GAUTIER Judith Louise
GAUTIER Judith Louise. Femme de lettres française. Née à Paris le 25 août 1850, morte à Dinard-Saint-Enogat (Ille-et-Vilaine) le 26 décembre 1917. Fille de Théophile Gautier et de la danseuse italienne Ernesta Grisi, elle grandit au centre du monde artistique le plus effervescent de la seconde partie du XIXe siècle français. A part un temps de collège très bref, elle passa son enfance et son adolescence en pleine liberté, voyant familièrement les personnages les plus importants et représentatifs de l'époque, Gérard de Nerval et Baudelaire, Flaubert et les deux Dumas, les Goncourt et Théodore de Banville, dont, plus tard, devenue femme de lettres, elle fera le portrait, sous des aspects inédits, dans ses intéressantes notations v. Souvenirs d'une Parisienne. Autour d'elle, à Paris d'abord, puis dans la maison de Neuilly, se déroulait une fantasmagorie continuelle et bruyante d'artistes, gens de lettres, journalistes, musiciens, peintres et sculpteurs; et ce n'étaient que réceptions, réunions, spectacles donnés dans l'intimité, danses et fêtes. La rencontre d'un mandarin chinois que Théophile Gautier, compatissant à sa misère, avait accueilli chez lui, détermina l'orientation définitive des facultés poétiques de Judith : ce maître peu courant lui fit découvrir les beautés mystérieuses de l'art oriental, et elle s'y plongea, acquérant une rare compétence dans la connaissance de cette civilisation et de ces mondes raffinés et lointains. A dix-sept ans, sous le pseudonyme de Judith Walter, elle publiait Le Livre de Jade, recueil de poésies inspirées ou traduites d'originaux chinois; en 1869, un roman, Le Dragon impérial, singulier tableau des agitations intérieures de la Chine. Ce fut ainsi qu'elle devint la révélatrice de l'Orient et, pour ainsi dire, une des principales initiatrices à l'exotisme, par une suite de romans, de traductions, de descriptions plus ou moins imaginaires non seulement de la Chine, mais du Japon, de l'Inde, de la Perse, où, sous un apparat et un coloris vraiment orientaux, se déploie une science surprenante. Elle écrivit quelques drames, dont un en collaboration avec Pierre Loti, mais son mérite demeurera toujours d'avoir enrichi l'héritage du romantisme paternel en le rénovant au contact de la poésie et des légendes orientales, de ces récits fabuleux dont elle a fixé l'enchantement dans Les Parfums de la pagode (1919). Très belle, elle inspira à Wagner une de ses passions les plus enflammées; elle-même fut son admiratrice enthousiaste et participa avec ardeur aux luttes pour l'introduction de son oeuvre en France. Mariée, en 1870, au poète Catule Mendès, elle se sépara de lui peu de temps après et reprit son nom de jeune fille. ? « Les livres de Mme Judith Gautier ressemblent à ceux de Théophile Gautier. On pourrait se ressembler de plus loin; mais l'auteur du Dragon impérial et de La Soeur du Soleil n 'imite nullement son père et n'a pas besoin de l'imiter, étant parfaitement semblable à lui. » Théodore de Banville.