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Guillaume Tell (début xive siècle ?) ; héros légendaire de l'indépendance suisse

Guillaume Tell (début xive siècle ?) ; héros légendaire de l'indépendance suisse. De la première mention conservée (une ballade du milieu du xve siècle) aux œuvres de Schiller (1804) et Rossini (1829), la légende de G. s'enrichit à chaque siècle de multiples éléments. Elle est pour la première fois mise en forme par le chroniqueur Gilles (Ægidius) Tschudi, de Glaris, au milieu du XVIe siècle : le 18 novembre 1307, G., habitant d'Uri, ne se serait pas découvert devant le chapeau représentant symboliquement la personne du roi Albert Ier de Habsbourg. Le bailli de ce dernier, le cruel Gessner, l'aurait alors contraint, pour avoir la vie sauve, à viser la pomme placée sur la tête de l'un de ses fils. Plus tard, Gessner, aurait tenté de le noyer ; mais G., échappé à la faveur d'une tempête, l'aurait ensuite tué dans une embuscade. Le récit est d'autant plus habilement structuré qu'il se relie à un ensemble de légendes, dont tous les protagonistes sont d'honnêtes habitants confrontés à l'arbitraire des représentants locaux du Habsbourg (par exemple Conrad de Baumgarten, assassin d'un châtelain du Nidwald), et à la trame, lâchement rappelée, de la difficile mainmise des Habsbourg sur des territoires de montagne. Tout commence lorsqu'en novembre 1264 meurt Hartmann, comte de Kybourg, avoué de Zurich et Glaris, seigneur de la Thurgovie et héritier d'une large partie des terres des Zähringen. Rodolphe de Habsbourg se saisit de la succession, mais lui-même comme son fils Albert doivent ménager les cantons forestiers (Waldstetten), ensemble de communautés qui, le 1er août 1291, jurent de s'entraider pour faire respecter la « paix territoriale » (Landfried) : ce « serment des trois Suisses » (Uri, Schwyz et Nidwald, la vallée inférieure d'Unterwald), dont le texte est conservé, n'est pas une conjuration contre les Habsbourg (Rodolphe vient de mourir, le 15 juill.) mais incite ses successeurs à respecter les libertés traditionnelles de ces terres montagnardes et à user de prudence, une prudence que n'a pas eue le Gessner de la légende. La rébellion, purement individuelle, de G. et la rencontre, sans doute autant légendaire, de la prairie de Grütli (nov. 1307) où l'on décide de saisir les châteaux du Habsbourg, s'insèrent dans une période de troubles, précédant de peu la mort d'Albert (1er mai 1308). On rentre définitivement dans l'histoire en 1315 quand le pacte de Brunnen resserre l'union des trois cantons et que le duc Léopold est écrasé à Morgarten (15 nov. 1315) après avoir attaqué Uri pour défendre les terres du monastère d'Einsie-deln. Toute l'histoire ultérieure de la Suisse est dans l'agrégation progressive de nouveaux territoires à l'alliance primitive. Bibliographie : J.-F. Bergier, Guillaume Tell, 1988.

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