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Germanie(s)

Germanie(s). Pour les Romains, c'était une région mal définie à l'est du Rhin (Rhenus) et au nord du Danube (Danubius ou Ister). Au nord, elle comprenait ce qui est aujourd'hui le Danemark, la Suède et la Norvège. Les tribus germaniques proviennent du sud de la Scandinavie et du Jutland, et à partir d'environ 1000 av. J.-C. elles se répandirent en direction du sud et de l'ouest, et finirent par entrer en contact avec les Celtes qui résistèrent à leur progression. Le IIIe siècle av. J.-C. vit les tribus germaniques traverser le Rhin et faire pression vers le sud et l'ouest. Selon Tacite, l'une de ces tribus s'appelait les Germains, et c'est ce nom qui fut utilisé initialement en Gaule pour désigner la race entière. Ce n'est que peu après 120 av. J.-C. qu'ils entrèrent dans l'histoire romaine, quand les tribus des Cimbres et des Teutons, envahissant le sud-est de la Gaule et, plus tard, le nord de l'Italie, inspirèrent une grande terreur à Rome; ils furent finalement détruits par les armées romaines sous les ordres de Marius. Au début du Ier siècle av. J.-C., les Suèves firent mouvement vers le sud-ouest en direction du Main (Moenus) et du Rhin. Leurs incursions en Gaule, après des efforts inutiles pour arriver à un accord avec leur chef Ario-viste (ainsi que la chose est rapportée dans le premier livre de la Guerre des Gaules de César) conduisit celui-ci, en 58 av. J.-C., à les repousser de l'autre côté du Rhin, fleuve qui devint la frontière de l'Empire romain. Plus tard, sous Auguste, les Romains entreprirent des invasions systématiques du territoire des Germains. À partir de 12 av. J.-C., Drusus l'Aîné et après sa mort en 9 av. J.-C., son frère Tibère, le futur empereur, menèrent des campagnes victorieuses entre le Rhin et l'Elbe (Albis) ; mais l'emprise des Romains dans cette région fut réduite à néant en 9 apr. J.-C., quand le chef germain Arminius détruisit les forces romaines sous les ordres de P. Quinctilius Varus. Après ce désastre, Auguste abandonna toute tentative d'établir une frontière au-delà du Rhin, bien qu'à l'est il en eût établi une sur le Rhin, contre les tribus venues du nord. L'empereur Tibère se sentit dans l'obligation de mettre un terme aux tentatives de son fils adoptif Germanicus, pour reconquérir la Germanie du Nord-Ouest. Aux environs de 90 apr. J.-C., il institua solennellement les deux provinces de Germanie Supérieure (dans le sud) et de la Germanie Inférieure (dans le nord). Pendant le règne de Marc Aurèle (160-180 apr. J.-C.), une dangereuse invasion des Marcomans se produisit et traversa le Danube. Cette tribu germanique avança même jusqu'en Italie et assiégea Aquilée (près de la côte), à l'extrémité de la mer Adriatique. La guerre qui en résulta se prolongea jusqu'à la mort de l'empereur, et son successeur, Commode, dut faire une paix de compromis avec les Germains. Au cours des trois siècles suivants, les tribus germaniques, en particulier les Alamans et les Francs, harcelèrent la Gaule en l'envahissant fréquemment, et finalement franchirent le Rhin en nombre, de même que le Danube et les Alpes, conquérant la Gaule, l'Italie, l'Espagne et pénétrant même en Afrique. À ce moment, d'autres tribus, les Angles et les Saxons, étaient passées en Grande-Bretagne. Ce fut presque l'ensemble de l'Europe occidentale qui fut subjugué par les tribus germaniques. D'après Tacite, les Germains de son époque étaient un peuple agricole et pastoral. Parmi certaines tribus, il y avait des chefs de clans permanents, mais parmi d'autres les chefs militaires étaient élus pour des campagnes particulières. Les guerriers prenaient les décisions importantes lors d'assemblées, mais le travail de l'assemblée était d'abord examiné par un conseil de principes («chefs de clans»). Leurs dieux nous sont connus sous les noms de Wotan (Odin), Thor, Frija (Frigga), et Nerthus (Herta). On les adorait généralement en plein air, dans des bosquets et dans des forêts. Les Germains étaient illettrés ; ils n'avaient pas d'alphabet en propre, et il se peut qu'ils aient emprunté une certaine forme d'écriture runique. Avec le temps, ils adoptèrent l'alphabet romain. Germanie, la. Nom donné communément à une monographie de Tacite sur l'origine, la géographie, les institutions et les tribus des Germains, publiée en 98 apr. J.-C. Elle décrit les diverses tribus du nord du Rhin et du Danube, ce à quoi elles ressemblaient, leurs coutumes publiques et sociales, leur costume; l'organisation de leur armée ; leur religion et leur régime foncier; leur paresse alternant avec leur activité guerrière ; leur intempérance et leurs jeux d'argent; la moralité exemplaire de leur vie familiale (raillant ici le contraste avec le relâchement des mœurs à Rome). Tacite en vient alors à la géographie de la région et aux caractéristiques particulières de plusieurs tribus germaniques (y compris les Suédois et finissant avec les Finnois). En tant qu'ouvragé ethnologique, ce livre est quelque peu incohérent, et une partie de la documentation était dépassée lorsque Tacite en fit usage, mais il semble qu'il y ait d'autres motifs sous-tendant sa composition, un désir de faire ressortir la corruption de Rome en contraste avec la morale plus pure des Barbares, et de mettre l'accent sur la menace que la Germanie faisait peser sur la sécurité de Rome : « La Germanie a fourni plus de triomphes à Rome que de victoires. »

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