GREENE Graham. Romancier anglais
GREENE Graham. Romancier anglais. Né à Berkhamstead le 2 octobre 1904, il fit ses études à l'école de sa ville natale, que son père dirigeait, puis les compléta à Oxford. Il entra au Times en 1926 et ne le quitta qu'en 1940 pour accomplir différentes missions dont le chargea le « Foreign Office ». En fait, même si l'on essaie d'éclairer cette énigme par la lecture du fragment d'autobiographie intitulé Une sorte de vie [A Sort of life, 1971], on ne sait pas grand-chose de l'expérience de la vie de cet écrivain. Tout chez lui se réfléchit et en même temps se métamorphose. Un « homme d'action », certes, mais un habitant de l'imaginaire. De plus, la carte de l'imaginaire qu'il propose est celle d'un désespoir où tous tous les gages de l'action se dissipent bientôt. Deux livres peuvent nous initier a ce qu'il n'est pas excessif d'appeler le monde Graham Greene : Le Rocher de Brighton (1938) et L'Agent secret (1939). L'un et l'autre datent d'avant la guerre, et sont donc antérieurs à toute mission dangereuse entreprise pour le « Foreign Office». Le premier se présente dès l'abord comme l'un des récits les plus paradoxaux et des plus répulsifs qui soient puisqu'il a pour héros un délinquant de dix-sept ans qui s'acharne à bafouer à la fois toutes les conventions sociales (le respect du bien d'autrui, par exemple) et l'amour même. Pour ce voyou, rien d'autre à espérer que le salut. L'auteur, quant à lui, espère montrer que le bien et le mal sont les seules valeurs vraies; ce qui se fait et ce qui ne se fait pas n'étant que des données très secondaires. Le plus surprenant, c'est que le lecteur, lui, est emporte par ce conte mené avec souplesse et promptitude. Mais le voici prévenu : il ne s'agira pas, dans l'oeuvre de Greene, de se pâmer sur les nourritures terrestres, ni de croire à la récompense inscrite dans les réalisations de chacun. Sur ce dernier point, Greene répudie l'éthique protestante : en fait, il écrit en homme converti au catholicisme en 1927, et qui en a choisi l'orientation extrême (A cet égard, on a vu en Greene un cousin éloigné de Mauriac, mais la lecture comparée des deux auteurs ferait apparaître sans doute plus de divergences que de convergences). Le livre de 1939, L'Agent secret, est inspiré par la guerre d'Espagne. C'est l'histoire d'un nomme venu en Angleterre se procurer du charbon pour le camp républicain. Il échouera puisque l'échec est la clé de ces aventures (il échoue aussi en amour : sa maîtresse est assassinée). Aussi ce roman d'espionnage avec enlèvement, coups de feu, meurtres ne dessine guère que les figures du désespoir. Ne cherchons pas son sens dans les événements : il est ailleurs, qu'on le nomme X ou Dieu. Le roman fut écrit en six semaines. Cet exploit expliquerait à lui seul la fécondité d'un auteur qui déclare se situer dans la tradition narrative de John Buchan (1875-1940), un maître du roman d'aventures sur fond d'intrigues internationales, ou, pour mieux dire : d'espionnage. Graham Greene est assez prolifique pour que l'on puisse faire deux parts de ses fictions : les « divertissements » (auxquels appartiennent les deux titres qui viennent d'être évoqués) et les romans proprement dits. Le plus célèbre et peut-être le plus significatif de ses romans, La Puissance et la Gloire (1940), est né d'un séjour de l'auteur au Mexique, au cours de l'hiver 1937-1938. Il a déclaré y avoir apporté plus de lui-même que dans ses autres livres, et c'est à lui qu'il dut sa haute réputation internationale. Néanmoins, si l'on met entre parenthèses la longueur du récit et l'ampleur des harmoniques, cette histoire des mésaventures tragiques d'un prêtre indigne et pourtant le porte-parole du Christ ne diffère fondamentalement en rien des oeuvres moins développées. On pourrait même avancer que la substance en est déjà tout entière dans les deux « divertissements » antérieurs, celui qui nous présente un voyou croyant au mal car il est dans l'incapacité de souscrire aux conventions et celui où aucune lumière n'éclaire les chemins sauvages d'un agent de la République espagnole. Alors, quel est ici le principe de renouvellement ? D'abord le décor. Greene a beaucoup voyagé, la curiosité naturelle à l'écrivain professionnel étant vite devenue la principale raison de ses voyages. Un Américain bien tranquille (1955) résulte de séjours en Malaisie et en Indochine; Le Fond du problème (1948), des mois passés pour le compte du « Foreign Office » au Nigeria; Mère Angleterre (1935) raconte des mésaventures suédoises; Orient Express (1932) proclame son itinéraire; La Saison des pluies (1960) donne vie au Congo; Les Comédiens (1966) explore Haïti. A vrai dire, la plupart des récits de Graham Greene offrent la même vertu première de dépaysement, comme le montrent encore le roman Tueur à gages (1936), la longue nouvelle du Troisième homme (1950) ou les quatre nouvelles du recueil Le Sentiment du réel (1963). Ces quatre nouvelles ont aussi le mérite de montrer que dans cette oeuvre il n'y a pas que le décor qui bouge. En réalité, les éclairages individuels changent, la technique s'enrichit (parfois dans la proximité de Conrad), des suggestions apparaissent auxquelles l'auteur ne s'attarde pas (sur la vie sexuelle, par exemple). Les écrits de Greene sont difficiles à explorer à cause d'une luxuriance oblique, et de leur abondante diversité naturelle. Le seul résumé de ces fictions nécessiterait des pages, depuis celles de ses débuts en avril 1925, Avril babillard aux plus tardives, et il faudrait aussi faire place aux Dix-neuf histoires [1949], où figure le récit adapté au cinéma par Carol Reed sous le titre Première Désillusion. Outre le scénario tiré du Troisième Homme, Graham Greene a transposé au cinéma Le Rocher de Brighton et Notre Agent à la Havane [ I960]. Avant-guerre, il fut en effet le critique de cinéma attitré du Spectator (ses articles furent recueillis sous le titre The Pleasure Dome). On lui doit encore quatre pièces de théâtre, quatre contes pour enfants, un recueil d'essais critiques [1969] et des livres de voyage, dont l'un, Routes sans lois (1939), est le fruit du séjour au Mexique qui inspira également à Graham Greene La Puissance et la Gloire.