Tristan, Scudéry procèdent de lui, et même Corneille qui en a convenu, sans peut-être avouer toute l'étendue de sa dette. Mais il écrivait mal, et la chose est chez nous sans remède. » R. Garapon.