GUÉHENNO Jean. Écrivain français
GUÉHENNO Jean. Écrivain français. Né à Fougères (Ile-et-Vilaine) le 25 mars 1890, mort à Paris le 23 septembre 1978. On l'a parfois appelé « le fils du cordonnier de Fougères » comme Péguy était celui « de la rempailleuse de chaises d'Orléans». Mais parler de cordonnier fait penser à l'artisanat, alors que c'est d'une condition ouvrière misérable que nous a entretenus Guéhenno dans plusieurs de ses livres, notamment dans Changer la vie (1961). Qu'est-ce que la vraie misère ? La peur d'avoir faim. Les parents de Guéhenno réussirent pourtant à envoyer leur fils au collège, jusqu'à sa quatorzième année. Il rata l'examen des Bourses, mais ne se découragea pas. Devenu petit employé, il décida de préparer tout seul son baccalauréat. Il n'avait guère plus de quinze ans quand éclata la grève des ouvriers de la chaussure. Il en fut vivement impressionné et se demanda si se plonger dans les livres n'était pas trahir ceux qui luttaient pour une vie simplement acceptable. Il a parlé d'un véritable déchirement. Il choisit finalement de continuer ses études. C'est après son baccalauréat qu'il obtint une bourse au lycée de Rennes et put préparer Normale où il fut reçu. Une brillante carrière universitaire commençait. Elle allait être rapidement interrompue par la guerre. Cinquante ans après, Guéhenno publierait La Mort des autres et n'hésiterait pas à dire : « Il est clair désormais depuis longtemps que nos camarades ne sont morts que parce que l'Histoire est souvent bête et criminelle, et ce cinquantenaire ne peut être que la commémoration de la sottise et du crime. » Fidélité au petit peuple dont il est sorti et fidélité aux camarades morts à la guerre sont partout présentes dans l'oeuvre et la vie de Guéhenno. Elles expliquent ses engagements politiques dans l'entre-deux-guerres et son travail à la revue Europe . Grand universitaire, Jean Guéhenno s'interrogeait dès la fin des années vingt sur la valeur des humanités : ne s'agissait-il pas en effet de bienfaits destinés à quelques-uns ? Mais le problème de l'éducation, répondait-il, n'est pas le même que celui de la culture en soi. La culture ne peut être l'apanage d'un groupe d'hommes : elle est une force éternellement révolutionnaire. Il se plaçait dans la descendance de Michelet auquel il a rendu un bel hommage dans son premier livre : L'Evangile éternel (1927), que suivit Caliban parle (1928). Il n'a jamais renié les hautes valeurs du passé et a vécu entouré d'écrivains classiques. On lui doit notamment une grande biographie de Rousseau : Jean-Jacques (1948-1950). Mais son engagement dans le siècle est attesté par les livres tels que Journal d'un homme de quarante ans (1934), Journal des années noires, (1940-1944) (1946), Sur le chemin des hommes (1959), Ce que je crois (1964). Il termina sa carrière universitaire comme inspecteur général de l'Education nationale et fut élu à l'Académie Française en 1962.