GLUCK Christoph Willibald von. Compositeur allemand
GLUCK Christoph Willibald von. Compositeur allemand. Né le 2 juillet 1714 à Weidenwang, près de Neumarkt (Haut-Palatinat), mort le 15 novembre 1787 à Vienne. Il avait trois ans lorsque son père, surintendant des chasses et forêts, alla se fixer en Bohême, région dont la famille était originaire. Gluck reçut une bonne éducation, privée d'abord, puis, dès l'âge de douze ans, au collège des jésuites de Kommo-tau où il reçut des leçons d'orgue et de clavecin, et enfin à l'université de Prague. Vers 1733-1734 la musique était devenue la passion majeure du jeune homme qui jouait de l'orgue dans les églises, donnait des leçons de piano et de chant; en 1736, il fut nommé maître de chapelle du prince Lobkowitz à Vienne. Le prince François Melzi d'Eril, l'ayant entendu, l'envoya à Milan, en vue de se perfectionner, à l'école de l'éminent symphoniste italien Giovanni Battista Sammartini (1737-1740). Gluck se consacra à la musique de théâtre, faisant représenter avec succès son premier opéra, Artaxerxès, sur un livret de Métastase (Milan, 26 décembre 1741). Il se fit connaître avec d'autres opéras à Venise, de nouveau à Milan, à Bologne, Créma et Turin. Citons parmi ces opéras : Phèdre et Alexandre aux Indes (1745). En 1745, il eut l'occasion d'accompagner en Angleterre le prince Lobkowitz. Au cours de son voyage à raris, il connut l'opéra français et conçut pour Rameau une vive admiration. En Angleterre il fît représenter, le 7 janvier 1746, un opéra composé à la hâte : La Défaite des géants et entra en relation avec Haendel qui le traita avec bienveillance, bien qu'il ait dit de lui après avoir écouté cet opéra, qu'il « maniait le contrepoint comme son cuisinier ». Gluck cependant poursuivait sa carrière de compositeur du XVIIIe, selon le goût italien traditionnel, le plus souvent pour la troupe Mingotti dont l'activité était grande dans les principales villes d'Allemagne, de Hollande et du Danemark. Il écrivait des sérénades et des cantates de circonstance et remaniait des oeuvres d'autres compositeurs. En 1750, après le succès de son Aetius à Prague, il épousa Marianne Pergin, fille d'un riche banquier, ce qui lui permit de vivre dans l'aisance et de se consacrer exclusivement à la composition. Il se fixa à Vienne où le comte Durazzo, surintendant des théâtres impériaux, le nomma directeur de la musique de la Cour (1754). A l'occasion de la représentation de ses nouveaux opéras, il se rendit en Italie, à Naples, pour la création de La Clémence de Titus ( ) (4 novembre 1752) et à Rome pour Antigone (9 février 1756). Le pape Benoît XIV le nomma Chevalier de l'Eperon d'or. Des rivalités, des polémiques, la jalousie naquirent des succès du compositeur allemand dans le domaine de l'opéra italien traditionnel; cette hostilité ne tarda pas à provoquer chez lui quelque insatisfaction et quelque inquiétude devant sa trop facile réussite. Sous l'influence de la vogue dont jouissait alors la musique française à la cour impériale d'Autriche, Gluck inaugura, en 1758, avec l'ile de Merlin et Les Faunes enchaînés, une abondante production d'oeuvres selon le goût français qui furent représentées au château de Schönbrunn. Après L'Arbre enchanté (1759) et Cythère assiégée, sur des livrets de Favart, Gluck atteignit dans ce genre à une véritable perfection avec L'Ivrogne corrigé (1760) et Le Cadi dupé (1761). Le ballet Don Juan (1761), dont la puissance scénique ne manqua pas de frapper les esprits avertis, montrait le compositeur parvenu au seuil de la maturité de son talent mais cherchant encore sous quelles formes le manifester. La rencontre qu'il fit à cette époque de l'écrivain italien Ranieri de' Calzabigi, réfugié à Vienne, fut décisive. Il est permis de croire que l'amateur de théâtre averti qu'était le comte Durazzo, amplement au courant des modes du théâtre en Europe et de tous les essais nouveaux, eut une part prépondérante dans la préparation de cette entrevue. Le musicien comme l'écri vain n'ignoraient ni les critiques soulevées par les absurdes conventions qui régissaient le drame musical, ni le discrédit dans lequel était tombé l'art dramatique. C'est en fonction des critiques que s'élabora la « réforme » qu'ils entreprirent en commun. La conception du drame selon Métastase fit place avec eux à celle dont Orphée, représenté le 5 octobre 1762 au théâtre de la cour de Vienne, fut un des exemples les plus achevés. Orphée surprit par sa nouveauté, mais impressionna aussi par son intensité dramatique et par la sublime pureté de l'inspiration musicale. Le désir de réforme n'était pas cependant encore si nettement affirmé chez Gluck qu'il pût éviter de retomber, lors de son retour en Italie en 1763, dans le goût conventionnel avec le Triomphe de Clélie (Bologne, 14 mai) sur un livret de Métastase. Après une dernière incursion brillante dans le domaine de l'opéra-comique français avec La Rencontre imprévue ou les Pèlerins de La Mecque (1764), vinrent quelques oeuvres mineures dans le goût de Métastase, pour des cérémonies de cour. Finalement Gluck retourna en 1767 vers une forme d'art plus épurée en mettant en musique 1'Alceste de Calzabigi. La dernière oeuvre née de la collaboration de Gluck et de Calzabigi, Pâris et Hélène (Vienne, 30 novembre 1770), est d'un moindre intérêt dramatique. Mais déjà Gluck tournait les yeux vers Paris dont il espérait faire la conquête. Là, cependant, les jalousies et les rivalités, la crainte de tous de voir la place prise par un étranger devaient rendre la partie difficile. En 1772, Gluck se fit écrire un livret français tiré par François du Roullet, attaché d'ambassade, de VIphigénie en Aulide de Racine; en 1773, il visita Paris et prépara le terrain pour la première de son Iphigénie, qui fut donnée le 19 avril 1774, avec comme interprète Sophie Amauld; il s'ensuivit d'ardentes polémiques qui furent promptement ravivées par la représentation d'Orphée et Eurydice (2 août), remaniement en français de la première oeuvre de Gluck et Calzabigi. Deux factions surgirent et les partisans de l'opéra italien traditionnel appelèrent à Paris Piccini afin qu'il combattît la position victorieuse des ouvrages de Gluck (l'Alceste avait été également porté à la scène dans une nouvelle version française le 17 avril 1776). Le 23 septembre 1777, VArmide de Gluck sur un livret de Quinault fut créée à l'Opéra : cette oeuvre montre en vérité un certain fléchissement dans les conventions dramatiques, dû peut-être au caractère fabuleux et au style quelque peu démodé du livret. Le 27 janvier 1778, le Roland de Piccini fut mis à la scène, sur un autre livret de Quinault, lequel avait déjà été proposé à Gluck, puis indélicatement remis a l'italien : ni l'une ni l'autre de ces oeuvres ne parvint à s'imposer et la polémique continua de faire rage. Gluck obtint à peu de temps de là un triomphe incontesté avec Iphigénie en Tauride (18 mai 1779), sur un livret de Guillard, la dernière et sans doute la plus achevée de ses oeuvres réformatrices. Mais au même moment Echo et Narcisse (24 septembre 1779) marque un autre de ses faux pas et une nouvelle rechute dans le maniérisme d'une mythologie conventionnelle. Une attaque d'apoplexie, cette année-là, suivie d'une nouvelle attaque en 1781, mit un terme à l'activité de Gluck en tant que compositeur. Sa renommée, pourtant, était à son apogée; il passa ses dernières années à Vienne, entouré de princes et d'artistes, assistant aux représentations toujours plus nombreuses de ses meilleures oeuvres jouées dans les théâtres d'Autriche, d'Allemagne et d'Italie. Il admira le génie de Mozart dans l'Enlèvement au sérail mais protégea son rival Salieri auquel il céda le livret des Danaïdes de Calzabigi (ce qui fut le motif d'une brouille entre les deux vieux collaborateurs), oeuvre dont il organisa la représentation à l'opéra de Paris (1784). Vainement, Gluck tenta d'exécuter au cours de ses dernières années la promesse faite au poète Klopstock d'écrire la musique de scène pour son drame La Bataille d'Arminius v. Armi-nius : sa santé chancelante l'empêcha d'achever ce travail qui le passionnait. Le 15 novembre 1787, il voulut fêter la visite de deux amis parisiens en s'accordant un petit verre de liqueur pendant l'absence de sa femme. Cette infraction aux prescriptions médicales lui fut fatale et une nouvelle attaque d'apoplexie eut raison de sa robuste constitution. ? « Si le génie musical uni à l'entente profonde des passions du coeur humain, à la plus vive sensibilité et à la plus haute raison, est susceptible de défier l'oubli, Gluck est assuré de vivre dans l'admiration des hommes tant que l'art ne périra pas... » Paul Dukas.
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