Databac

GOLDONI Carlo. Auteur dramatique italien

GOLDONI Carlo. Auteur dramatique italien. Né le 25 février 1707 à Venise, de Giulio Goldoni et de Margherita Salvioni, mort à Paris le 6 février 1793. Après trois ans d'études à Pérouse, il s'initia à la philosophie (1720) chez les dominicains de Rimini, mais une troupe de comédiens venus jouer dans cette ville l'attira plus que les leçons de logique du Père Candini, et il lui arriva de s'échapper, grâce à la barque des religieux, qui reliait directement Rimini à Chioggia, où résidait sa mère. Il y retrouva son père, et ce dernier, qui exerçait la médecine, tenta de lui en donner le goût en l'emmenant avec lui dans ses visites aux malades. Ce fut en vain; le seul résultat de ces démarches fut d'engager le jeune homme dans une aventure assez scabreuse dont il se tira à temps. Le médecin décida alors d'orienter différemment les études de son fils. En 1728, Carlo prit la tonsure et fit son droit au collège Ghisleri de Pavie. Il y demeura au moins trois ans, partageant son temps entre l'étude et le plaisir, jusqu'au jour où, une cabale ayant été montée contre lui par quelques étudiants, il fut expulsé et embarqué en direction de Chioggia. Dans cette ville, puis à Feltre, il mit à profit ses connaissances juridiques comme adjoint au coadjuteur du chancelier aux affaires criminelles, sans toutefois renoncer aux distractions de son âge. Après la mort de son père (1731), Goldoni, ayant soutenu à Padoue sa thèse de doctorat, commença de professer à Venise. Déjà lui souriait le succès lorsqu'une nouvelle aventure sentimentale, plus délicate que les précédentes, l'obligea de quitter la ville. Goldoni se rendit à Milan, emportant avec lui le manuscrit de l'Amalasunta, une tragédie lyrique qu'il allait bientôt livrer aux flammes. En revanche, son Bélisaire, représenté le 24 novembre 1734 à Venise, connut un grand succès. La pièce était jouée par la compagnie Imer dont Goldoni devint sans tarder le poète officiel. Les années suivantes ne furent qu'un prélude dont quelques épisodes seulement méritent d'être retenus parce qu'ils contenaient en germe cette sorte de vision comique si particulière à son talent. Suivant la troupe dans un de ses voyages à Gênes, il y épousa Nicoletta Conio, fille d'un notaire, qui fut l'affectueuse compagne de sa longue vie. Dans la période qui suivit son mariage, il s'éloigna progressivement de la Commedia dell'Arte, d'abord avec discrétion dans Momolo, homme accompli [1739], puis d'une façon éclatante dans la Brave femme [Donna di garbo] dont il donna lecture aux comédiens en 1743. Une série de déboires, cependant, l'empêchèrent de quitter Venise. Durant les cinq années qui suivirent, Goldoni erra avec sa femme en Romagne et en Toscane. Puis il exerça avec succès, pendant trois ans, au barreau, sans que les pandectes lui fissent oublier la muse, si bien qu'en 1748, à force de plaider pour la troupe Medebac, il en devint le poète attitré. Dès lors, pour Goldoni s'achevait la période d'initiation. Les quatorze années suivantes (cinq au théâtre San Angelo, avec Medebac, et neuf à San Luca, avec Vendra-min) furent décisives. De la première période datent, parmi beaucoup d'autres comédies, La Veuve rusée (1748), La Famille de l'antiquaire ou La belle-mère et la belle-fille (1749). Il donna ensuite, par défi, seize pièces en une seule année (1750), notamment Le Café, Le Menteur, Les Caquets des femmes, puis Les Femmes jalouses (1752), La Locandiera (1753), et Les Curieuses . Ses débuts à San Luca ne furent pas heureux, pour cette raison surtout qu'afin de complaire au public, attiré par les comédies de l'abbé Chiari, son rival, il dut sacrifier au genre romanesque. Goldoni, pour autant, ne négligeait pas son théâtre de caractère. Chaque annee, en effet, il donnait une de ces comédies dans le goût vénitien populaire, appelées par lui taber-narie, comme le Massere, les Dames de Casa soa, le Campiello . A San Luca, dans les derniers temps, le poète vit surgir un autre rival, plus intelligent et plus dangereux que Chiari, Carlo Gozzi. Ce fut entre eux une guerre à mort et, comme Gozzi ne daignait même pas épargner Chiari, celui-ci fit alliance avec son ancien adversaire. Mais la meilleure réponse était celle du génie. Les dernières années à San Luca furent particulièrement fécondes. Citons : Les Amoureux (1759), Les Rustres (1760), La Folie de la villégiature (1761), Todero brontolon (1762) et Les Querelles de Chioggia (1762). Cependant, dès le mois d'août 1761, Goldoni avait reçu de la Comédie italienne de Paris une invitation à se rendre dans cette ville pour y occuper un emploi pendant deux ans. N'étant point parvenu à se faire, dans sa patrie, la situation à laquelle il prétendait, l'écrivain, à contrecoeur, donna son acceptation. Avant son départ, toutefois, il fit ses adieux à Venise avec la comédie allégorique Une des dernières soirées du Carnaval, et le public, saisissant l'allusion, lui exprima son remords en criant : « Reviens vite. » Mais Goldoni ne devait plus revenir. Le 22 avril 1762, accompagné de sa femme, de son fils et de son frère, il partit pour Paris. Une déception l'y attendait. A la Comédie italienne il ne donna que des scénarios, et de nouveau, dut se plier à une forme de théâtre qu'il avait entièrement dépassée. Mentionnons seulement Camille et Arlequin [Camilla e Arlecchino], devenue plus tard Les Amours de Zelinda et de Lindoro et L'Eventail, que l'auteur remania avant de le destiner à San Luca. Les deux ans écoulés, Goldoni demeura à Paris, ayant été nommé professeur d'italien des filles de Louis XV. Établi à Versailles, il fut attaché à la cour, mais une série de deuils ayant frappé la famille royale, les études d italien passèrent au second plan, ce qui d'ailleurs, n'empêcha pas le professeur de toucher son traitement. Il quitta Versailles pour Paris et, se livrant à son inspiration favorite, écrivit en français Le Bourru bienfaisant. C'était la dernière comédie (1771) vraiment digne de son nom, et L'Avare fastueux, donné en 1773, ne fut qu'un assez faible écho de ses réussites précédentes. En 1776, le poète fut appelé de nouveau à Versailles pour enseigner l'italien aux soeurs de Louis XVI, mais dès la fin de l'année, craignant de ne pas s'adapter à l'air de la cour, il obtint que sa charge fût transférée à son neveu, et s'installa définitivement à Paris. Des treize dernières années qu'il y vécut on a peu de chose à dire. De 1784 à 1787, il composa ses Mémoires, sa dernière comédie, pourrait-on dire : la comédie de sa vie. Paris lui plaisait de plus en plus, mais l'Italie était toujours dans son coeur. On eût dit que, de loin, il découvrait en elle des beautés toujours plus grandes, et jamais il ne laissait passer l'occasion de faire valoir les ouvrages marquants de la littérature italienne. Ses Mémoires terminés, Goldoni vécut encore six années lourdes d'événements, au milieu desquels cet homme peu habitué aux remous de la politique devait se sentir un peu perdu. A cela s'ajoutaient une santé précaire et la gêne, lorsque le nouveau gouvernement l'eut privé de sa pension. Il mourut en sa modeste maison de la rue Saint-Sauveur. Or le lendemain, Marie-Joseph Chénier, ignorant la triste nouvelle, obtenait que sa pension lui fût restituée. Si l'on voulait découvrir le trait fondamental et révélateur de l'âme de Goldoni, ce serait, semble-t-il, une tendance à s'accommoder des obstacles que l'existence nous oppose. Sans doute serait-on tenté d'appliquer à un tel caractère l'étiquette commode de l'optimisme. Mais alors, ce qu'il y a d'essentiel en Goldoni nous échapperait. Cet homme que ne décourageait point l'adversité se montrait, au sein du bonheur, accessible à l'inquiétude. En pleine euphorie, une crise mystique pouvait le surprendre. L'autre aspect de Goldoni, cependant, ne laisse pas de se manifester, et telle est sa double nature que, s'il acquitte, c'est, au fond, pour condamner. Il absout, en effet, la nature humaine de ses fautes, pour ne condamner que l'erreur, et autant la faute est superficielle, autant l'erreur est profonde : il a soin de n'en épargner aucune. Mais il ne lui suffit pas d'avoir fondé son oeuvre sur cette impitoyable domination de l'erreur, il tient à montrer, en outre, qu'il ne la croit guère curable. Sans doute, dans un moment de crise, peut-il arriver que le personnage se voie tel qu'il est, mais sa clairvoyance sera de courte durée. Et si, d'aventure, il nous fait assister à quelque très rare conversion, le poète aussitôt nous fait comprendre qu'il est le premier à ne pas y croire. Pour cette dénonciation courageuse — en plein siècle du rationalisme — de nos caprices, de nos déraisons et, pour nous avoir dit, en somme, la vérité sans voile, Goldoni est vraiment immortel. ? «Je n'ai jamais sacrifié une comédie qui aurait pu être bonne à un préjugé qui aurait pu la rendre mauvaise. » Goldoni, sur lui-méme. ? « En tous pays on se pique / De molester les talents; / Goldoni voit maint critique / Combattre ses partisans. / On ne savait à quel titre / On doit juger ses écrits; / Dans ce procès on a pris / La nature pour arbitre. / Aux critiques, aux rivaux, / La nature a dit sans feinte . « Tout auteur a ses défauts, / Mais ce Goldoni m'a peinte. » Voltaire. ? « Goldoni réussit à épurer la comédie italienne et il obtint même de si grands succès qu'il se vit presque exclusivement en possession de la scène. On ne peut lui refuser une grande intelligence du théâtre; mais il n'a point cette profondeur dans l'art de caractériser, ni cette richesse d'invention qui seules peuvent maintenir la réputation d'un auteur. Ses peintures de moeurs ont de la vérité, mais elles ne sortent point de la région des habi tudes journalières, et il prend toujours la vie à la superficie. » W. Schlegel. ? « Un artiste né. » De Sanctis. ? « Inférieur à Molière pour l'observation psychologique, parce que moins intelligent, et se mouvant dans un champ d'expériences moins étendu, Goldoni tient tout entier dans cette facilité qu 'il avait d'avoir une vision joyeuse des hommes... » Benedetto Croce. ? « Carlo Goldoni ne fut ni un révolutionnaire, ni un penseur d'envergure. C'était un brave homme, doux et sceptique, incapable de comprendre vraiment les tendances qui se faisaient jour en Europe à la fin du XVIIIe siècle. Le mouvement scientifique et philosophique de l'illuminisme eut sur lui une influence pour ainsi dire inconsciente, naturelle. Le bon sens ! Voilà l'élément fondamental de l'art de Carlo Goldoni. » Maria Brandon-Albini.

Liens utiles