HARA Takashi
Homme politique japonais. Il fut, avec le prince Ito Hirobumi, le fondateur du parti Seiyukai (libéral), dont il devint président en 1914. Plusieurs fois ministre à partir de 1900, il devint Premier ministre en sept. 1918, et son arrivée au pouvoir marqua la victoire du système parlementaire sur le régime oligarchique qui s'était maintenu depuis la révolution de 1868. Il eut à réprimer de graves troubles en Corée ; il ne put obtenir de la SDN une déclaration en faveur de l'égalité raciale, mais le Japon reçut en mandat les anciennes possessions allemandes du Pacifique, au N. de l'équateur.
Hara Takashi (Morioka 1856-Tokyo 1921) ; Premier ministre japonais.
Appelé à l’intérieur comme à l’extérieur « le grand roturier », H. est le premier chef de gouvernement qui ne soit pas issu de la noblesse : il aura fallu pour cela attendre trente-trois ans après l’instauration du régime parlementaire au Japon, car, de 1885 à 1918, tous les Premiers ministres, s’ils n’étaient pas eux-mêmes les chefs de puissantes familles, venaient (à quelques exceptions près) des deux fiefs les plus importants de l’ère Meiji, Satsuma et Choshu, l’un dirigeant l’armée et l’autre la marine. Même si H. est un homme politique compétent, il semble qu’on ait surestimé l’ascension de ce roturier. Lorsqu’il est en fonction de 1918 à 1921, il ne se maintient au pouvoir que par ses bonnes relations avec le plus puissant représentant de l’oligarchie réactionnaire des Yamagata qui, lui-même, méprise profondément le système politique incarné par H. Celui-ci est assassiné par un jeune fanatique en 1921. Le gouvernement H. est le premier fruit d’un système de partis politiques créé sur le modèle occidental. Les deux premiers partis sont fondés par des personnalités éminentes issues des familles dominantes : Itakagi du clan Tosa et Okuma du clan Hizen. Même s’ils ont pour nom « parti libéral » et « parti du progrès », ils sont tous les deux extrêmement conservateurs et étroitement liés à des entreprises concurrentes. Cependant, aux yeux de la noblesse des débuts de l’ère Meiji et même aux yeux d’un homme comme Ito, partis politiques et droit de vote restent des inventions scandaleuses et subversives. C’est pourquoi Ito ne se décide que le plus tard possible à signer une Constitution, dont les limites ne tardent pas à apparaître. Lors des premières élections de 1892, seul un demi-million sur 40 millions d’habitants est appelé à voter ; par ailleurs, le gouvernement a recours à la répression policière contre la foule. Au tournant du siècle, Ito semble percevoir quelques avantages dans le système des partis et soutient la création du parti Seiyukai, espérant ainsi étouffer les exigences d’une véritable représentation populaire. Chef de ce nouveau parti, Ito décrète que l’empereur peut appeler à gouverner les personnes de son choix, qu’elles soient membre du parti ou non. Ce n’est qu’en 1918, quand H. devient chef du parti Seiyukai, que sera réellement constitué un cabinet de partis. Le premier vote au suffrage universel, réservé aux hommes, a lieu en 1928, mais le gouvernement des partis est de courte durée. Certes, le système parlementaire existe dans les années 1920, mais la corruption est permanente. Bien qu’élu par le peuple, H. n’est pas un véritable démocrate : il ne soutient pas le suffrage universel, ne cache pas son aversion pour le mouvement ouvrier et n’hésite pas à intimider ses adversaires politiques en leur envoyant ses hommes les plus musclés. Ces abus amènent le peuple à douter de la démocratie et donnent toutes leurs chances aux militaristes et aux fascistes.