gnose
gnose, gnosticisme, connaissance absolue qui enveloppe tout. Ce savoir, en soi, explique la divinité et la création, c’est-à-dire l’univers et l’homme par la théorie de l'émanationnisme. Cette science est généralement réservée à certains initiés de différentes religions; elle est ésotérique. Lorsqu’elle est comprise par intuition plus que par raisonnement, elle conduit à une illumination salutaire. Seule cette gnose, cette connaissance peut sauver l’homme de la déchéance de la matière — principe du Mal — car le mal est cosmique. Le gnoticisme, qui méprisait la matière, n’attachait de ce fait aucune importance au péché. On a voulu faire de la gnose une science secrète, une science eschatologique. C’est la clé du système, car, en apparence, le gnosticisme est pessimiste, mais la connaissance doit atteindre Dieu, un Dieu caché; pour accéder à cette connaissance, qui est un don de Dieu, il faut la grâce, qui ne peut être obtenue que par la prière. Donc l’élu doit se soucier de son salut non par les œuvres, mais par la science qu’il devra révéler aux hommes, d’où le rôle de la prédication, qui ne peut rester dans un petit cercle de privilégiés. Les gnostiques ont une prédilection pour l’émanationnisme. Pour eux la matière est essentiellement mauvaise; aussi n’a-t-elle pu être créée par Dieu, mais par un éon déchu ou par un démiurge mauvais, ce qui implique un dualisme qui, du point de vue chrétien, entraîna toutes sortes d'hérésies et fut à l’origine du manichéisme et des sectes qui en ont découlé (priscillianisme, bogomilisme, catharisme). Le gnosticisme, système complexe, est plus qu’une doctrine, une attitude morale et religieuse qui s'exprime dans une épigraphie et une littérature abondante et étrange comme l’hermétisme, dont il se rapproche beaucoup. Vaste mouvement de syncrétisme, il prend cependant des aspects très variés et forme plus de soixante-dix sectes dans les premiers siècles de notre ère, dont plusieurs sont ou de tendances grecques et néo-platoniciennes, ou de caractère judaïque, allant jusqu’à l’ésotérisme de la kabbale (doctrine de Philon d’Alexandrie); d’autres, assez nombreuses, sont influencées par l’hermétisme, où les anciens mystères aboutiront aux gnoses islamiques des Ismaéliens, des Druzes et même de certains soufis; d’autres sont de type manichéen enfin certaines sectes dites «asiatiques», avec Marcion et les marcionistes, allient des idées orientales à quelques fragments de l’Évangile. De nombreuses sectes du IIe au VIe s. s’adonnaient à la magie comme celle des carpocratiens et des ophites. Certains ont voulu trouver dans l’Inde le berceau de la gnose. Le gnosticisme chrétien se développa dans ce confluent d’idées, de philosophies et de religions qu’était Alexandrie. C’est là qu’on trouve le plus grand nombre de sectes qui ont inquiété les Pères de l’Eglise en créant autant d’hérésies que de docteurs gnostiques, tels que Simon le Magicien, Ménandre, Basilide, Carpocrate, Valentin, Marcion et Bardesane. Toute une littérature de livres de sagesse et d’apocryphes a vu le jour (la plupart des livres sont écrits en copte). On a découvert en 1945 une bibliothèque d’une secte gnostique, à Nag-Hammadi, en haute Égypte; elle offre un très grand intérêt pour la connaissance de ce mouvement de la pensée humaine qui, à la recherche d’un ésotérisme, s’est exercé dans plusieurs religions.
GNOSE, GNOSTIQUES
♦ On entend par gnose un ensemble de doctrines professées par des hérétiques aux deux premiers siècles de notre ère. Elles consistent à expliquer le sens profond des religions et essentiellement du christianisme au moyen d’une connaissance ésotérique des choses divines issue de la tradition et obtenue par initiation. Bien qu’elle ait souvent influencé la pensée des philosophes, la gnose - en tant que telle - demeure étrangère à la réflexion philosophique dans la mesure où elle s’élabore sans recours à l’expérience et sans justification rationnelle.
♦ En opposition avec la conception hellénique d’un ordre étemel qui règne dans le monde, la pensée gnostique, en général, affirme le caractère mauvais de l’univers créé. Le dieu créateur n’est lui-même qu’un démiurge démoniaque distinct du Dieu parfait dont les créatures sont séparées par une distance immense habitée par les « éons » ou puissances célestes hiérarchisées. Les gnostiques prétendent que la connaissance initiatique (gnose) permet - sans le secours de la grâce - de sauver l’homme en libérant l’esprit de la gangue du corps soumis à la loi de ce monde mauvais. On refusera, en conséquence, la procréation, qui perpétue les corps et retarde le salut de l’esprit. La voie de la libération donnera lieu souvent à une attitude radicale à l’égard de la sexualité : selon les sectes gnostiques, tantôt on pratiquera une ascèse rigoureuse, tantôt on se livrera à la « débauche » en exécutant des actes « contre nature » - en dehors du cadre institutionnel du mariage, jugé détestable.
Le dualisme gnostique, qu’on retrouve plus tard dans le manichéisme, permet parfois d’opposer le Dieu de l’Ancien Testament, conçu comme cruel et vindicatif, au Dieu de bonté représenté par le Christ - distinction dont on retrouve l’écho, notamment au XXe siècle avec S. Weil. Certains thèmes gnostiques se trouvent réactualisés à notre époque, tel celui de l’absurdité ou de la cruauté du monde, dont on désire s’évader par l’amour, la mort ou l’exercice de la violence.
GNOSÉOLOGIE Théorie critique de la connaissance qui porte sur l’origine, les formes et les limites de celle-ci. Telle est, d’une manière exemplaire, la démarche de Kant dans la Critique de la raison pure. Appliquée progressivement à la connaissance scientifique, elle a fini par se confondre avec l’épistémologie.