
GUÉRIN Georges Maurice de. Poète français. Né et mort au Cayla, près d'Albi, (4 août 1810-17 juillet 1839). Descendant d'une famille noble et pauvre, ardemment royaliste et catholique, il passe une enfance rêveuse, imaginative, comblée de toutes les émotions discrètes et profondes de la province et de la nature, très religieuse aussi, ce qui le fait destiner dès lors à l'état ecclésiastique. Après avoir commencé ses études au petit séminaire de Toulouse, il entre au collège Stanislas de Paris, où il rencontre Barbey d'Aurevilly et où il commence à entretenir avec sa soeur, Eugénie, une correspondance passionnée, qui allait continuer, ininterrompue, jusqu'à sa mort. En 1831, retourné dans sa famille pendant les vacances, il s'éprend d'une jeune fille, hésite sur sa destinée, renonce bientôt à la vie religieuse, sent un besoin de repos et de retraite et va l'assouvir à La Chesnaie, en Bretagne, parmi les disciples de l'abbé de Lamennais. Mais La Chesnaie, où il arrive au début de l'hiver 1832, était alors agité de fièvres, de rancunes, de haines : Lamennais, qui venait d'encourir une première condamnation du Saint-Siège, était absorbé dans ses projets d'Eglise nouvelle, il évoluait vers l'apostasie complète et se soucia assez peu de l'âme de ce jeune homme inconnu. Ce séjour marque pourtant dans la vie de Maurice de Guérin une coupure décisive : c'est alors qu'il s'émancipe à peu près complètement de la foi et, dans un déchirement entre l'éducation chrétienne et l'exaltation romantique qui l'entraîne à un culte païen de la nature, son génie poétique s'éveille au contact de la Bretagne. Maurice y passe encore quelques mois chez des amis, après avoir quitté La Chesnaie en septembre 1833, puis en 1834 il part pour Paris, fait un peu de journalisme et obtient une classe provisoire au collège Stanislas. Il se produit alors une transformation radicale de son caractère : Maurice de Guérin retrouve le dandy Barbey d'Aurevilly, il devient lui-même un jeune homme à la mode, mondain, élégant, léger et amoureux, brillant causeur. C'est pourtant à cette époque qu'il écrit son Centaure et sa Bacchante , qui ne sera publiée qu'en 1861. Ce n'était, à ses yeux, qu'un début. Mais, quelques mois après son mariage avec une jolie Indienne de Calcutta, la phtisie dont il était atteint fit soudain d'effrayants progrès. Ramené au Cayla par sa soeur, réconcilié avec la foi chrétienne, Maurice de Guérin allait mourir dans sa famille, pendant l'été 1839. Il n'avait rien publié de son vivant. Mais sa soeur allait se vouer entièrement à sa mémoire, aidée de Barbey d'Aurevilly qui fit paraître les Reliquiae de Maurice en 1860. Vingt ans plus tôt, George Sand avait déjà révélé Maurice de Guérin en présentant le Centaure aux lecteurs de la Revue des Deux Mondes . L'oeuvre qu'il a laissée reste exceptionnelle, unique dans notre littérature : on ne voit pas à Guérin de sources, ni d'influence. Elle est née absolument de son drame intérieur qui fut le conflit, dans une nature incontestablement mystique, entre une formation, un héritage moral catholiques et un génie littéraire qui était tout à l'opposé du catholicisme. Avec Nerval, et plus radicalement que Nerval, il se tient en marge du romantisme français, peut-être parce qu'ils sont les seuls, en France, à avoir fait du romantisme une véritable révolution spirituelle qui, à chacun d'eux, a coûté la vie. ? «C'était une de ces âmes froissées par la réalité commune, tendrement éprises du beau et du vrai, douloureusement indignées contre leur propre insuffisance à le découvrir, vouées en un mot à ces mystérieuses souffrances dont René, Obermann et Werther offrent sous des faces différentes le résumé poétique. » George Sand. ? « Maurice de Guérin est un panthéiste; mais un panthéiste d'un accent jusqu'à lui inconnu. C'est un panthéiste qui, pour être profond et puissant, n'est ni trouble, ni confus, comme tous les esprits qui inclinent au panthéisme... C'est un panthéiste; mais dans la netteté et dans la lumière. » J. Barbey d'Aurevilly.