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GUILLOUX Louis. Écrivain français

GUILLOUX Louis. Écrivain français. Né le 15 janvier 1899 à Saint-Brieuc. Son père était cordonnier et actif militant socialiste. Par toute sa vie et par toute son oeuvre, Guilloux restera fidèle à ce milieu, à ses valeurs, à son idéal. Boursier au Lycée de Saint-Brieuc,. en 1912, il devient surveillant d'internat en 1916. Dès la fin de la Première Guerre mondiale, il gagne Paris et, en 1921, entre à L'Intransigeant comme lecteur d'anglais. Il se marie en 1924. Il aura une fille, Yvonne, en 1932. Il se lie d'amitié avec Jean Grenier, Henri Petit, André Chamson. Celui-ci le présente à Daniel Halévy qui dirige une collection chez Grasset. Guilloux écrit depuis toujours. Il achève et fait lire à Halévy La Maison du peuple , qui paraîtra en 1927. Le livre va bouleverser Guéhenno. Liés par une même origine, les deux écrivains seront amis. Chez Halévy, Guilloux fait la connaissance d'André Malraux et une amitié va naître qui durera jusqu'à la mort de ce dernier. Sans accepter jamais la discipline d'un parti, Guilloux a toujours eu une vive conscience politique. La montée du fascisme va le conduire à plusieurs engagements : il est secrétaire du premier Congrès mondial des Écrivains anti-fascistes, en 1935, puis responsable du Secours populaire français, organisé pour venir en aide aux réfugiés qui vont bientôt affluer de l'Espagne déchirée par la guerre civile. Cependant, il achève son chef-d'oeuvre, Le Sang noir , qui paraît en 1935. Lié à Gide, il est invité par celui-ci à l'accompagner, lors de son voyage en U.R.S.S. (1936). Guilloux visite Leningrad, Moscou, Tiflis. A son retour, il se voit confier la direction de la page littéraire du journal Ce Soir, de tendance communiste. Quand paraît le Retour d'U.R.S.S. de Gide, on exige de lui une dénonciation critique à laquelle il se refuse. Il se voit contraint de démissionner. Il collabore à la direction littéraire de la Radio, à Paris d'abord, à Rennes ensuite, et fait des conférences. L'aide aux réfugiés espagnols mobilise toute son énergie : il se bat contre le mauvais vouloir des autorités, l'indifférence du public. La guerre l'oblige à regagner la Bretagne, Saint-Brieuc, où il achève Le Pain des rêves , qui paraît en 1942. De même qu'il a refusé l'engagement dans un parti politique, Guilloux ne s'engagera pas dans la Résistance, mais il l'aidera de mille manières et sera à plusieurs reprises inquiété par les autorités. Il entreprend son second chef-d'oeuvre, Le Jeu de patience , qui ne paraîtra qu'en 1949. A la Libération, Guilloux sera interprète auprès des troupes américaines. Il racontera cette expérience, trente ans plus tard, dans OK Joe, paru en 1976. De retour à Paris, Louis Guilloux poursuit son oeuvre, achève et publie Le Jeu de patience qui sera couronné par le Prix Théophraste Renaudot. Il voyage, en Égypte, en Yougoslavie, et fait nombre de conférences. Il accepte une mission pour le Haut Commissariat international des Réfugiés et procède à une enquête sur la situation des personnes déplacées, parquées dans des camps, en Allemagne, en Italie, en Grèce (1961). Cependant, son oeuvre se poursuit par la publication de Absent de Paris (1952), Parpagnacco (1954), Les Batailles perdues (1960). Guilloux a trouvé en Albert Camus un ami qu'il aime comme un frère. Sa mort l'affecte profondément. Il fait des adaptations pour la télévi sion : récits de Conrad et, surtout, Les Thibault de Roger Martin du Gard. La Confrontation, en 1968, OK Joe, en 1976, Coco perdu et Carnets, en 1978, démontrent la vitalité, la richesse de ce talent et assurent sa présence. Le Sang noir a été porté à la scène avec grand succès, sous le titre de Cripure. L'oeuvre de Guilloux, traduite en une quinzaine de langues, a été couronnée par le Grand Prix national des Lettres, le Grand Prix du Roman de l'Académie française, le Grand Aigle d'Or du Festival de Nice. Dès ses premiers livres — Compagnons , La Maison du peuple — Guilloux est profondément engagé et restera fidèle à cet engagement. Mais celui-ci est complexe et demande à être compris. Il s'agit bien d'un témoignage qui s'efforce, de livre en livre, de dire une même vérité. Séduit par le fantastique, attentif au rêve (Parpagnacco), cet écrivain se méfie pourtant de son imagination. N'est-elle pas une manière de mensonge ? Il se veut simple, dépouillé. La pudeur lui est d'autant plus necessaire que la vérité qu'il lui faut montrer est douloureuse, souvent atroce, toujours bouleversante. C'est qu'il s'agit du mal qui rôde parmi les hommes; non pas le diable, haut en couleurs, mais ce mal concret, quotidien, que les hommes se font les uns aux autres par cupidité, indifférence ou imbécillité. Des humiliés et offensés, Guilloux sera le chantre, l'apôtre, le prophète et son oeuvre et sa vie ressemblent à un sacerdoce. Le milieu qu'il décrit est celui des victimes d'une société injuste, cruelle et qui condamne à la misère ceux qui refusent sa loi d'airain. Il dit leur espoir, leur lutte, leurs victoires sans lendemain et leurs batailles perdues. Ce peuple est porteur d'une vérité qui le dépasse et qu'il manifeste. L'urgence de son besoin, l'immédiateté de son désir le rendent fidèle au concret de la vie. Mieux, il l'exprime et c'est en lui qu'on le peut saisir. Quand, dans Le Sang noir, Cripure lève son verre « A la santé des hommes vivants», ceux qu'il salue ainsi se distinguent au premier chef par une vertu morale où se retrouvent, comme dans toute cette oeuvre, l'idéal socialiste d'organisation et de justice et l'idéal chrétien de charité, de dépassement, de spiritualité. Mais la simplicité nécessaire de l'existence de « ces hommes vivants » les ouvre aussi à la vérité des choses et à leur vie silencieuse. Le style de Guilloux est issu de cette matière, de cette pâte humaine qu'il a choisie ou qui l'a choisi. Sa poétique peut se résumer dans le terme de « montrer ». Montrer, et non pas expliquer, juger, commenter : décrire. La nature douloureuse, souvent à la limite du supportable, de ce qu'il y a à montrer, exige une extrême pudeur. Chuchotements, murmures, allusions vont peupler ces livres qui traitent des grands moments de l'Histoire contemporaine. Ce qui est dit est là pour désigner tout ce que l'on ne dit pas, et choisi de telle sorte qu'il en fait deviner l'étendue et la profondeur. Est-ce un hasard si le sport pratiqué par le jeune Guilloux est le fleuret ? Son style est celui de l'escrimeur : à peine touché la cible, il faut rompre aussitôt. Ces saisies, ces ruptures exigent de l'écrivain un grand art de narrateur, afin que ces éclairs de vérité soient noués dans le majestueux ensemble des grands romans. Guilloux est un narrateur consommé dont le propos labyrinthique conduit sûrement le lecteur à ces rendez-vous où la trame se déchire pour révéler un instant le mal et le bien qui s'affrontent ici-bas au sein des couples, des familles, des luttes sociales, des guerres. De cet art de la narration, de la science du temps qu'il suppose, Le Jeu de patience constitue le meilleur exemple. Mais c'est sans doute Le Sang noir, et surtout son personnage central, Merlin dit Cripure, qui résume le mieux toute la portée de 1 oeuvre et illustre son projet. On a justement comparé ce professeur de philosophie, révolté contre toutes les bassesses de ce monde, à un Don Quichotte des temps modernes. Mais, parce que aussi mal armé que le fut le chevalier à la triste figure, les moulins qu'il combat n'ont que trop de réalité, Cripure campe pour l'époque l'image d'un saint laïque destiné à lui survivre et à témoigner contre son injustice, mais aussi en faveur de son espoir. ? « L'éternelle rancune contre le réel. » André Malraux. ? « J'affirme que Cripure est nécessaire à la pleine compréhension de l'homme de ce temps-ci.. J'affirme que Cripure est une arme pour l'homme de demain contre l'homme d'hier... » Louis Aragon. ? « J'admire et j'aime l'oeuvre de Louis Guilloux, qui ne flatte ni ne méprise le peuple dont il parle et qui lui restitue la seule grandeur qu'on ne puisse lui arracher, celle de la vérité. Ce grand écrivain, parce qu'il a fait ses classes à l'école de la nécessité, a appris à juger sans embarras ce qu'est un homme. » Albert Camus.