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Godoy, Manuel Domingo Francisco (Badajoz 1767-Paris 1851); favori et principal ministre du roi d'Espagne Charles IV.

Godoy, Manuel Domingo Francisco (Badajoz 1767-Paris 1851); favori et principal ministre du roi d'Espagne Charles IV. Né le 12 mai 1767, G. appartient à une famille noble mais pauvre. Son père, don José Godoy, avait été colonel de la milice de sa ville, et sa mère était d'origine portugaise. Après une éducation assez soignée, G. est envoyé à la cour de Charles III où il sert comme garde du corps. La princesse des Asturies, Marie-Louise, toujours à la recherche de beaux hommes, le remarque et en fait son amant. Malgré la surveillance étroite à laquelle elle est soumise par le pieux Charles III, Marie-Louise réussit à couvrir sa liaison et à imposer G. à son faible mari. Quand celui-ci devient roi (1788) sous le nom de Charles IV, il songe plus à la chasse qu'à l'exercice de son métier de souverain, et, poussé par la reine, il confie à G. des pouvoirs de plus en plus étendus. G. devient successivement duc de l'Alcudia, Premier secrétaire d'État, Premier ministre, grand d'Espagne, capitaine général. Gorgé de richesses, G. partage sa vie entre les affaires d'État et des intrigues d'alcôve. Mais la guerre éclate avec la Révolution française (en mars 1793) et démontre les faiblesses de l'Espagne. Dès le printemps 1795, G. fait des approches en vue de la paix qui est signée à Bâle (22 juill. 1795). Il reçoit alors le titre de prince de la Paix, pousse Charles IV à s'allier avec la France (traité de Saint-Ildefonse, 18 août 1796). C'est alors l'apogée de la carrière de G., qui épouse la propre nièce du roi, Marie-Thérèse de Chin-chon, fille d'un mariage morganatique de l'infant don Luis. Mais, en 1798, la position de G. est doublement affaiblie. Le gouvernement français lui reproche de mener trop mollement la lutte contre l'Angleterre, de protéger les émigrés, de se montrer complaisant à l'égard du Portugal, allié de l'Angleterre. Par ailleurs, ses adversaires dénoncent à la reine ses nombreuses intrigues amoureuses. G. préfère alors devancer une disgrâce éventuelle et démissionne en mars 1798. Mais la reine lui est toujours favorable et le rappelle au pouvoir en 1801. G. signe alors avec Lucien Bonaparte le traité de Badajoz qui prévoit le partage du Portugal entre la France et l'Espagne. Mais l'invasion du Portugal par les troupes françaises qui traversent l'Espagne (1807) déjoue ses espoirs. À la cour, Ferdinand, prince des Asturies mène contre G. une résistance sourde. Accusé d'intelligence avec l'étranger, Ferdinand est arrêté et enfermé à l'Escorial. Alors éclate (mars 1808) la révolution d'Aranjuez. Le peuple se soulève contre le favori, le surprend dans son hôtel, qui est livré au pillage, et seule l'intervention de Ferdinand, acclamé sous le nom de Ferdinand VII, le sauve du massacre, mais il est incarcéré. L'action de Murat (avr. 1808) oblige Ferdinand à libérer G. Après l'entrevue de Bayonne, les souverains déchus, Charles IV et Marie-Louise, retrouvent leur « cher Manuel » d'abord à Marseille, puis (juill. 1812) à Rome. Après la mort de Marie-Louise (1819), G., abandonné par tous, mène une vie misérable. Installé à Paris en 1832, il y meurt dans l'oubli en 1851. Son principal mérite fut sans doute d'avoir protégé Goya, qu'il avait fait nommer premier peintre de la cour. Bibliographie : J. Chastenet, Manuel Godoy et l'Espagne de Goya, 1961.

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