Databac

GAUTIER Théophile. Écrivain français

GAUTIER Théophile. Écrivain français. Né à Tarbes (Hautes-Pyrénées), le 31 août 1811, mort à Neuilly (Seine), le 22 octobre 1872. On lui refuse d'habitude une place de premier plan parmi les écrivains de son temps et, en dehors de son Capitaine Fracasse, on ne le lit plus guère; il reste pourtant à la croisée des courants littéraires du XIXe siècle puisque, parti du romantisme flamboyant, il allait devenir en quelque sorte le fondateur du Parnasse, et l'inspirateur de la génération de poètes de 1850, parmi lesquels Baudelaire. Il naît dans une famille honorable, ardemment royaliste, et son père, ancien et courageux officier des guerres napoléoniennes, fort lettré de surcroît, encourage ses premières tentatives poétiques. Jeune collégien à Paris, Gautier manifeste déjà bruyamment son aversion pour les classiques et son enthousiasme pour Villon, Rabelais, les Romains de la décadence, et surtout les poètes irréguliers et presque maudits du préclassicisme, dédaignés par la tradition littéraire depuis Boileau, et qu'il remettra plus tard en honneur — en particulier Saint-Amant — dans ses études sur Les Grotesques . Gautier, à cette époque, hésite un peu sur sa carrière : il commence à écrire, fréquente également un atelier de peinture. Mais l'avènement de Victor Hugo décide de son avenir : il devient, en 1830, l'homme de main émerveillé du chef du romantisme, professant lui-même un romantisme excentrique, s'ingéniant à provoquer le bourgeois, portant habituellement gants jaunes, pourpoints de velours noir et chevelure mérovingienne descendant jusqu'aux épaules. Avant d'être écrivain, Gautier est déjà un personnage. Meneur des « flamboyants » à la première d'Hernani, pour insulter les classiques, les « grisâtres », il se fait couper le célèbre gilet rouge. Quelques mois plus tard, paraissent ses premières poésies, qui montrent déjà son habileté dans la description précise et colorée des objets et des paysages. La coïncidence de la révolution de Juillet empêche qu'elles soient remarquées, mais la légende naïve et démoniaque d'Albertus suscite, deux ans plus tard, l'enthousiasme des Jeunes-France; les « philistins », en revanche, sont atterrés en 1835 par la préface de Mademoiselle de Maupin, aussi importante que la préface de Cromwell, où Gautier affirme sa religion esthétique, son culte de l'« art pour l'art », son parfait dédain de la morale, mais aussi celui des effusions sentimentales, de la poésie philosophique et sociale, des prophètes avec leurs rêveries de progrès, ce qui commence à séparer le « bon Théo » de ses amis romantiques. Déjà, deux ans plus tôt, dans Les Jeunes-France, il s'était moqué des habitués du Cénacle qu'il réunissait dans son impasse du Doyenné, où l'on buvait dans un crâne en se livrant à toutes sortes d'excentricités, atmosphère bien rendue encore dans La Comédie de la mort (1838), où le plus truculent romantisme s'unit au macabre le plus terrifiant. C'est aussi à cette période qu'il faut rattacher Le Capitaine Fracasse, paru bien plus tard et où l'on retrouve, dans une imitation romantique de Scarron, le penchant de Gautier pour l'époque Louis XIII. Ami incomparable, « page de Hugo », compagnon de Balzac, c'est par amitié autant que par besoin d'argent que Gautier s'est fait critique, ayant écrit, dans un style ardent et riche, quelque deux mille feuilletons sur la littérature, la peinture, la danse aussi, qui restent la meilleure évocation de la vie artistique sous la monarchie de Juillet et le Second Empire. Un Voyage en Espagne, en 1840, met en mouvement toute sa sensibilité et offre à Gautier ce décor coloré avec un pinceau autant qu'avec une plume. Mais il ne tarde pas à sentir que le public est las du romantisme. Il ne se contente plus de railler gentiment les grandes passions : il va rejeter tout le faste romantique des mots et des images où il avait excellé, pour s'enfermer volontairement dans les limites d'une représentation objective et impersonnelle. En 1858, il renouvellera le roman historique de Hugo avec son Roman de la momie. L'oeuvre capitale de la deuxième partie de sa vie est d'ailleurs Emaux et camées, parue en 1852, et qui marque vraiment le début d'un art nouveau, dédaigneux des grands sentiments et de l'effet, éliminant complètement tous les élans du moi pour une recherche de la seule perfection formelle. En miniaturiste qui refuse tout ce qui pourrait altérer la netteté de sa vision, Gautier s'enfermait volontairement dans une métrique brève, des strophes courtes, des rythmes peu variés. C'était un coup très dur porté à tous les épanchements et à toutes les éloquences des poètes de 1830. Ceux de 1850 allaient au contraire se grouper autour de Gautier, d'abord à L'Artiste, puis à La Revue de Paris. Non seulement Beaudelaire, mais Banville, Bouilhet, Flaubert se réclamaient de Gautier. Ce qu'ils aimaient chez lui, c'était son sens de l'éminente dignité de l'artiste, son amour de la beauté plastique, une tendance à mêler la volupté et la mort, un exotisme, et surtout une véritable religion de la consolation par l'art, dont le plus grand fidèle sera Baudelaire, dédicaçant ses Fleurs du mal à Théophile Gautier comme « au poète impeccable », « au parfait magicien ès lettres françaises». Mais l'influence du « bon Théo » allait atteindre aussi des poètes comme Leconte de Lisle : l'ode intitulée L'Art formulait en effet le credo le plus austère de l'école parnassienne.
? « Théophile Gautier... est un des talents que je reconnais; mais il est sans force de conception... Il a un style ravissant, beaucoup d'esprit, et je crois qu 'il ne fera jamais rien, parce qu 'il est dans le journalisme. » Balzac (Lettre à Mme Hanska du 15 octobre 1838). ? « Il ressuscitait l'antiquité comme ces esprits artistes de la Renaissance, qui commencèrent la Réforme. A trois siècles de distance, il recommençait, hardi et applaudi, le paganisme... » Edmond et Jules de Goncourt, 1852. + « Au poète impeccable, au parfait magicien ès lettres françaises ... Avec les sentiments de la plus profonde humilité [dédicace à Th. Gautier]. Il y a dans le style de Théophile Gautier une justesse qui ravit, qui étonne, et qui fait songer à ces miracles produits dans le jeu par une profonde science mathématique... Il a introduit dans la poésie un élément nouveau que j'appellerai la consolation par les arts de tous les objets pittoresques qui réjouissent les yeux et amusent l'esprit. Dans ce sens, il a vraiment innové. » Baudelaire. ? « Fils de la Grèce antique et de la jeune France... / Mage à Thèbes, druide au pied du noir menhir, / Flamine aux bords du Tibre et brahme au bord du Gange, / Mettant sur l'arc du dieu la flèche de l'archange / D'Achille et de Roland hantant les deux chevets, / Forgeur mystérieux et puissant, tu savais / Tordre tous les rayons dans une seule flamme. » Victor Hugo, 1873. ? < Il n'avait pas un grand instinct du rythme. » Emile Faguet. Nul avant lui, hormis Rabelais, cet autre poète, n'avait fait preuve, même approximative, d'une telle fécondité, d'une pareille abondance verbale.» Laurent Tailhade. C'est précisément cette délibération soutenue que Gautier apporta dans l'exercice de ses fonctions poétiques, qui lui valut, avec la reconnaissance des lettres, cette place particulière, spéciale, royale presque, qu'on peut douter peut-être qu'il mérite, mais dont nous ne le délogerons pas. » André Gide.

GAUTIER, Théophile (Tarbes, 1811-Neuilly-sur-Seine, 1872). Écrivain français. Il fut le maître et le précurseur des poètes parnassiens (le Parnasse), partisan de « l'art pour l'art ». Lié très jeune avec Gérard de Nerval, il prit passionnément parti pour Victor Hugo lors de la bataille littéraire d'Hernani (1830) puis se démarqua des romantiques en défendant dans la préface de son poème Albertus (1833) puis dans celle de son roman Mademoiselle de Maupin (1835) son culte de la forme (« Tout ce qui est utile est laid »), magistralement illustré dans son chef-d'oeuvre poétique Emaux et Camées (1852). Gautier fut l'auteur de nombreux autres ouvrages parmi lesquels le Roman de la momie (1858) et Le Capitaine Fracasse ( 1863). Charles Baudelaire lui a dédié Les Fleurs du mal.